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Pete Doherty honore la République

Pour la 3e édition du festival Les Soirs d'été organisé par OÜIFM, Paris accueillait lundi Pete Doherty et ses Babyshambles. Des milliers de fans et un concert qui débute... à l'heure !

Des bourrelets suintant de gens débordent place de la République. La vague humaine a déferlé, bière à la main, tout excitée par la venue surprise de Peter Doherty (Pete, les casseroles en moins), ses zigues et son passé sulfureux époque Libertines. Tenter de franchir cette masse jeune et homogène revient à jouer au lézard intrépide: vaut mieux être svelte pour s'infiltrer dans les interstices de cette moite nuit d'été.
A 22h00, le petit Jake Bugg finit son concert dans l'indifférence générale. «Ça fait cinq ans que le groupe ne s'est pas produit à Paris !», clame un mec sur scène, histoire de chauffer la foule. Pourtant ça fait bien longtemps qu'un concert de Pete dans la capitale n'est plus un évènement: depuis quelques mois, il a fait du Fontania, un petit bar-tabac du côté de Pigalle, son lieu de résidence artistique, s'y produisant de temps à autres devant un parterre de fans. Avec la sortie du nouvel

album des Babyshambles le 2 septembre, et un concert au Zénith de Paris le 3 octobre prochain, ce concert a donc tout du bon coup promo de derrière les fagots.
A 22h30 pétantes, Peter et ses sbires montent sur scène, à l'heure, et arrose les premiers rangs d'alcool. «BONNE SOIREE AAAHH !» lance-t-il avant que les notes de la petite bombe Fireman ne résonnent dans l'air alourdi par les hourras du public. On se dit que «Putain oui, la soirée va être bonne». Les guitares sont crades, le son crache, Peter et le groupe sont en forme. Premiers accords de Delivery, frissons. Accroché à sa guitare tel un ivrogne à sa bouteille, il se déhanche et remue de gauche à droite, «Ooooh ohhhhhh Oooooh ohhhhh / So here comes a delivery / Straight from the heart of my misery», vêtu d'un costume à rayures bleu marine et d'une coiffe d'officier, à mi-chemin entre la dégaine de mafieux et celle du capitaine de navire qui aurait pas mal écumé les boîtes à putes de quelques ports exotiques. «VIVE LA REPUBLIQUE !», crie Pete à l'intention de la statue de Marianne qui surplombe la place.
Aucun temps mort, les chansons défilent à un rythme effréné, portées par une fougueuse énergie juvénile. Du nouveau single Nothing Comes to Nothing à Maybelline en passant par I Wish, les Babyshambles régalent à coups de mélodies bordéliques un peu faciles, maintes fois entendues dans les bars en soirée. Après deux-trois notes maladroites, Peter le francophile chante hésitant: «Non ce n'était pas le radeau... de la méduse ce bateau», les Copains d'abord de Brassens repris par les milliers de fans surpris.
Le groupe ne joue finalement qu'une demi-heure, et finis par l'hédoniste FUCK FOREVER repris par un public remuant les bras comme des méduses sous cocaïne. Le micro à la main, le majeur tendu vers le ciel, à genou parfois, titubant toujours, Peter a ce soir tout du capitaine de comptoir, ce genre de personnage foutraque typiquement britannique qui passe sa vie à chanter dans les bars du coin parce que c'est ce qu'il fait de mieux. Un gosse dans une salle de jeu.
Jeremy Leclerc