A l’aune de ses prestations charismatiques et déjantées dans le télé crochet de la 6, on ne pouvait que croire en l’avenir du soldat Doré : avec sa culture de rocker beaux-artiste celui qui dynamitait « Lolita » d’Alizée à heure de grande écoute, c’était un peu nous qu’on se disait. On attendait donc la sortie de son premier album prévue pour le 16 juin comme on attendait la performance de Sébastien Tellier à l’Eurovision le 24 mai au soir : avec une certaine impatience. Mais voilà l’auteur de « La ritournelle » s’est gauffré et Ersatz, l’album de Julien Doré, nous a déçu : trop calculé variété, trop propre et trop nulle part à force de vouloir être partout. Et puis humainement Doré, c’est un peu la cata : trop aware et imbu de lui-même le gars. La tentation du cross-over spé-popu aurait-elle atteint là ses limites ? Interview.
Technikart : La première fois qu’on s’est rencontré et qu’on a discuté, c’était fin janvier à l’occasion de la conférence de presse de lancement de la 6e saison de la Nouvelle Star. Alors que tu étais en plein période d’enregistrement de ton premier album qui sort à la mi-juin, tu étais quand même venu nous en présenter 4 morceaux en solo.
Julien Doré : Je suis super content d’avoir participé à cette émission et d’avoir travaillé avec tous ces gens que j’ai enfin pu revoir ce soir-là, mais en lui-même ce concert n’avait pas trop de sens. Je n’étais pas préparé, en plus il se trouve que la plupart des morceaux que j’ai joués ne figurent finalement pas dans l’album. Mais ce n’est pas grave, c’était cool quand même.
Technikart : Là, ça te fait quoi d’avoir fini ton disque et de pouvoir enfin parler de musique, ta musique ?
Julien Doré : Ça me permet d’être plus light sur le second degré.
Technikart : Tu as envie d’être plus light sur le second degré ?
Julien Doré : Oui, j’ai envie d’être un poil plus simple, parce que mes chansons parlent d’elles-mêmes et me sont venues simplement. Je retrouve donc des valeurs qui étaient les miennes et que j’avais jusqu’alors peu mises en avant.
Technikart : Quand tu étais à la Nouvelle Star, tu misais en effet pas mal sur le second degré, le décalage. Ça a donné une certaine image de toi. Aujourd’hui, tu t’en sens esclave ?
Julien Doré : A l’époque, c’était nécessaire parce qu’il s’agissait de reprises. Pour me les approprier, je devais jouer la carte de du détournement. En plus, après l’émission, j’ai été invité un peu partout pour parler de choses et d’autres alors que je n’avais encore rien produit donc pour y prendre quand même du plaisir, il fallait que je la joue cool, que je fasse preuve d’esprit. Ça m’a amusé. De la téloche, d’ailleurs je vais bientôt en refaire. Ça m’amuse toujours. La grande différence maintenant qu’il y a mon disque, c’est qu’il va y avoir matière à discuter, qu’on le trouve super ou à chier.
Technikart : Le souci, j’imagine, c’est que les gens se sont sans doute attachés au Julien Doré déconneur, plein de second degré. Ils vont donc peut-être déchanter en découvrant le Julien Doré de Ersatz. Parce que globalement sur ce disque, tu te révèles assez premier degré.
Julien Doré : Que te dire ? Ça reflète tout simplement ce que j’écris quand je suis seul. J’ai beau écouter Dutronc et Gainsbourg, ce n’est pas pour ça que c’est ça qui va sortir quand je prends un papier, un stylo et ma guitare. Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. Là je m’y remets.
Technikart : Sur ce disque tu signes ou co-signes seulement 5 titres. Tu as manqué de temps pour en écrire plus ?
Julien Doré : Non, c’est juste que lorsque que tu rêves de travailler avec Arno depuis toujours et qu’il se met à t’écrire un texte, tu en profites. Pareil pour Cocoon et David Scrima qui m’ont chacun écrit deux titres. Par exemple si Benjamin Biolay était arrivé avec 12 titres et que les 12 déchiraient, on aurait peut-être fait un album qu’avec ça.
Technikart : Avec le risque d’aboutir à un album « Auberge Espagnole » ?
Julien Doré : Moi je trouve qu’aujourd’hui dans les disques qui sortent, des Auberges Espagnoles, il n’y en a justement pas assez. Ça me fait chier, c'est les familles de musique à deux balles. C’est bien joli d’avoir un nouvel album de Dylan, mais qu’est-ce que ça apporte ? 12 titres qui racontent la même histoire avec le même son, si c’est une ligne de conduite esthétique, c’est chouette, mais il se trouve que souvent c’est plutôt une ligne esthétisante et ça, ça me fait chier. C’est pour ça que je considère aujourd’hui que la pop est morte. Ce que je fais, c’est donc une forme de variété, mais variété au premier sens du terme, c’est-à-dire celle qui me fait kiffer dans les albums de Dutronc où il passe du « Dragueur de supermarché » à des titres beaucoup plus profonds, une variété assumée et consciente de la société et de l’industrie du disque dans laquelle je vis. Je ne veux pas rester dans un petit cercle élitiste à deux balles pour uniquement faire plaisir aux pigistes de Technikart.
Technikart : Ton bagage de rocker issu des Beaux Arts te destine plutôt à séduire les branchés mais ton étiquette d’icône télévisée issu de la Nouvelle Star te rattache au grand public. Du coup, tu te retrouves à tenter un cross-over délicat. Comment concilier les deux ?
Julien Doré : Je fais de la musique pour qu’elle soit écoutée. J’ai vraiment envie de vendre plein de disques, de gagner de l’argent. Or qu’est-ce que je vois aujourd’hui ? Que Sébastien Tellier et Gonzales vont chez Fogiel pour assumer le côté hyper populaire du chanteur de variété. Mais ils font ça en se parant d’une robe de chambre ou de lunettes noires. Ils montrent qu’ils veulent rester hype. En ce moment, Tellier ferait une apparition dans Sous le soleil, tout le monde trouverait ça génial.
Technikart : Tellier ne fait tout de même pas l’unanimité…
Julien Doré : Oui, il y a des gens qui sont saoulés par son attitude, parce que c’est un mec qui ne fait pas semblant. On lui propose une super couverture médiatique et bien il est content, il y va à fond. Il a raison, plutôt que de faire semblant d’être mal à l’aise. Gonzales fait semblant d’être mal à l’aise. Il dit : « Moi je suis un génie » et il arrive chez Fogiel en robe de chambre, en n’arrêtant pas de dire qu’il n’aime pas -M- alors qu’au fond il kiffe de vendre autant d’albums que Mathieu Chédid et d’être invité chez Fogiel. Il n’assume pas vraiment la variété. Or moi, la variété française fait partie de moi, c’est elle qui m’a éduqué, j’ai donc envie de la revendiquer pleinement. Ce n’est pas parce que j’ai lu 2-3 trucs de Lautréamont que je vais en faire une posture et n’accepter que les interviews de Libé et des Inrocks. Je raisonne donc à l’envers en faisant primer le mainstream sur l’underground.
Technikart : Mais ton côté « je me revendique autant de Duchamp que de Jean d’Ormesson », ça témoigne d’une posture barrée et finalement assez prétentieuse. Il faut avoir ta culture pour comprendre les signes que tu manipules. Le grand public ne va-t-il pas trouver ça trop branleur-intello ? Je veux dire si le cross-over spé-popu de Christophe Willem est passé comme une lettre à la poste c’est parce qu’il avait une belle voix, qu’il était sincèrement mélomane et surtout qu’il était globalement vierge de toute vision artistique.
Julien Doré : Effectivement, j’aurais pu faire un album en m’entourant de Zazie et Obispo.
Technikart : Mais ce n’était pas dans ta nature.
Julien Doré : Au-delà du fait que ce soit ou non dans ma nature, c’est surtout ce que je n’avais pas envie de faire. C’est pour ça que j’avais peur de me laisser contaminer par la conscience de mon public potentiel lorsque j’ai commencé à travailler sur ce disque. Après si je vends plein de disques et que les gens adorent l’album je serai le mec le plus heureux du monde, mais ce n’est pas pour ça que je vais me forcer à écrire des chansons qui plaisent à NRJ. Je m’en fous ! Ce que je veux c’est toucher ma grand-mère et mes potes.
Technikart : Ton album présente un éventail de chansons hyper variées. Il y a du folk, de l’anti-folk, du néo-yéyé à la Dutronc-Gainsbourg et du néo-western à la Bashung-Christophe. Tout le monde peut tellement y trouver son compte qu’on imagine facilement cet album saucissonné en 2-3 titres dans une playlist d’iPod.
Julien Doré : Pourquoi pas ? Moi je suis assez content de ce mélange parce que c’est ma famille. Et ça, on peut en dire ce qu’on veut mais on ne peut pas me l’enlever. Ce n’est pas le fruit d’un lego hype. C’est plus land art que ça.
Technikart : En même temps Ersatz, le titre du disque, véhicule l’idée que tu es conscient de faire un produit, quelque chose d’un peu « fake »…
Julien Doré : Ça veut dire que je suis conscient de ce que signifie faire de la musique aujourd’hui. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il est ridicule de dire qu’on est un génie absolu parce qu’il n’y a pas de réelle liberté créative vu tout l’héritage culturel dont on dispose. Donc voilà, c’est bien joli de se caresser en évoquant les nouveaux albums de folk, mais tout ça a été déjà fait il y a des années.
Technikart : Mais ce n’est pas parce qu’une forme d’art ou d’expression appartient au passé qu’il faut s’interdire d’y recourir, si on le sent comme ça…
Julien Doré : Oui, mais en ce qui me concerne, vu mon expérience et mon âge, je dis juste que je suis conscient qu’il y a un héritage dans mes morceaux, tout un tas de clins d’œil, de référencements. Ce que je fais est donc plus une forme d’ersatz ou de succédané. Et c’est en étant conscient de ça qu’on peut justement s’en libérer un peu au lieu de singer du génie alors qu’on n’en a pas le moins du monde. Voilà pourquoi j’ai choisi ce titre. D’ailleurs il définissait déjà ma démarche artistique quand j’étais aux Beaux Arts. Je travaillais sur la position de l’artiste dans la société. Aujourd’hui j’essaye donc de ne pas trop me faire bouffer par la mafia des élites. Ce n’est pas facile parce que, par moments, tu as envie d’en faire partie. Par moments, je fais donc un peu semblant.
Propos recueillis par Sylvain Fesson










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1. orphée à posté lundi 16 juin 2008
2. brugnon à posté lundi 16 juin 2008
3. orphée à posté lundi 16 juin 2008
4. brugnon à posté mardi 17 juin 2008
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6. grosse fatigue à posté mercredi 18 juin 2008
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