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Claude Lanzmann, l'alerte nucléaire

Insultes, furie, bousculades: le tsunami Claude Lanzmann s’est abattu sur la Croisette. Tous aux abris?

Ce matin, avant de sombrer dans un sommeil aussi lourd que le film, on a chopé une dernière image du Rithy Panh. Sur l’écran de Debussy, dans une télé, Rithy est interviewé pour une émission d’actu. Il explique doucement le système khmer. La voix off est presque ironique et moque le blabla ronronnant du cinéaste face aux horreurs de S21.

A l’orée de ce dimanche mémoriel, impossible de ne pas faire le lien avec le Dernier des injustes. Face à l’agneau cambodgien, la furie lanzmanienne. Le torrent qui déborde, secoue et saccage tout sur son passage. La vanité délirante du cinéaste-philosophe. Si on pensait que le déluge s’était enfin arrêté hier, c’était avant que la tornade Claude ne s’abatte sur la Croisette. Les rares journalistes qui ont essayé de l’interviewer ne s’en sont pas remis, démontés par la statue du commandeur, insultés, maltraités et méprisés par leur interlocuteur. On nous a même mis en garde personnellement: «Crois-moi, t’as pas envie de te faire insulter, Gaël ! Je comprends que tu veuilles le rencontrer, 
mais c’est sanglant. Laisse tomber.»

Sanglant ? Si on écoute les bruissements de la Croisette, Lanzmann est

Ça touche combien, un membre du jury à Cannes?

En ces temps de crise et de transparence, et alors que nos ministres sont sommés de publier leur patrimoine, la question se pose à Cannes : combien ou comment sont rémunérés les membres du jury, ces stars et artistes hyperactifs qui doivent mettre en suspens leurs projets personnels durant douze longs jours pour mater et juger les films de leurs pairs ?
La réponse officielle: aucun membre du jury n'est payé pour ce job qui doit être considéré comme un honneur – même William Styron, que tout le monde savait maladivement pingre, aurait accepté le poste de président du Jury en 1983 de façon bénévole. Mais il y a aussi une réponse off (pour officieuse): il existe une sorte de compensation, rétribuée non pas en cash ni chèque ou bijoux, mais sous forme de service («favor»).
C'est ce que nous a confirmé une ex-membre, Nadine Gordimer, fameuse prix Nobel de Littérature, jury en 1995: «Je recevais tous les jours des propositions pour devenir la prochaine scénariste de machin ou machin, provenant de productions présentant des films en compétition. J'ai accepté plusieurs projets, j'ai rarement autant travaillé en 1995. Malheureusement, les films ont été abandonnés : il faudrait qu'on soit jury sur plusieurs années.» Ce qui n'est pas possible, et préserve donc l'intégrité du plus grand des Festivals.

Desplechin n'a pas encore la green card

Pendant que Desplechin joue au cinéaste américain sans même faire semblant d’y croire, David Lowery signe «les Amants du Texas», un beau retour au real stuff.

Les premiers plans de Jimmy P. sont presque rigolos à force de maladresse bonhomme et d’incompétence tranquille. Une flute indienne en musique de fond (enfin de fond, façon de parler, c’est très présent ce bruit, comme un moustique qu’on a envie d’écraser), deux longues focales pseudo-chiadées, une typo « western » pour annoncer un truc du style MONTANA, 1948, plus deux canassons figurants glissés vite fait dans le cadre, pour faire couleur locale, faire genre, et pour qu’Arnaud puisse se faire plaisir. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de fantasmer un coup, après tout ?

Bien entendu, c’est très mauvais, tout sonne toc, arty-ficelles. Mais Desplechin nous dit dans ces quelques plans plusieurs choses qui valent la peine d’être entendues. D’abord, il nous prévient à bon escient qu’il est, a été et restera un cinéaste anti-naturaliste, théâtral, avec tout ce que ça peut avoir de bon (c’est arrivé) et de très mauvais (ici, maintenant, dans cette salle). Ensuite, il nous rappelle que le cinéma, surtout américain, est une affaire de territoires que l’on habite, que l’on conquiert ou sur lesquels on se promène en touriste. Le diagnostic est juste, on peut y voir un aveu: au Quartier latin ou ici, en région PACA, Arnaud est peut-être chez lui, mais là-bas, au loin, dans le «Montana 1948», il visite.

Claude Chabrol à Cannes: «L’essentiel, c’est de s’en foutre»

Les archives de la Croisette • En 1955, Marcel Pagnol préside le jury de Cannes. Vingt ans plus tard, le réalisateur du «Boucher» s'en souvient dans son «Et pourtant, je tourne». Extrait.

Cette année-là, Marcel Pagnol présidait le jury du festival de Cannes. Un Soviétique, vice-président, avait chargé d'établir l'emploi du temps des honorables jurés.
«Monsieur le Président, Messieurs, voici ce que je vous propose. Chaque matin, nous nous réunissons à huit heures.
8h00-8h30: Débat sur les films vus la veille;
8h30-9h00: Organisation de la journée qui commence;
9h00-10h30: Premier visionnage;
11h00-12h30: Deuxième visionnage;
12h30-13h30 : Déjeûner;
13h30-14h : Discussion sur le deuxième film visionné le matin;
14h00-16h00...»
Ça continuait ainsi, sans une pause, jusqu'au dîner, peut-être même après. Le Russe conclut son exposé stakhanoviste, manifestement heureux de lui-même :
«J'espère, Monsieur le Président, Messieurs,
que je n'ai rien oublié.
Alors Pagnol:

Mon Dieu, des bites !

Ne pas délirer comme nos confrères sur «l’Inconnu du lac»: est-ce faire preuve d’homophobie ou d’un minimum de goût ? Notre enquête (très) exclusive.

A peine le deuxième jour de compèt’ et déjà plein de questions insolubles dans notre tête. Par exemple celle-là: pour le spectateur mâle hétéro, la bite est-elle nécessairement une invitation à passer son chemin ? On a voulu le croire en sortant dubitatif de l’Inconnu du lac, le nouveau film d’Alain Guiraudie, peuplé de garçons naturistes batifolant dans des sous-bois, avant qu’un crime crapuleux ne vienne foutre en l’air ce summer of love idyllique.
Le véritable horizon de l’Inconnu du lac nous semblant être sa revendication absolue de sa gayitude, sa volonté de se présenter d’un bout à l’autre comme un film ghetto, on choisit de ne pas se sentir concernés. Très bien, affaire classée, allez hop, projo suivante.

Le souci c’est qu’appréhender le film sur le seul terrain de son esthétique gay sciemment hermétique, c’est aussi se confronter à l’argument massue de l’homophobie, dès que le débat commence à durer. Tard dans la nuit, un confrère gentiment tartiné et d'humeur badine nous balance d’ailleurs: «François, je suis au moins aussi homophobe que toi, et j’ai trouvé le film extraordinaire... hips...» avant d’aller s’en jeter un. Mince, il y aurait donc autre chose ? «Ouhlala le Guiraudie, putain c'est sublime.» 
Les journalistes des différents canards

On connaît déjà la Palme d’Or

La loi des statistiques a déjà donné son verdict. And the winner is...

Quel point commun entre Fahrenheit 9/11, l'Eternité et un jour, Mission, la Méprise et Adieu ma concubine ? Tous ces films ont eu la Palme d'Or. Mais aussi: ils ont été projetés le troisième jour du Festival. On les appelle «les films du premier vendredi» et ce sont eux, les films gagnants. C'est une étude Médiamétrie qui le révèle. Pour rafler la Palme d'Or, il faut qu'un film jouisse d'une projo ce jour précis.
Tout est maintenant couru d'avance ? Pas totalement, puisqu'il y a deux films en lice ce vendredi. Qui du Passé de Asghar Farhadi ou de Soshite Chichi Ni Naru de Hirokazu Kore-eda va remporter l'affaire ? C'est la seule question qu'il reste aux pronostiqueurs de tous poils. Médiamétrie n'a plus qu'à lancer une étude pour savoir quel jour est projeté le film qui remportera le Prix du Scénario, quelle date pour le Prix de la meilleure interprétation féminine, etc. Jacques Boncart, responsable de l'enquête à Médiamétrie: «Ce sont des statistiques, donc elles ne mentent pas, et ne sont pas régies par la loi du copinage, loi si souvent reprochée au milieu du cinéma. Cette statistique ne tue pas pour autant la compétition, car elle est de 23,4%, et il restera toujours la magie du septième art qui, elle, est plus difficilement quantifiable.»

«Le Congrès»: Ari dans tous ses états

Cinq ans après le choc «Valse avec Bachir», le génial Ari Folman réunit diverses formes de SF (K. Dick, japanim’, Wacho, série A, B, Z) en un seul et même gros gâteau vertigineux, entre trip planant et vol plané.

Ce n’est pas un film pour les puristes. Des puristes, il y en a plein parmi les commentateurs du cinéma, des gens qui aiment leur SF à l’ancienne, leur cinéma de genre bien cuit, leurs films d’auteur assaisonnés mais pas trop, leur animation aux petits oignons. Le Congrès leur –nous– dit gentiment merde à tous, pas toujours gentiment d’ailleurs, en suivant une logique totalement libre, libre comme peut l’être une figure en patinage artistique ou un homme qui court dans l’enceinte d’une prison, filmé par Michael Mann.

D’un film à l’autre, de Bachir au Congrès, il n’y a pas qu’un pas, fût-il de géant, mais dix, vingt, cent, une longue marche, née d’une envie de «s’écarter le plus loin possible» de sa valse autobiographique. Ari Folman n’étant manifestement pas du genre à

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