Direction Barcelone pour débuter la saison des festivals. La programmation du bien nommé Primavera est cette année particulièrement alléchante et d’un éclectisme sans pareil. Et le tout en milieu urbain dans une des villes les plus festives d’europe. Premier jour, premier raté puisque la sensation du moment, MGMT entame son live alors que nous faisons une queue interminable afin de récupérer nos pass. Cela étant, les chanceux ayant pu en profiter seront unanimes pour juger que leur prestation scénique est bien en deçà de leurs formidables compositions. C’est donc vierge de tout son que nous nous rendons sur la scène où Public Enemy doit rejouer son séminal album « It takes a nation of millions to hold us back ». Et oui, c’était l’époque où le gangsta rap avait encore une conscience politique très loin des clichés désormais véhiculés par MTV. Ce sera la plus grosse claque du festival. En prélude, les dj’s de la Bomb Squad chauffent l’amphithéatre surblindé avec un son très contemporain, limite dubstep. Puis vient la déflagration hardcore, dj tueur, mc’s délivrant un flow de malade, danseurs tout de battle dress vétus. Public Enemy n’a perdu ni de sa hargne, ni de sa pertinence et nous laisse hagard après un tel déploiement d’énergie. Serait ce une des raisons de la déception Portishead ? Non, en réalité l’univers torturé du groupe s’accomode tout simplement très mal avec le plein air. Cette anomalie sera réparée le lendemain pour leur second live dans l’auditorium à l’ambiance beaucoup plus confinée devant une poignée d’happy few. Encore une très bonne surprise ensuite avec le groove imparable et chaloupé de De La Soul qui nous rappelle qu’il fut une époque désormais révolue où acid jazz et musiques électroniques se développaient parallèlement pour un petit public d’initiés qui pouvait jongler de l’un à l’autre sans Å“illères. Et ce n’est pas fini puisque nous aurons encore droit en cette fin de nuit aux expérimentations plutôt réussies de Caribou, à l’hédonisme affiché et contagieux de Prinzhorn Dance School, à la révélation sur scène de Midnight Juggernauts et enfin à la techno à la fois rèche et funky du trop rare Thomas Brinkmann armé de ses deux laptops.

Claviers dégoulinants

Il est certain qu’après une telle débauche extatique pour un premier soir nous conservons quelques stigmates que nous réparons tout au long de l’après midi à coup de vino blanco/tapas/excitants. Vient l’heure d’un apéro apocalyptique avec des fous furieux venus de Perpignan. Nous arrivons donc sur le site à une heure déjà tardive mais en pleine forme pour les dernières notes de Devo (j’ai cru entendre du rock fm !?). Model 500 (décidemment, ça ne nous rajeunit pas) déçoit avec ses claviers dégoulinants, Fuck Buttons est sur orbite drone option vrillage, Cat Power est trop calme vu mon état d’excitation, El Guincho on m’a confirmé que j’y étais mais je n’en ai aucun souvenir. C’est Robert Hood qui va me stabiliser au cours de son set résolument deep techno, prémisse à l’explosion finale avec le live de Supermayer. C’est simple, on est tous devenu dingues. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un live électro aussi parfait et d’une telle intensité. Mention spéciale aux vidéos mettant d’ailleurs en scène nos superhéros de cette fin de nuit. Alors quand ça s’est arrêté d’un coup à 5H30 avec une demi heure d’avance, j’étais plus que perplexe (et coupé dans mon élan). Problème technique ? J’ai ma petite théorie. Le live était finit et tellement bon qu’ils n’ont jamais osé enquiller des disques derrière. En tout cas le jour se lève et nous arborons tous un sourire béat.

Bougé du cul

Troisième jour, et on est déjà dans un bel état… Je fais l’impasse sur Throbbing Gristle dans l’auditorium sachant que la session de ratrapage se tiendra la semaine suivant à Villette Sonique (trop fatigué pour se concentrer sur cet excellent coté malsain et trippant). Par contre, les papis de Dinosaur Jr envoient du bois (rappelons que c’était le groupe culte de Kurt Cobain et que sans eux point de Nirvana). Mais la jouissance de ce soir va venir d’une connexion Detroit/Chicago. Soit la booty survitaminé de dj Assault et la ghetto house de dj Funk. Un coup d’air frais salutaire, crade, irrespectueux. Mais qu’est ce qu’on a transpiré et bougé du cul. D’ailleurs, prenez en de la graine mister Alan Braxe, après nous avoir asséné une heure durant une house sans saveur et à avoir grapillé plus d’un quart d’heure sur le set d’Assault, il n’est pas étonnant que vous ayez littéralement giclé hors de la scène. Un très grand moment cette transition pour le moins imprévue…Para One fait par contre montre de respect envers ses ainés et enchaîne très fort sur son live. Toute ces péripéties nous font rater la reformation historique de 808 State (paraît il très concluante). Clipse est plutôt une bonne surprise avec son hip hop déglingué. Animal Collective toujours aussi incroyable d’inventivité dans le registre folk électronique. Ils ont réussi l’exploit de captiver le public de la plus grande scène à une heure déjà bien avancée. On poursuit sur le dj set toujours efficace de Simian Mobile Disco (dommage, ils étaient à l’origine programmés en live) puis on se termine sur la house trippée de Tiefscharz tandis que des trombes d’eau écourtent la prestation de Kavinsky.

Le retour en vélo au petit matin me verra mordre le bitume et y laisser un bout de clavicule…