Quand Waylon Jennings eût fini de chanter, Bo et Luke Duke glissèrent de chaque côté du capot de leur Charger rouge orangée, surtout par frime. Sur le toit était peint le drapeau de la Confédération, et les portes de la voiture avaient été soudées – bien que cela n’ait jamais vraiment été expliqué, cela avait certainement un rapport avec la course de stock-car à laquelle ils avaient participé. Ou alors c’était juste pour la frime. Dans tous les cas, ça contribuait pas mal à l’usure de leurs jeans.

Leurs jeans étaient moulants. Mais sûrement pas autant que ceux de Daisy, et encore moins aussi courts. En la regardant, les mômes de six ans se demandaient, sans encore connaître le mot, ce qu’était le sexe. Oncle Jesse murmurait quelques mots qui tournaient en complaintes sur le bon vieux temps, quand vos père et mère étaient encore vivants. Ca avait toujours un truc à voir avec Robert E. Lee, ou encore « J’ai bravé la loi et… »

On ne savait jamais vraiment qui gagnait. Mais le shérif Rosco P. Coltrane était occupé à empêcher Flash, son basset, de tomber du siège lorsqu’il pourchassait les Duke Boys jusqu’à la frontière du comté – à la limite de sa juridiction. Et quel que soit le nom du prochain comté, il ne resterait pas un lieu sûr bien longtemps. Le seul noir de la série était en effet le shérif là-bas, et bien qu’il soit plus costaud que le Boss Hogg, qu’il porte des lunettes d’aviateur et qu’il ne parle pas autant que Rosco, il n’aimait pas davantage les hors-la-loi.

Pendant ce temps, Daisy s’affairait à distraire l’adjoint du shérif Enos en faisant semblant de l’apprécier. Enos était du genre à craquer pour ce genre de filles, surtout celles nommées après leurs minishorts. Ou bien les minishorts avaient-ils été nommés après Daisy Duke, qui sait. Toujours est-il que tout le monde ici était distrait – Rosco par Flash, Boss Hog par une assiette de ribs et par les appels téléphoniques de sa femme Lulu, Enos par sa frustration sexuelle, Oncle Jesse par quelques notions confuses du bon veux temps, aggravées par les vapeurs de gnôle, le shérif de l’autre comté par son combat contre le racisme endémique afin de maintenir sa position comme Noir le plus puissant au sud de la ligne Mason-Dixon, et Cooter, que nous n’avons pas encore mentionné, par la fuite d’essence de son camion de dépannage – tout le monde, je me répète, tout le monde était tellement distrait que personne ne s’est aperçu que Bo et Luke, après une dispute salariale, furent remplacées, sans explication plausible, par Coy et Vance, qui certes leur ressemblaient mais furent toujours assez décevants, principalement parce que c’étaient des ordures antisyndicales et que tout le monde le savait. Cela dit, il faut reconnaître que le marxisme a toujours manqué d’une vraie implantation dans le comté de Hazzard, Georgie.

Mais revenons à l’intrigue. Bo, Luke, Coy et/ou Vance tracent à tombeaux ouverts sur une route poussiéreuse, avec Rosco et Flash à leurs trousses. Le blond conduit, tandis que l’autre tâche de capter l’oncle Jesse sur la CB. Rosco, lui, gueule quelque chose dans sa propre CB, afin qu’Enos “chope ces Duke Boys au prochain croisement”.

Mais la voiture d’Enos est garée devant le Repaire du Sanglier, et la CB ne parle à personne, vu qu’Enos est encore à l’intérieur du bar, se tenant tout près de Daisy, qui a son doigt sur son nœud de cravate. Enos lui-même a un doigt sous son collier, et rougit à vue d’oeil. Mais deux étrangers en chemises de péquenots entrent alors, parlant d’un truc sur Boss Hogg et des actes de propriété et bla-bla-bla… Le charme est rompu. Enos se souvient qu’il est censé être flic, et pas seulement un tas d’hormones sur pattes. Il se dirige vers le parking, tandis que Daisy se tourne vers les deux bons à rien d’étrangers, en appuyant sa jambe sexy sur un tabouret pour faire bonne mesure.

Sur la route, la poursuite arrive au moment le plus excitant. Personne ne semble se souvenir que le pont est en réparation – et qu’il l’est depuis trois bonnes saisons. Mais le temps que les Duke Boys se rendent compte du panneau « Pont fermé » sur le bord de la route, ils ont déjà dépassé le point de non-retour. Bo/Coy accélére pied au plancher et presse le milieu du volant. La General Lee sonne un triomphant « Wish I Were in the Land of Cotton » alors que les ouvriers se jettent de chaque côté. Elle atteint le bord du pont en ruines et s’envole dans les airs.

L'image s'arrête et Waylon demande : "Comment ces garçons vont bien pouvoir se sortir de ce pétrin ?" Une page de pubs locales et nationales survient alors, notamment celle pour les ferrailles Victory à Berwyn ("Berwyn ?" s'écrie l'enfant à la maison), celle pour les assurances Eagle, parfois même celle avec le singe contre la cocaïne. Après les pubs, on revient au temps présent. L'image arrêtée montre la General Lee, en cours de vol. Waylon ressasse un truc sur les pneus à garder secs. L'image bouge enfin, on entend "Dixie" sortir du klaxon de la General Lee, et les Dukes atterrissent de l'autre côté de la rivière. Rosco et Flash, pas découragés, tentent de les suivre mais foncent tout droit dans l'eau. Les Dukes s'arrêtent pour se moquer de l'homme de loi, tandis que celui-ci tient à bout de bras son basset hors de l'eau, qui n'est de toute façon pas si profonde, tout en maudissant Enos, qui va arriver quelques minutes plus tard et se planter à son tour. Daisy appelle sur la CB, et raconte aux garçons ce qu'elle a appris de sa discussion avec les deux étrangers-mal-fringués, et tout le monde décide de se retrouver au City Hall, où ils chopent sur le fait Boss Hogg en train de comploter contre eux, comme chaque semaine. Ca a sûrement à voir avec la gnôle. Ou avec les prix des propriétés. Mais c'est une répétition. C'est une rediffusion. Nous referons pareil la semaine prochaine.