J’ai encore fait un petit tour à l’Opéra pour dénicher quelques bruits de couloirs. Je croise Roseline Bachelot, moulée dans son tailleur rouge, qui fait des blagues (salaces je n’en doute pas) à Christine Albanel, coincée dans son col à tarte Louis XV. Pendant ce temps, Simone Veil donne quelques embrassades timides à ses admirateurs et se cache humblement derrière Shimon Peres. Je crois qu’il m’a vue et m’a fait un clin d’œil complice, mais il est possible que j’affabule complètement. Entre deux aller-retours stressés, un membre de la sécurité Israélite me confie son amertume : « C’est bien beau de surveiller le président d’Israël, mais si c’est pour bouffer deux pauvres morceaux de pizzas pour le dîner et repartir demain matin à 4h30 franchement je préfèrerais arrêter ». Je lui ai donc conseillé d’être hôtesse et l’idée semble lui avoir plue. J’ai changé un homme, c’est bien.
Un budget Lexomil
En passant rue Saint Dominique je souris à Rachida Dati qui fait des pieds et des mains pour avoir l’air aimable. Je me dis alors que les municipales devraient compter un budget lexomil pour ceux qui se présentent. Pour la faire rire je lui fais écouter la chanson des chats. Gaël Garcia Bernal, Chabat et leurs confrères de « La Science des Rêves » entament un refrain teinté de bossa nova : « If you rescue me, I’ll be your friend forever, I’ll never have to be alone again ». Voilà elle a l’air content.
Après l’Opéra je me suis calmée, j’ai déserté les spots incontournables de la capitale pour me terrer dans les petits bars, les petits salons des gens, les petites cuisines où l’on rigole de nos petites vies. En fin de compte ça n’est pas désagréable de sentir le clope et de faire sa propre programmation musicale. Et puis Fernande m’avait lancé un avertissement : « Si tu continues à ce rythme je vais devoir t’apporter des oranges dans une maison de repos, et sache que je n’ai pas que ça à faire ». Le message est passé, de toute façon c’est dans les lieux les plus simples que l’on note les phénomènes les plus extravagants. Ainsi nous sommes en phase de pré-printemps, et je m’aperçois que déjà les liaisons sentimentales commencent à évoluer. Les premières crises arrivent avant même l’éclosion des premiers bourgeons. Petit à petit l’oiseau fait son nid et les couples déplacent leurs pions. Les nanas portent le pantalon mieux que personne tandis que les garçons perdent doucereusement de leur virilité. Le grand retour de la moustache depuis quelques années ne rendra pas aux hommes ce que César a emporté depuis belle lurette. Messieurs, coiffés au poteau par le sexe que vous disiez faible, je m’improvise féministe et vous tire un chapeau mesquin. Cette semaine la gente féminine a encore fait parler d’elle sous mes yeux ravis.
L'orgueil humilié
Jeudi matin vers 1 heure, j’attends Godot place de la Concorde. Une voiture s’arrête, un homme en sort tel un fauteuil éjectable. Le mini bolide typiquement féminin redémarre. L’homme désormais seul est désemparé, il semble avoir été victime d’une rupture en bonne et due forme. Moi je me marre. Et puis au Motel j’assiste à un clash merveilleux : Ginette me prodigue allègrement quelques conseils: « Non mais attends c’est bon c’est juste pour la soirée c’est pas bien méchant, regarde le, il est en train de te baver dessus depuis des semaines! Allez ça fera de mal à personne on s’en fout, et puis ton copain n’est pas censé le savoir…». Je vois alors les yeux hallucinés de son mec. Ginette redescend sur terre, elle percute : elle vient de me tenir un discours légèrement libertin devant son cher et tendre. C’est charmant, il s’en va le cœur brisé, l’orgueil humilié. Elle le rattrape (Ginette court vite). Elle lui offre un baiser qu’il n’aura pas volé (le bougre), et le renvoie gentiment retrouver ses amis. Là je capte quelque chose : elle lève sournoisement les yeux au ciel. Tout le message est là. Aujourd’hui la femme rassure son conjoint mignon, et l’envoie jouer plus loin pour avoir la paix. Il rentre chez lui la queue entre les jambes alors que toutes les Ginette de la terre vont voir ailleurs si quelqu’un y est. Il est loin le temps des étalages de dindes le long des murs pendant les soirées, place au quart d’heure américain les gars!

Les sushis de Technikart
Et puis vendredi je fonce boire du blanc avec mes amis de toujours, on court dans des appartements avec des lustres, on boit, on rit, on joue avec des poupées qui traînent. Puis cap sur le Bataclan pour les 5 ans d’Institubes. Surkin et Bobmo ont toujours l’air d’avoir 12 ans mais ils ont un sex-appeal musical épatant. Les filles crient, dansent, sautent comme des furies. Elles ne regardent plus tous ces garçons qui leur bavent dessus, seul le son compte. Petit crapaud tout moche ne deviendra pas prince charmant sous le baiser d’une demoiselle. Elles ont bien d’autres choses à faire. C’est un vrai cours d’aérobic auquel j’assiste, les corps sont désordonnés, les bras sont balancés à gauche à droite, au risque d’en éborgner deux trois. Leurs cheveux quant à eux compteront sûrement de terribles nœuds le lendemain matin, mais peu importe il faut tout donner. La foule tournicote gaiement autour des platines spécialement placées au centre de la salle, tandis que les plus patients s’entassent dehors. Et pour griller la longue file d’attente, certains ont capté le filon : enjamber la barrière du coin fumeur par derrière et prendre un air très très innocent. Puis se féliciter en se serrant dans les bras. (Chose que je n’ai pas forcément comprise). Je repars avec le sourire et un incroyable panini viande hâchée. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai huit boîtes d’allumettes du Royal Saint Honoré dans les poches de ma veste. Je ne fume plus. Tout ne s’explique pas dans la vie. Samedi je suis heureuse d’aller m’enfermer porte de Versailles où il n’y a pas de fenêtres, si ce n’est sur la littérature. Le joli Boris Bergman nous confie qu’il aime tellement les sushis de Technikart qu’il serait capable de manger ceux qui traînent sur notre stand depuis trois jours. (De mon côté cette semaine j’en ai mangé quarante-six).
Puis le soir j’apprends la salsa avec un Canadien fan de Woody Allen et je me fais passer pour Tchèque auprès d’un Portugais affamé. La vie pourrait s’arrêter là finalement, sur l’air de « Rue Saint Vincent » d’Yves Montand, ça m’irait très bien.
La semaine prochaine j’irai manifester pour la protection du thon rouge et je tâcherai d’arrêter de penser à Guillaume Durand. (Guillaume si vous m’entendez…)









Vos commentaires
1. elle le sait à posté jeudi 20 mars 2008
2. Brava à posté jeudi 20 mars 2008
3. borria à posté jeudi 3 avril 2008
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