Entre 8 heures et 9 heures
Dans les épisodes précédents
Il fut un temps où une journée de la vie de l'agent Jack Bauer de la cellule anti-terroriste équivalait à plusieurs vies de James Bond. Plus maintenant. Cela fait quelques temps qu'il ne se passe rien. Depuis que – après analyse, et en tenant compte des six premières saisons – les spécialistes responsables de la sécurité du Président des Etats-Unis ont décidé qu'il ne devait plus revenir à Los Angeles sous aucun prétexte. Parce qu'à chaque fois que le Président va dans cette ville, il y a des problèmes. De gros problèmes. La nuit a donc été longue, et, après avoir ingéré plusieurs somnifères puissants, Jack Bauer dort depuis 00h00m07s. Le pire, c'est que sa vie onirique n'a jamais été telle qu'on le dit, très spirituelle. Des rêves plutôt en gris et blanc qu'en noir et blanc. Des rêves dans lesquels il ne se passe rien. De temps à autres, un de ses proches défunts – sa première femme, Tony Almeda, Michelle Dessler... ils sont si nombreux – se glisse dans son inconscient ; mais ils ne parviennent même pas à raviver les braises de ses cauchemars. Les rêves de Jack Bauer ressemblent à ces films immobiles d'Andy Warhol. Et tout semble indiquer que ce jour là ne sera pas très différent.
Les évènements qui vont suivre se déroulent entre 8 heures et 9 heures...
7:07:22 : Jack Bauer se lève, se douche, se brosse les dents, et va à la cuisine préparer du café.
7:14:33 : Jack Bauer appelle sa fille Kim. Elle dort. Mais lui répond quand même. Elle lui demande d'arrêter de l'appeler si tôt.
7:27:05 : Jack Bauer appelle sur une ligne sécurisée le quartier général de la cellule anti-terroriste pour savoir si son chef a été remplacé de façon intempestive par un autre chef, si une nouvelle crise a explosé, si quelque chose s'est passé. La réceptionniste de nuit lui répond. Elle lui dit que tout va bien, et qu'il n'y a personne dans les bureaux.
7:32:49 : Jack Bauer se sert une tasse de café. Jack Bauer constate une nouvelle fois que son café n'est jamais très bon.
7:37:12 : Jack Bauer cherche le livre qu'il est en train de lire: « The Looming Tower: Al Quaeda and the Road to 9/11 » de Lawrence Wright, qui a reçu le prix Pulitzer en 2006 dans la catégorie « non-fiction ».
7:41:00 : Jack Bauer n'a toujours pas trouvé son livre. Il continue à le chercher. Il sent que son niveau d'adrénaline commence à monter. Il a envie de tuer quelqu'un. Si ce foutu livre ne réapparaît pas bientôt, il va y avoir des problèmes. Il pense que, peut-être, il devrait en informer le Président... Jack Bauer découvre que – il a perdu le fil – il n'est plus du tout sûr de savoir qui est le Président.
7:48:26 : Jack Bauer trouve “The Looming Tower: Al Quaeda and the Road to 9/11”. Il se sert une autre tasse de mauvais café. Il s'assoit sur le balcon et lit quelques pages. Le livre lui procure des frissons. En particulier la partie dédiée à John P. O'Neill du FBI: des années à mettre tout le monde en garde contre le danger que représente Osama Ben Laden, sans que personne ne le croie. Sa disgrâce, les quolibets de ses collègues, l'échec de son mariage, sa démission, son nouvel emploi en tant que chef de la sécurité du World Trade Center à New York, et – son corps fut retrouvé dix jours plus tard dans les décombres – sa mort, là-bas, le 11 septembre 2001.
7:55:29 : Jack Bauer se lève, marche jusqu'au bar, ajoute une rasade de whisky dans son café et, les larmes aux yeux, lève sa tasse à la mémoire de John P. O'Neill.
7:56:29 : Jack Bauer reçoit un appel de Chloe O'Brien, l'analyste informatique en chef quelque peu psychotique de la cellule anti-terroriste. Chloe lui dit que l'avion présidentiel a été détourné, qu'un virus mortel a été répandu dans les rues de Los Angeles, et que quelqu'un s'apprête à provoquer un tremblement de terre artificiel qui fera disparaître sous l'Océan Pacifique une bonne partie de la Côte Ouest. Jack Bauer raccroche, sourit, et – pendant qu'il charge les armes, les laissez-passer et les téléphones satellite qu'il garde dans un tiroir de sa table de chevet – se dit que tout n'est pas perdu, et que la journée, malgré tout, va être bonne.
7:57:44 : Chloe O'Brien le rappelle et lui dit, riant aux éclats, que tout ça n'était qu'une blague.
7:59:59 : Jack Bauer rouvre le livre de Lawrence Wright, mais il n'arrive plus à se concentrer. Pendant un moment, il est tenté par l'idée d'aller chercher un couteau, et de s'entailler le bras gauche. Ou d'aller interroger « à la Bauer » le nouveau responsable de l'entretien de la piscine de son immeuble. Il est arabe, ou chinois, ou quelque chose comme ça. Mais le psychologue de la cellule anti-terroriste lui a dit que non, que ça ne se faisait pas. Jack Bauer allume la radio et écoute la chanson « Free Fallin» de Tom Petty. Celle où il chante « All the vampires walkin through the valley/ Move west down Ventura boulevard/ And all the good girls are home with broken hearts/ And Im free, free fallin'/ Yeah Im free, free fallin' ». C'est une grande chanson. Il l'a toujours aimée. En particulier la partie où la voix de Petty se duplique quand il dit « Ventura Boulevard ». Le brouillard monte sur les collines, la journée va être chaude, informe l'animateur radio à la fin de la chanson de Tom Petty. Et il ajoute qu'il va être 8 heures. « La réalité est merdique, maudit soit le real time et tout ça » pense Jack Bauer. Un couple se dispute dans l'appartement d'à côté. Jack Bauer caresse l'idée d'y entrer en défonçant la porte et de remettre les choses en ordre. Mais non, il n'en a pas envie, il ne peut pas tomber si bas. « Free Fallin' » pense-t-il. « Peut-être dans l'heure qui suit... Peut-être dans deux heures » se dit Jack Bauer. Il a envie d'aller aux toilettes pour vider ses tripes. Mais il décide qu'il va supporter encore un peu.
Traduit de l’espagnol par Clara Jamart










Vos commentaires
1. tonaille à posté vendredi 18 avril 2008
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