Je m’installe, recale mes lunettes, décapuchonne mon stylo, à moi les réjouissances pornographiques des années soixante-dix. A l’occasion de la sortie du coffret DVD de Nicolas Castro, avec « L’Age d’Or du X » et « Brigitte et moi », on me dit : « Regarde ça, et raconte ». Tout à fait consciente de devenir soudain le cobaye plus ou moins averti d’une expérience caricaturale, je prends la chose avec professionnalisme. La jeune fille sage et rangée que je suis, n’a sans doute encore qu’un regard très vierge sur l’apogée de la révolution sexuelle. Il a suffit que récemment je croise Jack Tyler, grand réalisateur de films érotiques, pour pouffer de rire pendant une semaine et l’appeler sournoisement «master of the balls ». Sombre novice que je suis, je fais moins la maligne maintenant, et me voilà à lancer « L’âge d’or du X » sorti en 2006. Première image il fallait que ça arrive, je glousse niaisement devant une étonnante chorégraphie de fesses molles, de touffes géantes, et de flans vertigineux. Le pénis est érigé en Dieu, et la femme en objet, esclave de la consommation machiste. Alors qu’en 1975 Jean Royer, maire de Tours, interdit la projection de pornos dans sa commune et fait fermer un bordel contre les « dérèglements de l’amour », les femmes avortent, gueulent dans la rue, cocufient et exhibent une pilosité à toute épreuve.
C’est la débandade.
Le film jouit d’une délicieuse mise en scène : les dates phares de l’émeute corporelle sont étalées une à une sous forme d’un Journal télévisé burlesque. Le 8 février 1974 la rumeur court, Pompidou serait malade. Le 4 août Nixon démissionne la tête plus ou moins haute, après le scandale du Watergate. Une année mémorable en France puisque Valéry Giscard d’Estaing alors président, supprime toute la censure sur le cinéma pornographique et là, c’est la débandade. Délicieusement tournées en 35 mm, les scènes sont comiques, le sexe n’est pas vulgaire il est drôle, il est partout, il est indispensable pour se libérer des armures sociales. Les donzelles s’extasient sur un phallus géant, la France est à poil et baigne dans un psychédélisme euphorisant. J’appelle mon esthéticienne pour annuler mon épilation.
Un clito au fond de la gorge
Je ne me lasse pas des titres évocateurs. En 1973 « Deep throat » connait un franc succès aux Etats-Unis. A l’époque, Linda Borgman avait été repérée pour ses imparables capacités buccales. Ça me fait penser qu’au collège, une de mes copines (qui avait les plus grosses loches de l’école) pouvait entrer tout son poing dans sa bouche. J’en garde un souvenir ému. Je prends soin de noter une remarque profonde : « Mieux vaut avoir un clito au fond de la gorge que pas de clito du tout». Un an plus tard c’est en Allemagne que la grosse Berta est l’héroïne pulpeuse de « La fille aux hanches étroites ». J’invente rien. En bonne dactylo que je suis, je note consciencieusement les détails de toutes les scènes érotiques que je mate. J’étais avertie et concentrée sur ma besogne, mais je ne pus retenir mes tortillements de rire en voyant un extrait du film « Le sexe qui parle », sorti en 1975. Une foufoune agrémentée aux goûts du jour (donc chargée) crache des insultes à sa propriétaire pour qu’elle effectue sa tâche de soubrette au bel étalon qui l’attend dans son lit. Eh oui à l’époque les mijaurées on les affublait d’une voix entre les jambes, véritable arme contre les carcans sociaux. Définitivement je me marre. Le sexe est débridé, va à fond la caisse et est naïf. Pas de place pour les sentiments vaniteux et superflus, place au cul. C’est vraiment charmant. On a presque envie de faire partie de cette bande branlante de gais lurons. Je jubile et je lance le second film de Nicolas Castro, « Brigitte et moi », sorti en 2007 avec l’aide du scénariste et comédien Sébastien Thoen, pour qui j’ai un léger faible. Gagnée par toutes ces émanations sexuelles, j’avais osé espérer le voir nu comme un ver, mais non, pas d’apparition de mon étalon.
Phallocrates en rut
Je me remets en question en lisant l’avertissement en début de projection : « certaines scènes sont susceptibles de choquer les téléspectateurs non avertis des choses de la vie ». Merde, suis-je au point ? Mais la bossa nova me fait oublier mes possibles lacunes et j’apprends plein de choses. Ainsi je découvre certaines alternatives lexicales délicieuses comme « faire une langue » ou « faire une feuilles de rose ». Je ricane en me réjouissant de toutes ces variantes poétiques. Richard raconte ses déboires amoureux avec Brigitte, qu’il aimera jusqu’au bout, j’ai presque envie de pleurer quand Chopin retentit. Ses confessions de machine sexuelle infatigable sont étonnamment pragmatiques et délicates à mes yeux. La conscience politique de Brigitte me touche. Alors que les Gouines Rouges clament leur totale indépendance (tout en étant Léninistes et Marxistes, bien sûr) je me demande ce que j’aurais été pendant cette période. Certainement pas débridée au milieu des orgies, mais peut-être aurais-je combattu mes petits problèmes bourgeois par l’émancipation, dans un repère hippie. Peut-être aurais-je craché des insultes aux mines grossières de tous ces phallocrates en rut, brandissant mes mains en forme de triangle, merveilleux delta pubien. On a commencé à me traiter de pisseuse à l’âge de raison, ça colle complètement, je suis en train de me révéler à moi-même. Richard avait toujours ce goût d’inachevé sans Brigitte, un goût de plaisir moyen comme on en connaît tous. La France était en train de vivre une excitante parenthèse qui s’est refermée bien avant que je n’arrive. Aujourd’hui il y a une chose dont peuvent se réjouir ceux qui n’ont pas connu cet épisode majeur de l’organe français : la pilule n’est plus un tabou. Alors au boulot !
Double dvd. L'age d'or du x//Brigitte et Moi. Réalisation Nicolas Castro. UNIVERSAL STUDIO CANAL










Vos commentaires
1. Arthur h à posté mardi 29 avril 2008
2. Source de Calcium à posté mercredi 7 mai 2008
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