Si la fatigue accumulée après une semaine cannoise ne nous en empêchait pas, on serait presque partant pour faire une bonne blague aux accrédités qui tiennent encore debout, leur faire croire que la projo de ce soir de « Santa sangre » dans le cadre de Cannes Classics a été déplacée à la salle Debussy. A vrai dire ils ne seront probablement pas dépaysés devant « A festa da menina morta ». Le cinéma de Jodorowsky – tout comme celui d’Herzog – infuse dans l’ahurissant premier film de Matheus Nachtergaele. Dans un village indigène amazonien, un ado sanctifié par les habitants depuis qu’ils croient qu’il est en contact psychique avec une gamine disparue, prépare son prochain miracle : la résurrection de sa mère suicidée douze ans plus tôt. Ceux qui avaient déjà décerné leur palme perso à « Serbis », la surestimée excentricité phillippine présentée en compèt’ il y a quelques jours, feraient bien de se raviser : moins frontal dans ses images, « A festa da menina morta » maîtrise bien mieux le sens de la provoc’. Surtout quand la transe mystique se fait toujours plus farce féroce brocardant les fabricants de religion dans un pays en pleine crise de foi. Nachtergaele a visiblement choisi la sienne : en faisant se culbuter rituels dévôts et bacchanale débridée, il signe un film vaudou, porté par une fièvre intérieure qui devrait faire monter la température dans ce festival frileux. Il paraît que Jodo ne viendra pas présenter « Santa Sangre », Nachtergaele et le solide coup de pied au culte de son délirant album d’images païennes feront d’excellents remplaçants.
Le Festival de Cannes
Profession de foi
Sélection Officielle (un certain regard). Au moment où le festival sombre dans la somnolence, « A festa da menina morta », jubilatoire brûlot blasphématoire brésilien, clame que la messe n’est pas encore dite.
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