Pop. C'était il y a presque vingt ans, on avait presque 20 ans, et The Stone Roses sortaient «The Stone Roses». Une grosse claque: l'impression que la pop n'avait pas de passé, juste un futur, flamboyant – alors que cet album ne faisait que remettre les 60’s au goût du jour (à l'époque, goût Madchester). Aujourd'hui, ça se passe à Brooklyn, d'où le duo MGMT balance «Oracular Spectacular», l'album pop 2008. Et on veut de nouveau croire qu'ils sont les premiers, que les Stones et les Stone Roses n'ont jamais existé. Parce que dans ce format éculé, limite gâteux, qu’est la pop, MGMT crée un truc nouveau, ou en tout cas, de nouveau excitant.
Alors que The Kooks sirote du formol, MGMT se gave de Viagra (même si les deux gars du groupe sont vingtenaires et sexuellement très opérationnels), produisant une pop gorgée de testostérone, si vivante, progressiste: comme un Grandaddy qui abandonnerait le vin (triste) pour carburer aux ecstas (smile) ou un Flaming Lips - ils ont le même producteur – moins péteux, plus pétomane. MGMT, ce sont deux sales gosses malins et doués.
Aciiiiid-pop !
En 2002, quand ils forment The Management, Andrew Vanwyngarden et Ben Golwasser ne sont que deux glandeurs qui se fendent la poire dans une fac du Connecticut. Ils se procurent du matos pour bidouiller de l’électro, s’exhibent dans des performances à la Suicide. Après l’expérimentation, une solution: adopter la démarche contraire de Primal Scream. Ces derniers faisaient du rock, et lorsqu’ils sont tombés dans le chaudron acid-house, ça a donné le chef-d'œuvre «Screamadelica». Andrew et Ben, sous le nom MGMT, se servent eux de l'électronique pour créer de la pop librement inspirée des 60’s. Ils s'imprègnent de la morgue des pop stars anglaises (des Troggs à The Verve), adaptent celle-ci à leur «psychotropic sounds», s'installent à Brooklyn, et le buzz gonfle… Jusqu'à faire de la sortie de leur album un événement: celui que les Klaxons, trop fluo et pas assez Seeds, ont loupé.
Des jeunes Loving Stones
«Oracular Spectacular», c’est comme si les Beastie Boys, pas du tout hip hop, réinterprétaient la pop des Zombies et la disco de Rod Stewart. Comme si les Stones étaient restés pétaradants, enregistrant un disque qui mixe le psychédélisme maboule de «Their Satanic Majesties Request» et le groove lascif de «Emotional Rescue». Une musique ainsi décrite par Andrew et Ben, manifestement gobeurs de trucs qui ouvrent les portes: «Remplie de tous ces sentiments collégiens, la naïveté, l'idéalisme, la nostalgie, le bonheur, la tristesse, un album qui distille l'essence du passé, qui laisse augurer d'un avenir plein de promesses, et offre une absorbante expérience transformatrice entre les molécules et les pulsations du présent.»
Revenons sur terre, aujourd'hui. La musique de MGMT, on l'a écouté, avant et ailleurs, mille fois. Mais on s'en tamponne: ces deux skateurs de plage insufflent une telle superbe dans leur pop qu'on a l'impression que tout commence maintenant: demain, j'achète un surf et je file à San Fransisco participer à l'été de l'amour, «Oracular Spectacular» dans mon iPod, et du Viagra plein les poches.
Meilleur morceau: «4th Dimensional Transition».
MGMT / «Oracular Spectacular» (Columbia)
5 albums qui ont débordé la pop
The Rolling Stones, «Their Satanic Majesties Request» (1967)_Distancés par «Good Vibrations», «Sgt Pepper» et «The Piper at the Gates of Dawn», les Stones montent dans le wagon psychédélique. L’album, foireux, sort après le summer of love, mais il contient d’immenses chansons («She's a Rainbow»).
Rod Stewart, «Blondes Have more Fun» (1979)_Album très faiblard qui vaut pour la disco-pop interstellaire de «Da ya Think I’m Sexy», meilleure vente de la superpop-star drôlement coiffée.
The Stone Roses, «The Stones Roses» (1989)_L’Hacienda diffuse de la house, la ville devient Madchester, c’est le retour des summers of love, et les Roses sortent une pop flamboyante, incandescente.
Primal Scream, «Screamadelica» (1991)_Andrew Weatherall s’empare d’une balade noisy-pop des Londoniens et la transforme en hymne acid-house («Loaded»). Pour ne pas être dépassé par ce succès qui leur doit peu, le groupe se rattrape aux ecstas, accouchant de ce disque électro-hippie très bancal et très grand.
The Flaming Lips, «Yoshimi Battles the Pink Robots» (2002)_Ils faisaient du Pixies, puis découvrent l’électronique. Ça donne un disque pop assez jeté, rejeton du «Trans» de Neil Young.









Vos commentaires
1. oasis à posté samedi 5 avril 2008
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