C’est un peu la folie du voyage qui s’est emparée de moi ces derniers jours. Finalement avec un peu d’imagination et des yeux bien ouverts, on peut s’évader avec un peu de tout. (La phrase fait guide de voyage cheap j’en conviens). Et j’en ai observées des cultures cette semaine. Des choses étonnantes qui ne viennent pas d’ailleurs non, qui viennent d’ici. Tout simplement.

Première démonstration : Il est possible de voyager sans bouger de la Gare Saint Lazare ! Pour cela, il suffit qu’une vingtaine de blacks encapuchonnés et masqués agresse un homme comme ça, en heure de pointe, aux yeux de tous. Et là c’est une impression de partir dans un autre monde qui nous envahit. Un monde où les cerveaux sont étriqués, et où les petits égoïsmes sont un credo. Un monde d’hommes sans couilles qui ne réagissent pas quand l’un d’eux se fait attaquer. Une espèce de radinerie générale devait avoir rendu tous les témoins de cette scène complètement aveugles. Difficile de comprendre ce qui a justifié cet immobilisme universel et soudain. Il y a matière à halluciner mais rien ne se passe, pas un de ces ignobles nains qui m’entourent ne semble entendre les voix qui montent, les insultes qui fusent. J’ai presque osé espérer que ces athlètes en tenue de sport étaient là pour fêter l’arrivée proche de la flamme Olympique à Paris, ou un truc dans le genre . Mais non. J’assistais simplement à un rassemblement à but très lucratif, basé sur le vol de téléphone portable en masse, vandalisme et coups de tête en prime. L’histoire se termine de la façon suivante : Je vais chercher de l’aide. L’aide arrive. Trop tard. Les deux cent personnes qui allaient prendre le train à ce moment devaient penser à autre chose, puisque personne n’a rien vu, personne n’a rien entendu.

Le saké se fait violent

Deuxième démonstration. Il est possible de voyager en organisant un dîner international. Chacun apporte le plat d’un pays différent, et revêtit la tenue-cliché de son pays. Un programme un peu vomitif, bien que l’idée ait inspiré les convives. Les sushis se boivent alors avec un Bombay Saphir avant de trinquer avec de la bière à la banane et de tester le camembert le plus puant du monde. Le temps passe et nous commençons à nous sentir mal. Le saké se fait violent et le saumon fumé Leader Price ne passe plus. Je me mets à flipper quand chacun se met à parler dans la langue de son pays. Puis je m’envole dans les plaines Ecossaises lorsque Gaston entame une danse effrénée, faisant voler son kilt et tout ce qui va avec, le sourire aux lèvres, le feu aux envies.

Mais mon plus beau voyage de la semaine a commencé mardi soir, sur le scooter d’Antoine. Merveilleusement bien installée sur la chose, je ferme les yeux pour oublier les tristesses de ce bas monde. Je n’ai pas les cheveux au vent (rapport au casque) mais je pourrais presque me sentir libre comme l’air, en robe légère, sur la vespa de Sébastien Tellier, à Biarritz. (Nus, bronzés et beaux, c’est une possibilité aussi). Nous allons voir les Suédois de Shout Out Louds jouer leur demi-heure réglementaire à la Flèche d’Or. Leur pop-folk-alternative légère et romantique s’impose à moi comme les Fluokids s’imposent à des générations de poufs. (J’aime bien faire des comparaisons qui n’ont pas de sens). Leurs petites percussions exotiques agitent la centaine de blondes suédoises venues pour l’occasion, ça émoustille les garçons, ça sent le printemps. Les guitares sont légères, le batteur a retiré ses lunettes et entame les morceaux sans prévenir. Ses gestes sont propres, les sourires sont émus, ils sont cools, tout simplement cools. Ils traversent le monde entier dans leur camion et sont d’une délicieuse discrétion. Guitare et basse sont caressées, les riffs sont sensuels, la voix du bel Adam se pose sur les bords de mon cœur. Je suis Eve et je lui tends ma pomme feignant la naïveté. Puis Bebban, la charmante petite blonde au fond de la scène, lâche son synthé pour serrer son accordéon contre elle. (Là je crois que mes voisins ont soudainement pour ambition de se transformer en accordéon.) Le concert est une puissante orchestration au goût de récréation, et je ne veux plus partir. Je pense d’ailleurs épouser les cinq membres du groupe en même temps. Ça fera les pieds à Noël Mamère, lui qui croyait être cool avec son mariage homo foireux…Mais mes (superbes) derbies doivent rentrer car il se fait tard. Je fais des bisous à des inconnus et je file. Dans le métro, station Barbès, je tombe encore amoureuse. Pas loin de là, Rubin Steiner a donné un concert, et l’homme de ma vie y était, arborant fièrement le tee-shirt blanc orné de la main jaune (figure du dernier album) qu’il venait d’acheter. Il était accompagné donc j’abandonne la partie, mais je me suis bien rincé l’œil. Je m’en fous, j’ai toujours Guigui Durand sous le coude. La semaine prochaine je lui ferai part de mon obsession pour lui, peu importe les moyens à employer, et puis dignement, je l’oublierai à jamais.