Pour la Quinzaine des Réalisateurs, la réalisatrice Claire Simon revient sur la croisette avec « Les bureaux de Dieu ». Casting prestigieux, Nathalie Baye, Béatrice Dalle, Nicolle Garcia, Isabelle Carré, Michel Boujenah (…), ce film fait également intervenir des acteurs non-professionnels pour raconter le quotidien d’un centre de Planning familial. Au fil des entretiens dans cet appartement bourgeois, la réalisatrice nous plonge dans des moments de grands bouleversements et d’intimité, pour ces femmes en quête d’aide et de réponses. Tantôt drôle, dur ou poignant, c’est toujours avec une grande pudeur et sensibilité que la réalisatrice de Récréations (1992) -où elle se plaçait au même niveau que les enfants pour filmer - nous livre le témoignage de ces destins de femmes. Pour Technikart, nous avons rencontré Lolita Chammah et Emmanuel Mouret, les acteurs qui tiennent le rôle de jeunes stagiaires, venus là pour apprendre leur futur métier, c'est-à-dire aussi apprendre à écouter.
Technikart : Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet de Claire Simon ?
Lolita Chammah : « Au fond, c’est un film qui parle du planning familial mais aussi d’autres chose, il a une dimension mythique sur les hommes et les femmes, sur leurs relations. Ce n’est pas un film féministe au sens où ça pourrait être pris, ni militant, mais un film de cinéma au-delà de son aspect social. Si l’on suit la métaphore de l’ascenseur qui monte au début du film et descend à la fin, c’est un film céleste. Là-haut, il se raconte des histoires qui parlent de bien d’autres choses que de la pilule et de l’avortement, ce qui rend le film très ouvert.
Emmanuel Mouret : « Déjà très prosaïquement, c’est le scénario que j’ai adoré. J’ai trouvé superbe le dispositif de Claire Simon, cette idée de faire un film de fiction avec un matériel d’enquête documentaire. Et puis le film est basé sur l’écoute, d’une façon de jouer avec l’intimité et avec les autres. J’avais aussi ce désir de voir ce que cela allait donner, comme dans une aventure.
Technikart : Quelle préparation ?
Emmanuel Mouret : « Moi, je ne suis pas vraiment un acteur de composition (réalisateur de « Changement d’adresse », 2006 et de « Un baiser s’il vous plaît » avec Virginie Ledoyen, 2007), mais Claire m’a rassuré pour faire ce rôle stagiaire. En fait, je me place plutôt du côté des non-professionnels.
Lolita Chammah : « Pour moi les rôles ne se préparent pas forcément, c’est quelque chose qui nous rentre à l’intérieur, comme un processus qui nous échappe. C’est la rencontre avec Claire Simon, son regard qui fait que le personnage naît. Et puis, Emmanuel et moi sommes dans le film pour apprendre. Quand j’ai assisté à un entretien avec Nathalie Baye, c’était un moment fou, totalement gracieux et c’est là que l’on se rend compte que c’est un film sur l’écoute, le silence et qu’avec les acteurs non-professionnels, tout devient possible.
Technikart : Quelle est selon vous la plus grande injustice faite aux femmes à l’heure actuelle ?
Lolita Chammah : « Les femmes ont fait un grand combat jusqu’ici et pourtant ça n’est toujours pas glorieux. Pour moi, la plus grande injustice faite aux femmes serait qu’on mette les femmes contre les hommes alors qu’il y a un vrai besoin de dialogue entre eux. Le féminisme primaire, c’est pas mon truc et aujourd’hui on voit bien que les rapports hommes-femmes sont troublés. Le film essaye justement de rétablir ce dialogue.
Emmanuel Mouret : « J’adhère tout à fait à ce que vient de dire Lolita. En tant qu’homme, je dirais que ça serait que les femmes n’aient pas la même justice que les hommes, qu’elles ne soient pas écoutées.
Technikart : Votre regard sur le Planning après ce film ?
Emmanuel Mouret : « Je ne pense pas qu’il ait changé. Il m’a tout simplement éclairé sur le combat qui fait que le planning existe aujourd’hui.»
Lolita Chammah : « Pour moi, je parlerais plus d’une traversée que de changement, car au fond c’est avant tout un jeu d’acteur. Mais c’est déjà beaucoup, une traversée.










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