Dimanche 18 mars 2007

Tiffany m’a appelé pour m’annoncer la raison pour laquelle elle arrêtait sa carrière plus tôt que prévu : elle est enceinte. Quelle belle conclusion à ce journal. Je lui ai dit à quel point ça me faisait plaisir. Et je comprends mieux a posteriori l’étrange malaise que j‘avais ressenti en la filmant dans « Wendy ». Je lui avais dit que ses seins avaient changé ; en fait tout en elle avait changé, déjà. Je lui ai souhaité tout le bonheur du monde, parce qu’elle le mérite. Et Tiffany, je te remercie du fond du cœur pour tout ce que tu m’as accordé. Ta beauté, ta jeunesse, ton énergie.

C’est quand même pas du Charlie Kaufman.

J’ai rebondi sur un projet de film futuriste, si Max veut toujours de moi. A l’heure qu’il est, j’attends qu’il me rappelle. Peut-être est-il déçu parce que je lui ai dit que j’avais envie de partir en Amérique : il considère les gens qui s’expatrient comme des traîtres. Mais je n’irais pas tenter ma chance là-bas si je me sentais un tant soit peu considéré en France, je veux dire, à proportion de ce que j’investis dans mes films. Il n’y a qu’à voir le peu d’intérêt que suscite « le démon ». Mollement critiqué dans Hot Video, c’est un film mal compris, ou pas compris du tout. Il semblerait que l’on se mélange les pinceaux entre le réel et le film dans le film. C’est quand même pas du Charlie Kaufman. Les amateurs de porno ne sont pas habitués à ce type de procédé narratif. Ça les déboussole. Il leur manque le mode d’emploi : faut bander, là ? Ou faut pas bander ? Je peux jouir ou bien j’attends ? Mais il n’y a pas d’éjaculation dans ce film ? Remboursez ! La fin, surtout, les déstabilise : qui est le tueur ? Pourquoi abat-il tout le monde ? Si vous regardez le film en accéléré, il y a des chances pour que vous loupiez le dialogue prononcé par Solange/Cynthia Lavigne, qui explique que le père de Vanessa/Mahé les tuerait s’il savait qu’elles étaient en train de s’envoyer en l’air.

Dépité, et malheureux

Bon, j’admets que le texte tombe un peu à plat : non seulement le jeu de Cynthia est franchement moyen, mais en plus ça a lieu au beau milieu d’une grosse partie de cul. Enfin, cela n’empêche pas de lire dans cette fin une métaphore du climat politique actuel : rejet de tout ce qui est différent, hors-norme, libertaire. Pourquoi le porno devrait-il être déconnecté du politique ? De la Cité ? Il y a en filigrane dans « le démon » une revendication anarchiste et utopiste. Malheureusement, je crains qu’elle ne passe complètement à l’as. Quand est-ce que je peux jouir dans ce putain de film de merde ?! Bon, de toute façon je me contrefiche de l’opinion des journalistes spécialisés - et de celle du public également. Si on écoutait le public, on en serait encore à des trucs genre « les salopes du camping » - et je ne fais référence à aucun film en particulier. Ce qui me plait, c’est que chacun puisse interpréter ce qu’il veut. Mais le public de porno n’est pas accoutumé à ça, à ce qu’un film le fasse réfléchir, se poser des questions. Trop compliqué pour lui. Qu’il aille se faire voir. Bon, peut-être que le porno n’est pas non plus fait pour ça ; à cause de sa forme même, et de ce qu’il est supposé transmettre. Peut-être que je me plante complètement. Que je poursuis des chimères. Que je ferais mieux d’oublier tout ça et de changer de métier. Je me souviens néanmoins de « Rêves de cuir 2 » où des gens se faisaient assassiner – il était question d’un règlement de compte politique, je crois. Et Julia Channel qui se faisait prendre à l’arrière d’une berline. Aujourd’hui Julia ne tourne plus, et moi je suis las, dépité, et malheureux. La conclusion que je tire de ces trois années passées à me débattre au cœur du porno, c’est que vous êtes toujours seul. En tout cas en tant qu’artiste. Et qu’en fin de compte il y a seulement deux choses qui permettent de dépasser sa minable condition d’être humain, et d’avancer dans la vie, je veux dire de ne pas se foutre en l’air, ce sont l’AMOUR et l’ART.

Ça posé, il n’y a rien d’étonnant à ce que le porno me plaise autant.

Jack Tyler