Ah qu’il m’est agréable de faire part de mes émotions pubères à des lecteurs férus de mots enragés. Une chronique qui suscite l’intérêt à ce point, non vraiment je ne pensais pas ! Quel dommage que je ne sache pas traverser les nuits parisiennes la canine relevée et le flair aiguisé pour riposter bassement. Il est regrettable de ne pas avoir un énième témoignage des méandres de la nuit ? A t’on vraiment encore envie de lire un article qui sent le vomi et le laisser aller mondain? Devrais-je étaler les orgies et plaisirs privatifs sombres des uns et des autres? Allez les enfants, on arrête de faire la gueule, on range ses crocs et ses petits poings levés et on va s’amuser. Que voulez-vous, on s’est tous vite lassés des regards torves et des discours nocturnes ringards. Beaucoup d’entre nous sont passés à autre chose, gaffe aux retardataires de mauvais poil. Eh oui déjà ces dernières années pendant que les agitateurs faussement funambules boudaient encore et toujours dans leur coin, de petits sourires ont commencé à se dessiner ici et là. Pourquoi le fluo ? Pour rigoler. Pourquoi sort-on du noir ? Parce que la nuit on finissait par s’emmerder, à force de se toiser sans conviction. Pourquoi le retour des années 80 ? J’ai trouvé deux explications tangibles: la première, les Bisounours, la seconde, l’afterwork. Je m’explique. En 1981 les premiers ours multicolores naissent comme personnages de cartes de vœux. Et là c’est le buzz, un enthousiasme renaît autour de ces jolies petites mines innocentes. Un succès fou les propulse sur le devant de la scène jusqu’à les matérialiser en peluches. Symboles d’une vie et d’une génération d’anciens dépressifs anonymes, chaque Bisounours a un rôle dans la société. Et ça, c’est beau. Par exemple pour les dépressifs insomniaques qui continuent de se mentir sans vergogne, Grosdodo les aide à fermer leurs petits yeux avec le croissant de lune sur son estomac. Vous la voyez l’invention du siècle là ? Vous comprenez pourquoi il est temps de faire parler nos petites émotions hormonales sans conséquences ? Parce que les poètes disparus dans les coins de rues sales, c’est marrant deux minutes mais à la longue ça gonfle.

Je deviens frite
Il était là le problème avant le retour des Bisounours, on ne savait plus faire la fête. Alors mes amis je m’octroie un trône de prophète et j’explose le plafond avec la bonne parole de Calvin Harris. On lève les bras, on ferme les yeux, qui dit mieux ? Je deviens frite et je me dandine comme personne. Ma pote Fernande a son avis sur la question aussi, elle fait des phrases, elle prévient pas hein, mais elle cale ses petites remarques l’air de rien. Là elle me dit d’un air concerné : « La limite entre le kitch et le moche est souvent bien mince tu sais, mais au fond ya que ça de vrai ». Et elle n’a pas tort. L’autre remède génial à la léthargie morbide c’était l’after work. Ah oui ça monsieur c’est une expérience à tenter! Pourquoi ça me plaît ? Parce qu’on y va pour défouler nos pauvres moignons de bonheur, on va balancer sévère parce qu’on s’est donnés toute la journée en open space (vous savez les fameux qui font rire tout le monde…). On les regrettait tellement les boums endiablées, les quart d’heures américains et les timides frôlements de main. Fernande et moi on y va pour faire nos chorégraphies. « Jeudi soir? Désolée je peux pas sortir, j’ai cours de sport à la Galerie ». C’est un peu ça la « Seven 2 One », pionnière en matière d’after show les gars, j’ai pas choisi n’importe lequel. Et ça marche du feu de Dieu : on entre dans la salle et c’est un peu la révolution du carnaval de Rio, et pourtant il n’est que 19 heures. L’ambiance nous gagne, je deviens banane quand Lio le chante en Split, puis j’attrape Fernande pour partager mes émotions sur Patrick Bruel. Mais bon sang qui passe encore du Patrick Bruel en soirée ? Il fallait le faire. Avec l’interdiction générale de fumer s’est observée une recrudescence des soirées-à-la-maison, eh ben là, on est comme à la maison, avec des centaines d’amis d’amis qui dansent partout.

Je suis enfin dans l’incroyable monde des Bisounours, loin des sarcasmes miteux et des snobismes inavoués, et je m’amuse. Les tubes s’enchaînent, Fernande s’agite et crie, elle entame un sirtaki endiablé et les yeux roulent sur elle. Je suis fière de ses déhanchés hors du temps (et du rythme), et pendant ce temps là, je vadrouille à la recherche de nouveaux amis. J’ai rencontré Grosfarceur, Groscascou et leurs amis, enfin un truc dans le genre. Leur humour était complètement naze, mais ils m’ont plu. Ils m’ont d’ailleurs beaucoup plus amusée que les trois quarts de la population de Groscons du « milieu de la nuit ». Merci les gars, merci. La semaine prochaine, je demanderai à Fernande d’arrêter de se faire passer pour Dark Vador au téléphone un lendemain de soirée.
Marjorie du Manoir (www.seven2one.com)










Vos commentaires
1. La Nuit Je Mens à posté mardi 26 février 2008
2. Ferragus à posté vendredi 29 février 2008
3. La Nuit Je Mens à posté samedi 1 mars 2008
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