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Fauve: en route pour (pas) la joie

Fauve est-il le nouveau Noir Désir ? C'est, sans déconner, la question que se posent certains à l'écoute du groupe parisien. Remettons les choses à l'endroit.

Si Fauve est l'héritier de Noir Désir, c'est bien fait pour Noir Désir. Je n'étais pas sensible au lyrisme de Cantat, son côté Bruce Springsteen chante Baudelaire, Joe Cocker joue au Che. Mais je voyais bien son charisme, j'entendais la puissance de certains morceaux. Fauve, c'est du flan.
Musicalement, c'est assez malin. Pas au niveau des textes. «Faut pas pleurer. Parce que ça va aller j'te le promets, ça va aller. Parce qu'on est de ceux qui guérissent, de ceux qui résistent, de ceux qui croient aux miracles.» Cantat en a écrit, des balourdises, mais jamais des niaiseries comme: «Il faut se dire des belles choses qu'on gardera pour plus tard, haut les cœurs, haut les cœurs.»
Les paroles de Fauve sont plus proches de celles de Saez (pour le côté «Je suis un révolté de la vie») ou Raphael (le romantisme fake) que de celles de Noir Désir. Au niveau de la musique, on est loin, dans un rayon pas éloigné (spoken word, post-rock, rap blanc) d'artistes vraiment scotchants comme Diabologum, Programme, Klub des Loosers et Rhume qui, eux, parviennent vraiment à capter leur époque en parlant à tous les insoumis et crevards, sans se limiter aux chouineurs estudiantins. A trop s'écouter faire, Fauve échoue totalement à représenter notre époque, une génération.
«Tu nous entends la Honte ? Tu nous entends ?! Si tu nous entends fais gaffe quand tu rentres chez toi seule le soir, on pourrait avoir envie de t'refaire la mâchoire avec des objets en métal.» Ouh, mon dieu, non, j'ai peur ! «Tu nous entends la Mort ? Tu nous entends ?! Si tu nous entends sache que tu nous fais pas peur, tu peux tirer tout ce que tu veux. On avance quand même, tu pourras pas nous arrêter. Et on laissera personne derrière, on laissera personne se faire éliminer.» Qu'est-ce qu'ils racontent ? Le fonds de commerce reste le mal être. «Je sais bien qu'en ce moment ça marche pas fort. Tu te réveilles chaque matin et tu t'endors tous les soirs en redoutant les sales nouvelles et les coups de putes potentiels de la vie.»
Qui peut se sentir concerné par une telle démagogie pleurnicharde ? Les Smiths, considérés dans les années 80 comme un groupe misérabiliste, furent les porte-paroles de teenagers mal dans leur peau. Mais Morrissey étaient un parolier flamboyant, caustique, vachard, fin, magistral qui tirait toujours vers le haut. Quand j'écoute Fauve se prendre autant au sérieux, je n'entends que l'éternelle plainte d'universitaires gâtés. Pas de réelle noirceur, pas de désir.
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Benoît Sabatier