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L'imposture "Drive" révélée par "Only God Forgives"

Nicolas Winding Refn hué, le peuple cannois furibard, les tweets en surchauffe, Gosling refoulé à la frontière ! «Only God Forgives» a révélé l’imposture «Drive» de la plus éclatante des façons. On saura avoir le triomphe modeste.

Paradoxe cannois. Quand le public s’ennuie, il siffle. Mais quand le public siffle, on ne s’ennuie pas. Il aura fallu deux ans pour lever le malentendu Drive. Mais enfin ça y est, amis et ennemis lecteurs, tout est clair à présent. Refn est venu, le public a vu, Technikart a vaincu.

Rappel des faits. 2011, fin de Festival, il fait beau, il fait chaud, Sorrentino vient de se louper en (grande) beauté (This Must Be the Place) et c’est le polar clipounet de Nicolas Winding Refn qui emporte la mise (et la mise en scène) à sa place. Ryan Gosling

Sorrentino, la putain de classe

Derrière Sorrentino styliste surdoué, se cache Paolo, mélancolique aventureux et littéraire. «La Grande Bellezza» permet de raccrocher les deux sides d’un cinéaste impressionnant.

L'antéchrist est de retour. Le cinéaste furieux qui fait blémir les puristes et enrager les jansénistes a donc débarqué hier soir et relancé la guerre des tranchées. Rien que pour ça: merci Paolo. La Grande Bellezza s’est fait copieusement allumer dans un réflexe critique quasi pavlovien. Dans les Cahiers, on tirait dessus à boulet rouge avant de l’avoir vu, pendant que JML des Inrocks comparait le réal’ au «sparadrap du capitaine Haddock», le truc dont on se débarrasse jamais. Comme chaque fois, notre chouchou (et celui du chef Frémaux) se fait défoncer en tant que cinéaste de l’épate gratuite, de la virtuosité du vide. Un jongleur du néant qui ne fait qu’empiler ses effets pubs à des fins voyeuristes et vaines. C’est là qu’on s’insurge.

James Franco: «Voyager chez Faulkner, c’est comme aller à Disneyland»

Fini le poster boy. «As I Lay Dying» («Tandis que j'agonise»), adaptation arty et réussie de Faulkner, donne à James Franco un peu d'épaisseur. Enfin.

 

James, hier on parlait aux Coen de leur musical, «O'Brother». Et aujourd'hui, on retrouve dans «As I Lay Dying», Tim Blake Nelson, les forêts du Mississipi et la référence à Homère...
Mon film est quand même très différent du Coen, ne serait-ce que parce qu'il y a dans O'Brother beaucoup d'humour. As I Lay Dying, n'est pas une franche rigolade.

Il y a quand même ce plan final, limite farce. Et puis pour certains critiques, Faulkner, c'est marrant...
Je n'ai jamais compris ça. Je n'ai pas lu As I Lay Dying en me disant: «Putain, c'est hilarant.»

Guillaume Canet est-il un vrai gangster?

Film français invité en vedette «américaine» du Festival, le «Blood Ties» de Guillaume Canet ressemble à du Nicole Garcia shooté dans les décors du «Parrain 2». Beaucoup de paradoxes pour un seul film, non?

 

Quelque chose devait sérieusement chiffonner Guillaume Canet dans les Liens du sang, le polar de Jacques Maillot, pour qu’il décide d’en tourner un remake cinq ans à peine après avoir joué dedans. Quelque chose, mais quoi au juste ? Le script, la réal’, l’accent lyonnais, les moustaches ? Est-ce que cette histoire de frangins flics et voyous, liés par le sang mais séparés par la loi, ne fonctionnerait pas mieux, disons, à New York City ? Avec des stars (Clive Owen, Billy Crudup, Mila Kunis, Cotillard, Zoe Saldana, Matthias Schoenaerts) dans absolument TOUS les rôles ? Et puis, Blood Ties, comme titre, faut avouer que ça en jette un peu plus…

On rigole, mais il faut reconnaître qu’il y a une dimension agressivement nouveau riche dans la volonté du premier Canet

Claude Lanzmann, l'alerte nucléaire

Insultes, furie, bousculades: le tsunami Claude Lanzmann s’est abattu sur la Croisette. Tous aux abris?

Ce matin, avant de sombrer dans un sommeil aussi lourd que le film, on a chopé une dernière image du Rithy Panh. Sur l’écran de Debussy, dans une télé, Rithy est interviewé pour une émission d’actu. Il explique doucement le système khmer. La voix off est presque ironique et moque le blabla ronronnant du cinéaste face aux horreurs de S21.

A l’orée de ce dimanche mémoriel, impossible de ne pas faire le lien avec le Dernier des injustes. Face à l’agneau cambodgien, la furie lanzmanienne. Le torrent qui déborde, secoue et saccage tout sur son passage. La vanité délirante du cinéaste-philosophe. Si on pensait que le déluge s’était enfin arrêté hier, c’était avant que la tornade Claude ne s’abatte sur la Croisette. Les rares journalistes qui ont essayé de l’interviewer ne s’en sont pas remis, démontés par la statue du commandeur, insultés, maltraités et méprisés par leur interlocuteur. On nous a même mis en garde personnellement: «Crois-moi, t’as pas envie de te faire insulter, Gaël ! Je comprends que tu veuilles le rencontrer, 
mais c’est sanglant. Laisse tomber.»

Sanglant ? Si on écoute les bruissements de la Croisette, Lanzmann est

Ça touche combien, un membre du jury à Cannes?

En ces temps de crise et de transparence, et alors que nos ministres sont sommés de publier leur patrimoine, la question se pose à Cannes : combien ou comment sont rémunérés les membres du jury, ces stars et artistes hyperactifs qui doivent mettre en suspens leurs projets personnels durant douze longs jours pour mater et juger les films de leurs pairs ?
La réponse officielle: aucun membre du jury n'est payé pour ce job qui doit être considéré comme un honneur – même William Styron, que tout le monde savait maladivement pingre, aurait accepté le poste de président du Jury en 1983 de façon bénévole. Mais il y a aussi une réponse off (pour officieuse): il existe une sorte de compensation, rétribuée non pas en cash ni chèque ou bijoux, mais sous forme de service («favor»).
C'est ce que nous a confirmé une ex-membre, Nadine Gordimer, fameuse prix Nobel de Littérature, jury en 1995: «Je recevais tous les jours des propositions pour devenir la prochaine scénariste de machin ou machin, provenant de productions présentant des films en compétition. J'ai accepté plusieurs projets, j'ai rarement autant travaillé en 1995. Malheureusement, les films ont été abandonnés : il faudrait qu'on soit jury sur plusieurs années.» Ce qui n'est pas possible, et préserve donc l'intégrité du plus grand des Festivals.

Desplechin n'a pas encore la green card

Pendant que Desplechin joue au cinéaste américain sans même faire semblant d’y croire, David Lowery signe «les Amants du Texas», un beau retour au real stuff.

Les premiers plans de Jimmy P. sont presque rigolos à force de maladresse bonhomme et d’incompétence tranquille. Une flute indienne en musique de fond (enfin de fond, façon de parler, c’est très présent ce bruit, comme un moustique qu’on a envie d’écraser), deux longues focales pseudo-chiadées, une typo « western » pour annoncer un truc du style MONTANA, 1948, plus deux canassons figurants glissés vite fait dans le cadre, pour faire couleur locale, faire genre, et pour qu’Arnaud puisse se faire plaisir. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de fantasmer un coup, après tout ?

Bien entendu, c’est très mauvais, tout sonne toc, arty-ficelles. Mais Desplechin nous dit dans ces quelques plans plusieurs choses qui valent la peine d’être entendues. D’abord, il nous prévient à bon escient qu’il est, a été et restera un cinéaste anti-naturaliste, théâtral, avec tout ce que ça peut avoir de bon (c’est arrivé) et de très mauvais (ici, maintenant, dans cette salle). Ensuite, il nous rappelle que le cinéma, surtout américain, est une affaire de territoires que l’on habite, que l’on conquiert ou sur lesquels on se promène en touriste. Le diagnostic est juste, on peut y voir un aveu: au Quartier latin ou ici, en région PACA, Arnaud est peut-être chez lui, mais là-bas, au loin, dans le «Montana 1948», il visite.

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