« A un moment donné, j’ai jugé nécessaire de mettre la plume dans la plaie, celle de l’argent et des multinationales car j’estimais qu’il était de mon devoir d’écrivain de dire les choses. En traversant le miroir, j’ai été propulsé malgré moi dans une surexposition médiatique. Aujourd’hui, Une Affaire Personnelle me permet d’évacuer cette histoire au plus vite » . Les vrais combats s'expriment dans l’écriture. Là où il n'y a besoin ni des studios, ni des journalistes et encore moins de liasses d'euros pour atteindre le but que l'on s'est fixé. C’est en partant de cette conviction que le septième roman de l’écrivain Denis Robert,« Une Affaire Personnelle » a pu voir le jour.
Lui mange la vie et le cerveau
Journaliste atypique, passionné de faits divers obscurs et de scandales politicos-financiers (Longuet, Villemin, Clearstream), Denis Robert est aussi un auteur prolifique qui aiguise depuis près de vingt ans une « griffe » romancière caractérisée par des mises en scène sobres et une plume acérée (« Chair Mathilde » en 1991 , « Le Bonheur » , en 2000 « Une ville », en 2003...). Deux livres sur Clearstream plus tard, «Révélation$» et «La Boîte noire», Denis Robert ressent le besoin d’évoluer et change de registre en s’attelant au récit autobiographique.
En se fixant devant le miroir, Denis relate les phases marquantes de sa vie à coup de dates et de faits où l'on croise pèle mêle : Sa famille, sa passion pour l’écriture, sa carrière journalistique avec en toile cette obsession personnelle de s'acharner à vouloir décrire le monde tel qu’il est. Il y revient aussi évidemment sur « l’Affaire », celle de Clearstream, « qui lui mange la vie et le cerveau » et lui a valu sept années de persécution judiciaire quotidienne dont une mise en examen pour recel de vol et recel d’abus de confiance. Son crime ? Avoir apporté la preuve que certaines transactions financières provenant de cette chambre de compensations étaient, disons, quelque peu douteuses.
Le temps et les méninges
En sortant victorieux des procès en chaîne intentés par Clearstream et grâce au soutien d’un Comité à l’initiative du dessinateur Rémi Malingrëy, Denis Robert enfonce le clou. Menacé, censuré, instrumentalisé, voire discrédité par des confrères, victimes consentantes d'un système médiatique gangrené (remember les articles du Monde à la sortie de Révélation$) Denis Robert trouve enfin dans ce récit autobiographique écrit avec mesure, une véritable tribune. L’endroit idéal pour exprimer tour à tour ses fantasmes « Je rêve d’un monde où les avocats des multinationales seraient foudroyés dès qu’ils diraient une connerie » comme ses convictions : « Ce qui compte c’est dire le secret tout doucement au creux de l’oreille et laisser faire le temps et les méninges. Si le secret est un vrai secret, si je ne trompe pas les gens sur la qualité de mon secret, je pense qu’il fera son bonhomme de chemin » et ses appréhensions « J’explore des espaces sans limites. Je suis dans le ’no man’s land’ et je sais que ça peut mal finir ». Au delà de son cas personnel, Denis plaide pour une résistance collective à « la parade grotesque » de certains journalistes qui face aux réels pouvoirs qui dominent notre monde courbent l'échine puis vont gentiment se coucher.
Une véritable oeuvre littéraire
Probable qu'il serait judicieux d'étudier ce texte dans les écoles pour que les futurs gratte-papier puissent prendre la mesure du nécessaire sacerdoce que doit être le journalisme. Car la situation générale, selon Denis Robert, n'a rien de réjouissante. « Il subsiste bien sûr des journalistes, nombreux qui se bagarrent au quotidien (…) pour faire passer leur sujet sur telle ou telle affaire, mais ils ressemblent de plus en plus à des Indiens (...) La génération qui arrive a besoin de bosser. La sélection à l’entrée des écoles de journalistes est aujourd’hui statistiquement plus difficile qu’en médecine. Plus de monde pour moins de places. Plus de pression et moins d’informations ».
Donneurs de leçons Denis Robert ? Pas vraiment, non. En fait, son propos n’est en rien propagandiste ou politique. D'ailleurs, en y regardant de plus près « Une Affaire Personnelle » est en fait une véritable oeuvre littéraire dans ce sens où l'auteur y modifie subtilement les dispositifs habituels de l’autobiographie en inversant les proportions entre confessions, mémoires et critiques. Si la tension liée à « l’Affaire » y est omniprésente Denis Robert semble avant tout préférer s'attarder sur le récit de ses sentiments et de ses impressions, dans un style direct et souvent caustique qui évite l’écueil de la sensiblerie, « Pour moi c’est plus qu’une autobiographie. C’est un livre avec une vraie construction littéraire ainsi qu’une réflexion sur l’écriture, la vie et la mort. En raison de la complexité de ma vie, des procès et de la succession d’ennuis que j’ai pu avoir, je n’arrivai pas à m’isoler pour écrire autre chose. Aller dans cette direction m’était vitale ». «Une affaire personnelle» en quelque sorte. A ceci près qu'elle nous concerne tous.
«Une affaire personnelle», par Denis Robert, Flammarion, 348 p., 19,90 euros.










Vos commentaires
1. denis robert à posté mardi 13 mai 2008
2. KLeM à posté mercredi 14 mai 2008
3. Mattdemyspace à posté jeudi 15 mai 2008
4. Patrick Thouron à posté jeudi 15 mai 2008
5. GeorgesEho à posté samedi 17 mai 2008
6. odb à posté samedi 24 mai 2008
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