ACTION BRONSON DÉCAPE LE RAP AU WHITE-SPIRIT

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Blanc de peau, grassouillet de corps et farfelu d’esprit, le rouquin tranche avec les rappeurs noirs musclés et pontifiants. Musique !

Le 16 mars dernier, on se réveille avec une surprise : le nouvel album de Kendrick Lamar, sans doute le plus attendu de l’année par la communauté hip-hop, a été mis en ligne dans la nuit. Le Net est en émoi. Notre concierge aussi. On écoute la chose. Pas mal. Mais pas transcendant non plus. Pharrell Williams produit un titre – c’est original. Le meilleur titre, Institutionalized, sonne comme une chute du Idlewild d’OutKast, sorti en 2006. Le pépé Snoop Dogg vient y radoter. Il a oublié de mettre son dentier, zozote un brin. C’est bien joli tout ça, mais qu’est- ce que ça apporte de nouveau ? Bon, le disque s’ouvrait sur un sample de Boris Gardiner, Every Nigger is a Star, qui laissait d’emblée la part belle à l’autosatisfaction. Si tous les noirs sont des stars consacrées, alors c’est maintenant chez les blancs qu’il faut chercher les parias inventifs ?

Action Bronson se pose là. La claque hip-hop du mois, ce ne sont pas les gentilles minauderies de Kendrick Lamar, mais ce beau bébé excentrique de plus de cent kilos. De son vrai nom Arian Asllani, Action Bronson, la trentaine, pourrait aisément incarner le roi Henry VIII à l’écran. Il a une épaisse barbe rousse et, quand il tombe la chemise, ce n’est pas le torse bodybuildé de 50 Cent qu’il dévoile, mais une bedaine épanouie. Car oui : Action Bronson aime le cholestérol. Né dans le Queens comme John McEnroe, autre grande gueule, il a commencé dans la vie en étant cuisinier. Dans un programme qu’il présente sur Vice, Fuck That’s Delicious, on le voit d’ailleurs goûter et concocter des plats qui feraient s’évanouir n’importe quel diététicien. Bref, notre obèse préféré est un bon vivant rabelaisien, décontracté du ventre et de la ceinture. Reste une question que nous tardons à aborder : qu’en est-il de sa musique ? Elle est à son image : ouverte à tous les vents, curieuse de mélanges, pas bio pour un sou, boulimique. On y a avait déjà goûté grâce à ses mixtapes. Son véritable premier album, Mr Wonderful, remet le couvert pour un banquet sans limites. Dès la première chanson, il sample Billy Joel. Le mec n’a peur de rien. Les treize morceaux sont autant de morceaux de bravoure, qui entrelacent hip-hop classique et rock FM, truculence et mélancolie, gouaille et mélodies, un interlude a capella, des sonorités jazzy, des détournements, une production riche et voluptueuse, un côté Dan le Sac vs Scroobius Pip, de la soul à la Marvin Gaye, un saxo, et, à la fin de l’avant-dernière chanson, cette idée marrante de mettre des applaudissements exigeant un rappel… En guise de digestif ou de pousse-café, avis aux amateurs de basse : les basses, sur ce disque, sont aussi rondes qu’Action Bronson. Un régal. Morale de l’histoire ? On n’a jamais pigé l’intérêt de ce rap game où des millionnaires s’invitent sur leurs albums comme des maîtresses de maison comparant leurs blanquettes. Les plats de ces gâte-sauces manquent de saveur et de folie. Des ingrédients qui explosent dans le festin d’Action Bronson.

Louis-Henri de La Rochefoucauld

Action Bronson, Mr. Wonderful (Atlantic)




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