Jorge Volpi est né en juin 1968. A un mois près, il aurait pu être un enfant de mai, un symbole de la révolution. D’une certaine manière, c’est ce qu’il est devenu, mais pas au sens où certains auraient voulu l’entendre, entre deux pavés balancés… Cet écrivain mexicain régla d’ailleurs ses comptes avec cette période dans «la Fin de la folie». Dans ce pamphlet grinçant, le héros psychanalyste épousait les thèses du moment, pour les beaux yeux d’une bourgeoise en rébellion, croisait Althusser, Foucault ou Lacan – puis s’en allait pour Cuba ou le Chili. La désillusion des idéaux est également au cœur de son nouveau roman, «le Temps des cendres», dont c’est peu de dire qu’il écrase ce début d’année littéraire.

Quand on regarde des photos de Jorge Volpi, on songe davantage à un candidat des «Chiffres et des Lettres» qu’à un dangereux bolchévique mangeur d’enfants. Après des études de droit, il enfila la robe d’avocat tout en soutenant une thèse en philologie avant d’occuper, pendant deux ans, le poste de secrétaire d’un cador des institutions. Puis après avoir enseigné à Cornell, il se retrouva attaché culturel à l’ambassade du Mexique en France, de 2001 à 2003. Et le voilà qui dirige désormais la chaîne culturelle de télé publique Canal 22.

«Génération du crack»

Alors qu’il aurait pu se contenter, pour briller en librairies, de jouer les Patrick de Carolis, Volpi lâche en littérature sa face contestataire. Au début des années 90, avec Ignacio Padilla et Eloy Urroz, il fonde la «génération du crack» – rien à voir avec un truc de junkies –, école littéraire crachant sur le «réalisme magique» et les maîtres locaux, Carlos Fuentes en tête. Ce qui n’a pas empêché le maître en question de saluer le talent de son anti-poulain. Il faut dire que, comme le génial «A la recherche de Klingsor» avant lui, «le Temps des cendres» se pose là. Sur plus de cinq cents pages, Jorge Volpi met en scène les destins croisés de trois femmes (une biologiste russe, une fonctionnaire du FMI américaine, une informaticienne hongroise), emblèmes d’un monde qui va trop vite.

INTRIGUE PASSIONNANTE

Avec une prose sublime, aux antipodes d’un Dominique de Villepin, «le Temps des cendres» revisite un demi-siècle d’histoire avec une intrigue passionnante, nous interroge sur la chute du communisme, l’écologie, la pauvreté, le libéralisme triomphant ou la question du génome humain, sans jamais tomber dans le livre à thèse. Admirablement construite, cette fresque passe du grand roman d’amour au thriller d’espionnage via le suspense scientifique sans qu’à aucun moment, le lecteur ne se sente paumé. Rien à dire, c’est du gros, bon et grand boulot. Alors, travailler plus pour gagner plus ? Si on n’est pas sûr que le slogan soit très efficace en France, il semble fonctionner du feu de Dieu pour l’écrivain mexicain.

Jorge Volpi / «Le Temps des cendres»

(Seuil - Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli - 540 pages. 21,80 €)