Technikart : C’est important pour vous de parler de la période de Pinochet ?

Pablo Larrain : C’est important pour tout le pays en fait ; et pas que pour moi de revisiter cette période du Chili et de notre culture. Nous avons placé l’histoire dans ce contexte parce que cela aurait probablement donné moins de sens dans l’histoire contemporaine. La violence de cette période se retrouve, en réaction, au travers du personnage principal.

Technikart : Justement, quel sens donnez-vous à cette violence ?

Alfredo Castro : L’histoire de l’humanité est faite de violence et l’on va de crises en crises, il n’y a qu’à regarder dans chaque pays à l’heure actuelle dans le monde. Cet homme là est la métaphore du régime de Pinochet. Un psychopathe, un marginal qui n’a ni conscience politique ou éthique, qui fait tout ce qu’il veut. Il court, il tue, il fait l’amour, il danse… En toute impunité, un peu comme Pinochet.

Technikart : Pourquoi vouliez-vous montrer personnage si ambigu à l’écran ?

P.L : Je crois que quelque part je suis fasciné par l’ambiguïté et la seule façon de faire adhérer les spectateurs à ce personnage était de le monter de cette manière. Lorsque nous avons travaillé ensemble, nous cherchions à ce que ça soit le plus réaliste possible, sans savoir ce qui allait se passer exactement.

Technikart : Pourquoi la danse ?

A.C : Pablo a trouvé une photo d’un viel homme assis, près d’une fenêtre. La solitude et la misère de cet homme l’ont frappé et il m’a dit : « j’ai une image , j’ai une idée ». La danse est venue après avec ce personnage qui crée un espace de joie pour oublier ce à quoi il appartient, pour jouir.

P.L : La danse c’est l’expression d’un corps qui s’abandonne en face de la caméra. Elle transmet alors des émotions directement au spectateur.

Technikart : Quelles sont vos attentes pour votre film et à Cannes ?

P.L : Je suis très fier de montrer mon travail ici et d’en parler. Cannes est un endroit où l’on peut parler et être écouter, écouter et parler avec tant de monde différent. Et tout cela est basé sur la qualité. J’ai hâte de revenir avec un autre film.

A.C : C’est bizarre (rires). Je suis très content pour le film et aussi pour l’Amérique latine, car il y a une voix là-bas qu’il faut faire entendre.