T'arrives pas à être sûr que ça va dégénérer. Pas moyen. Au début, les deux clandestins Jesus et Fausto mettent longtemps à entrer dans le film, cinq bonnes minutes d’un plan d’ouverture majestueux où on les voit venir de loin, très loin, tout petits au fond du cadre, mais gros comme une maison. Une fois avec eux, on ne les quitte plus, nos deux Mexicains. Ils n’ont pas l’air très commode, c’est sûr, mais pas totalement méchant non plus. Chaque matin, ils attendent du boulot là où des blancs en pick-up passent ramasser des travailleurs au noir. Un soir, ça les saoule et ils ont l’idée de faire autrement. Une impulsion. Ils voient de la lumière dans une jolie maison et s’y introduisent un fusil à canon scié en main. Dans la salle, on ne sait toujours pas avec certitude, mais on a conscience que ça peut mal tourner. La bourgeoise rousse Karen le sait elle aussi, d’autant qu’elle a des choses à se reprocher. Mais Jesus et Fausto – et le film avec eux – restent lancinants, pince sans rire, languides, étrangement sensuels. Ils boivent un coup. Ils de-mandent un petit dîner. Ils décident de piquer une tête dans la piscine. Elle a peur, bien sûr, mais un peu moins, déjà, surtout depuis qu’ils lui ont donné un peu de crack à fumer. A ce stade, on se dit que si ça merde, ce sera vraiment pas de chance. Dans un instant, c’est sûr, ils vont partir, et ç’aura juste été une drôle de soirée. Est-ce que le mot « fin » peut arriver un peu plus vite s’il vous plaît ?

L.H