Technikart

Yann Moix: «Comment j’ai raté Cinéman»

Dans «Technikart», Yann Moix, le réalisateur de «Cinéman», revient sur les mésaventures qui l’ont amené à signer l’un des pires films de l’histoire du cinéma français. Extraits.

Tu expliques que tu aurais dû écouter Benoît Poelvoorde, qui a refusé de jouer dans ton film, dès le début…
Maintenant, je sais qu’il avait raison et que le script était mauvais mais, à l’époque, je me prenais pour un petit génie du cinéma parce que j’avais fait quatre millions d’entrées pour un premier long et ce, même si je pense aujourd’hui que Podium n’est pas plus réussi que Cinéman.

Poelvoorde refuse finalement de faire le film et, sur le tournage, rien ne va…
Oui, j’étais en enfer, tout prenait l’eau, la plupart des gens étaient gênés. Le problème, c’est que j’étais seul avec Franck Dubosc et le coscénariste Olivier Dazat. Et pour ne rien arranger, personne ne s’entendait, des vrais gamins qui rendaient l’ambiance désastreuse. A un moment, par exemple, Dubosc s’amuse à dire: «Moteur !» à ma place pour une scène. Là, Pef bondit et s’exclame: «S’il redit encore une fois : “Moteur !”, je ne tourne plus le film.»

Au moment de la sortie, tu as assumé ?
Pas du tout. Quand le film sort après dix-huit mois de montage, je suis en train de déjeuner tout seul à l’Etoile de Montmartre. Il y a là des étudiants de la Fémis, qui est juste à côté. Une dizaine d’entre eux s’approchent et se foutent de ma gueule, tous ensemble, et j’encaisse tout ça, à la manière d’un Patrick Bouchitey dans la Meilleure Façon de marcher. Ils font des sketchs à côté de moi du style: «Je suis Yann Moix, le plus grand cinéaste de l’univers» avec la voix haut perché. J’avais honte, physiquement honte, une impression d’être enveloppée de merde, je n’osais plus sortir de chez moi.
L’intégralité de la confession de Yann Moix dans Technikart #171 (avril 2013) en kiosques.
Entretien Raphaël Turcat