Mardi 9 janvier 2007

Je suis dans le train. Nous rentrons sur Paris. Lionel, Tiffany et moi. Nous avons terminé ce que nous avions à faire et ça s’est vraiment très bien passé, tout le monde l’a reconnu. J’étais arrivé à Morlaix samedi dans l’après-midi. Tanguy et Lionel m’ont retrouvé et nous sommes allés fêter leur virement SACEM qui correspondait à la diffusion de « Propriété privée » sur Canal+ en mars dernier. Ils ont été surpris du montant que ça représentait. Du coup nos retrouvailles furent plus que cordiales, plaçant la session musicale à venir sous d’excellents auspices. L’humeur était tellement bonne que dès le lendemain soir, tous les morceaux avaient été enregistrés. 7 pièces musicales en tout. Du rock expérimental, ou progressif, je ne sais pas comment dire. Du fait qu’il n’y a pas le fameux couplet/refrain, la musique est forcément répétitive et évolutive. Un seul morceau pop, et encore, il se barre en free à la fin. Je suis très content ; Thomas, Lionel et Tanguy aussi. Du coup nous étions fin prêts pour accueillir Tiffany le lendemain. Un cas de conscience s’était posé à nous. Comment gérer sa présence et sa participation au projet. À la base, tout partait d’un désir de ma part. Désir un peu surréaliste de la faire chanter, d’intégrer sa voix à la BO ; désir de l’impliquer d’une autre façon, d’une façon nouvelle, dans le film. Or si la veille nous avions enregistré live, en visionnant les scènes du film tout en produisant la musique, là il était hors de question de passer le film en sa présence ; hors de question de la faire chanter sur sa propre image ; de la faire chanter sur elle-même baisant. Ça tombait bien : nous avions déjà les morceaux en boite. Donc j’ai pu ranger mon scope et on allait oublier les scènes de cul pour se concentrer uniquement sur la musique.

Chanter est une expérience très intime

Tiffany m’avait envoyé un texto confirmant qu’elle avait bien reçu le billet de train que je lui avais envoyé. Puis un autre pour dire qu’elle était dans le train et me donner son heure d’arrivée à Morlaix. Le matin, nous avons fait du re-re : des parties de guitare, de la basse, ce qui a gravement amélioré les morceaux. La basse est un instrument absolument indispensable, nous le saurons pour l’avenir. Quand Tiffany est arrivée, Thomas lui avait préparé une petite cabine son, avec un gros micro à lampe dévolu à la voix, et nous étions tous dans le studio à se demander si ça allait le faire ou pas. Et au fil des prises, à vrai dire dès la deuxième, nous avons compris que ça le ferait, que ce n’était pas une idée à la con : Tiffany chante juste et sait placer sa voix. Très intimidée, voire terrorisée en son for intérieur, elle a chanté dans le noir, sans lumière – j’imagine pour ne pas se sentir observée par les quatre gus dans le studio de l’autre côté de la vitre. Chanter est une expérience très intime, forcément gênante avec la présence de quatre mecs qui ont déjà tout enregistré et qui n’attendent que sa voix pour boucler l’affaire – trois mecs qui ont produit de la musique en la voyant s’ébattre la veille, plus le réalisateur et grand manipulateur, celui qui organise tout et obtient ce qu’il veut des gens, à savoir moi. Les choeurs qu’elle a fait, en mélangeant plusieurs prises, apportent de la grâce et de la douceur à l’ensemble, un lyrisme féminin ; le reste étant très rock, bien sûr. Tiffany repart avec des conseils, des logiciels, et la preuve qu’elle est capable de faire autre chose que niquer devant une caméra. Elle m’a confirmé son désir de mettre un terme à sa carrière. Nous avons un peu parlé de « Deep » (je lui ai confié les grandes lignes de l’histoire et de son personnage). Elle m’a révélé qu’elle avait dit que son dernier film serait un Jack Tyler. Je lui ai dit que ce serait peut-être aussi mon dernier film X. D’ici le tournage de « Deep », nous nous reverrons pour « Wendy », et juste avant peut-être au salon de Bruxelles. Mais avant ça elle doit me faire parvenir un morceau que je lui ai demandé de me composer pour « le démon », celui qui ira sur les scènes alternées entre le salon et la chambre de Val (où se déroule sa scène avec Liza, O. et Phil).