Dès le générique d’ouverture, Jennifer Lynch joue la carte de l’ambiguïté. Deux hommes cagoulés entrent dans la chambre à coucher d’un couple. La scène est étrange, violente et hypnotique. Cris, menaces, tensions, tortures et meurtres. L’atmosphère cotonneuse et effrayante possède une résonance lynchienne que tout le monde appréhendait. Néanmoins, ce sceau « fille à papa » n’est qu’un point de départ pour la cinéaste. Elle rentre dans son histoire par un chemin attendu, mais s’en débarrasse avec une modestie louable. Très vite, elle rabaisse son ambition au niveau d’une petite série B policière où deux agents du F.B.I. vont démêler le vrai du faux chez les survivants d’une tuerie.
Malheureusement, le jeu de dupes et de chausse-trappe est trop classique pour convaincre. On voit venir le pot à rose d’assez loin et il éclate dans un sommet de grand guignol assumé. Malgré une intrigue plombée par le ridicule, la mise en scène tâtonnante débouche parfois sur des moments étonnants, rêches et poisseux. On pense au piège diabolique (et concon quand on y pense) que tendent les assassins aux automobilistes. Sur une grande route, la reconstitution des faits, un fragment de violence après l’autre, trouve un souffle inédit dans ce paysage désertique. Le vent qui tourbillonne, les personnages isolés dans un espace ouvert, la tension sourde… tout est bien. Après « The Chaser » qui refermait l’action dans un pâté de maison, « Surveillance » propose de jouer au chat et à la souris à découvert. Une bonne idée, peut-être la seule du film.
J.W










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