Technikart : Bonjour Patrick de Saint Exupery. Alors il paraît que vous avez vendu 40 000 exemplaires de « 21 » ?
Patrick de Saint Exupery : Oui, on ne s’attendait pas à ça (rires) ! On en a tiré 40 000 et il nous en reste 1000 en stock. Et 40 000 c’était pour 3 mois. On en a donc vendu 39 000 en deux semaines. Donc voilà, il y a du boulot maintenant.
Technikart : Combien comptez-vous en retirer ?
Patrick de Saint Exupery : Alors là le tirage c’est une étrangeté chez XXI mais ce n’est pas nous qui l’avons fixé, ce sont les libraires car c’est eux qui nous diffusent. Il nous avait demandé 30 000 exemplaires. On a fait une petite marge à 40 000. On a bien fait. Maintenant pour ce qui est d’en retirer, on ne sait pas encore, on attend un peu car on n’est pas dans l’urgence puisqu’on n’est justement pas dans les tempos de la presse.
Technikart : XXI est le fruit d’une rencontre entre vous et l’éditeur Laurent Beccaria. Comment et quand vous êtes-vous rencontré ?
Patrick de Saint Exupery : Vous savez une rencontre ça prend un peu de temps. On s’était rencontré pour la première fois en 2004 quand j’ai été publié aux Arènes, la maison d’édition que dirige Laurent Becarria, et à partir de là on a continué à discuter, à nous écouter et on s’est lancé dans XXI parce qu’on se retrouvait sur un projet commun, entre le journalisme et l’édition.
Technikart : Ça donne quelque chose d’hybride.
Patrick de Saint Exupery : En fait la proposition est très simple : c’est un esprit presse dans une forme librairie. Après vous me dites que c’est hybride, je ne sais pas, est-ce que les choses un peu nouvelles et différentes ne génèrent pas toutes ce type de première impression ?
Technikart : Dans l’édito du numéro 1 vous dites que le journalisme tel que pratiqué par Albert Londres est éternel, « seules les formes changent ». N’est-ce pas ça le côté hybride : trouver la nouvelle forme qui va refaire jaillir l’essence journalistique ?
Patrick de Saint Exupery : A mon sens, la première légitimité du journaliste est toute simple, c’est d’avoir été là, quelque part, n’importe où d’ailleurs, mais quelque part, avoir vu, constaté, entendu et de le raconter. Pour moi c’est un truc indéracinable cette incroyable possibilité qu’a le journaliste d’aller voir et de raconter. Moi j’ai toujours trouvé que c’était quelque chose d’incroyable.
Technikart : Dans l’écriture, on a l’impression que XXI réhabilite le journalisme subjectif…
Patrick de Saint Exupery : Notre ton est simple, c’est le réel, la retranscription du réel. On est dans le narrative writing, le journalisme de récit, on va à un endroit et on raconte. C’est les américains qui ont réactualisé le narrative writing, mais c’est aussi la base du journalisme en France, c’est comme ça que s’est créé le journalisme en France, ensuite on s’en est éloigné et nous on propose d’y retourner un peu.
Technikart : Partant de là, vous faites le pari que l’information a une taille et un prix...
Patrick de Saint Exupery : Alors la question de la taille : on est sur 200 pages, le Nouvel Obs doit tourner autour de 130…
Technikart : Avec les pubs !
Patrick de Saint Exupery : Oui, nous c’est 200 pages sans pubs.
Technikart : Grande différence.
Patrick de Saint Exupery : C’est clair. Mais c’est parce qu’on raisonne par rapport aux lecteurs. On raisonne en se disant que XXI n’est pas fait pour être consommé mais pour être lu. C’est idiot, mais c’est ça : XXI c’est de la lecture, pas de la consommation ! Est-ce que c’est long ? Je ne sais pas : est-ce qu’un livre est long ? Ça dépend. S’il vous intéresse, il n’est pas long. La question du prix : est-ce que c’est cher ?
Technikart : En France, on n’est pas habitué à mettre 15 euros…
Patrick de Saint Exupery : Oui, on n’est pas habitué parce qu’aujourd’hui on nous fait croire que tout est gratuit mais c’est une illusion. Rien n’est gratuit, c’est une évidence. Moi j’adore lire des journaux, quelqu’ils soient. J’achète mon journal et j’aime l’acheter parce que le simple fait de l’acheter me donne le droit si je ne suis pas content de le dire : « Je ne suis pas content ! » J’ai le droit puisque je l’ai acheté ! Alors que si on me le donne gratuitement je le lis comme un prospectus et je n’ai pas le droit de dire que je ne suis pas content. Quand c’est gratuit ça n’a pas de valeur. Quand j’achète mon journal avant les fêtes et qu’on me donne des gros suppléments publicitaires, en tant que lecteur, je suis paumé, je ne comprends plus. Qu’est-ce que j’achète : de la lecture ou de la pub ?
Technikart : Mais, à la base, aucun journal ne s’ouvre à la pub par plaisir, c’est juste que leurs ventes ne suffisent pas à les faire vivre…
Patrick de Saint Exupery : Ça j’en suis le premier conscient ! La question se pose pour les journaux comme pour XXI !
Technikart : Comment conjurez-vous ce problème ?
Patrick de Saint Exupery : En croyant au lecteur. On n’a pas de cible parce qu’on croit qu’il existe des lecteurs curieux, c’est tout. C’est idiot encore une fois, mais c’est notre postulat. Il y a des lecteurs, ils sont curieux et on ne peut pas les réduire à une cible, parce qu’un lecteur ça peut être une femme, un homme, un jeune, quelqu’un de plus âgé, quelqu’un qui a de l’argent, quelqu’un en a moins. Après le plaisir du lecteur c’est un mystère. Est-ce que le lecteur a du plaisir ? Est-ce que sa curiosité est satisfaite ? On propose, le lecteur dispose.
Technikart : Envoyer des gens sur le terrain comme vous le faites, ça coûte cher j’imagine…
Patrick de Saint Exupery : Oui, c’est pour ça qu’on le vend 15 euros. Tout le contenu est fait de A à Z pour XXI, les illustrations, les textes, le récit graphique. Donc quelque part, sans vouloir galvauder le mot, on est sur un contenu exclusif.
Technikart : Comment est venue l’idée du « récit graphique » ?
Patrick de Saint Exupery : On aime la bande dessinée et c’est un mode narratif alors pourquoi ne pas raconter la réalité en bande dessinée ? Pourquoi devrait-elle se cantonner à la fiction ? Voilà on s’est simplement dit ça. Tous nos collaborateurs ressentent une grande attirance pour le réel. Ça nous fait plaisir d’aller l’éprouver et d’essayer de le restituer. Dans le numéro 2 on va par exemple avoir un récit graphique de Jacques Ferrandez, l’auteur des Carnets d’Orient. Normalement il travaille pour Casterman, mais pour nous il a choisi de décaler ses projets parce que voilà il y avait un tropisme, une folle attirance pour le réel.
Technikart : Vous représentez un eldorado pour des auteurs en mal d’aventure !
Patrick de Saint Exupery : C’est vrai qu’on a beaucoup de propositions mais on répond. Même si ça prend du temps on voit tout le monde et on verra tout le monde. Nos portes sont grandes ouvertes et tout est possible.
Propos recueillis par Sylvain Fesson
http://www.leblogde21.com










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