Mercredi 3 janvier 2007
« Le démon » sera peut-être mon chant du cygne. Vous connaissez l’adage : si tu ne t’intéresses pas à la politique, la politique s’intéressera à toi. Personnellement, je m’intéresse à la politique, dans le sens où j’ai conscience des enjeux et des rapports de force ; je me tiens informé de ce qui se passe dans mon pays et dans le monde. Mais je ne lis pas souvent le journal et regarde rarement les infos télévisés. Par exemple, je n’ai pas acheté le Paris Match de 2005 dans lequel Ségolène Royal déclarait ses intentions à l’égard de la pornographie : la bannir purement et simplement de la télévision. C’est en allant jeter un œil au blog d’Ovidie et en parlant avec Henri que j’ai pris conscience de la gravité de la situation. À l’époque, je ne crois pas que personne ait réagi à cette déclaration d’intention : en 2005, Ségolène Royal n’était pas encore la candidate officielle du PS (et par conséquent de la gauche toute entière). Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Et on peut flipper. Je veux dire que si elle est élue, elle aura tout à fait le droit, et le pouvoir, de mettre à exécution ce souhait et éradiquer le porno de la télé en France. Or je vois mal les consommateurs frustrés, les abonnés de Canal +, les hardeurs et hardeuses, les réalisateurs, les producteurs et tous les gens impliqués dans cette activité s’unir et défiler dans la rue afin de défendre leurs intérêts et pour certains leur gagne-pain. Il n’existe aucune solidarité et encore moins de conscience politique dans un milieu déjà rejeté aux marges du système.
Digne d'un dictateur
Pourtant il existe ce qui s’appelle tout bêtement la liberté d’expression. Et la liberté d’expression, c’est inaliénable. Voilà quelque chose que j’ai appris à mes enfants – car ce n’est pas à l’école qu’ils l’apprendront. Et sous couvert d’ordre moral, c’est à ça que Mme Royal a l’intention de s’attaquer. Car ne nous y trompons pas : priver le film porno de la diffusion télé, qu’elle soit mainstream comme Canal+ ou plus marginale comme sur le câble ou par le pay-per-view, amputera la production française d’une manne financière non négligeable et rendra ce métier encore plus précaire qu’il ne l’est déjà. C’est comme si vous réduisiez la ration quotidienne d’un détenu pour le faire mourir à petit feu. Bientôt il ne sera plus qu’un squelette décharné ; vous n’aurez qu’à le pousser dans la fosse commune. Et qu’on ne vienne pas me parler de protection de l’enfance, argument classique des censeurs : il y a suffisamment de cryptage et de procédés techniques divers pour interdire la vision de ces programmes aux enfants. En revanche rien ne pourra les empêcher de mater un DVD de cul chez un copain en empruntant la carte bleue d’un adulte ou du grand frère, voire de télécharger (encore chez un copain si leur PC est « protégé ») des images immondes sur tel site Allemand (comme l’abject GGG). Mais ça, Ségolène Royal s’en contrefiche ; sa posture est avant tout idéologique ; elle ne repose sur aucune analyse sensée. Son intention est absolutiste et liberticide ; digne d’un dictateur – indigne d’une Républicaine.
La frange la plus débile et arriérée de son électorat.
Mais Ségolène Royal n’a sans doute jamais regardé un film porno. Si elle s’était un tant soit peu penchée sur la question et documentée comme il se doit avant de faire une déclaration aussi lourde de conséquences (sanitaires, humaines, économiques), Mme Royal aurait pu se rendre compte d’abord que la pornographie était un continent, avec des territoires glauques, et d’autres plus attrayants ; que la représentation du sexe pouvait autant faire vomir qu’émerveiller selon les cas et l’humeur du moment ; et qu’il y avait parfois, sans doute trop rarement, un enjeu artistique. Et aussi, chose essentielle, que ces œuvres sans exception s’adressaient délibérément aux adultes : depuis quand une société légifère-t-elle en fonction uniquement des enfants ? Si cela était le cas, on aurait supprimé les voitures depuis longtemps (bruyantes, dangereuses, polluantes), beaucoup de produits industriels nocifs, ainsi que nombre d’émissions télé affligeantes et contre-éducatives (le maillon faible, la Star Ac, sans parler des journaux télévisés qui récemment ont balancé les images de l’exécution de Saddam Hussein et n’hésitent pas à montrer des cadavres baignant dans une mare de sang au Proche-Orient ou flottant au gré du courant après tel tsunami). Mais pour bâtir ce type de raisonnement, il eut fallu que Mme Royal s’intéressât d’un peu plus près au sujet, plutôt que de s’en débarrasser par un jugement à l’emporte-pièce qui ne satisfera que la frange la plus débile et arriérée de son électorat.
Bêtisse Crasse
En plus de son ignorance manifeste en matière de pornographie (et sans doute également de sexualité), Ségolène Royal fait preuve d’une bêtise crasse. Car derrière ce fameux ordre moral se cache toujours une grande imbecillité. Que cette femme soit idiote, et bientôt peut-être à la tête de l’Etat, ça ne devrait pas nous empêcher de dormir. Mais qu’elle se mêle de la sphère privée des gens (les consommateurs) et nuise à la qualité du travail et à la simple survie matérielle d’un certain nombre de professionnels en jetant l’anathème et en censurant une activité déjà sévèrement réprimée, je trouve ça dégueulasse, et somme toute, débile. Ça montre juste qu’elle est conne comme (excusez l’expression) une bite. Toute future présidente qu’elle soit. Je vous rassure tout de suite, ça ne me fera pas voter Sarkozy pour autant, parce que contrairement à ce que laisse à penser Ségolène Royal, moi j’ai une conscience politique, des convictions, et une éthique. Ça me donne juste envie de vomir, et de quitter ce pays. Ça, Arthur et Cauet continueront sans problème à abrutir la population, vous pouvez en être sûrs. Mais il y aura moins d’argent pour faire des films de cul, plus de charte Canal+ pour maintenir un certain niveau de qualité ainsi que le port du préservatif. Le porno retournera dans le caniveau. À du gonzo pur et dur, à de la baise sans intérêt, sans souci éthique ni esthétique. Merci pour l’image de la femme qui en découlera ! Mais ça, madame Royal s’en contrefiche – l’image qu’elle même donne de la femme n’étant pas la plus folichonne qui soit ; quand je pense que d’aucuns ont pu la trouver bandante…
Tous en prison
En définitive, la franchise que l’on pourrait attendre d’une candidate déclarée à l’élection présidentielle serait qu’elle décide de PÉNALISER également les consommateurs : qu’il soit interdit par la loi d’acheter, de vendre, de fabriquer et de regarder tout film à caractère pornographique. Oui, l’honnêteté serait qu’elle nous balance tous en prison.
Voilà, j’ai poussé mon coup de gueule. Curieuse résonnance qu’il trouve a posteriori dans le dénouement du « démon », avec la séquence de massacre finale : tous les gens de l’équipe de tournage assassinés par un tueur inconnu, probablement le père d’une des villageoises niquées par les hardeurs - mais plus vraisemblablement une métaphore de ce qui attend le monde du porno au lendemain de l’élection présidentielle. Car ne nous méprenons-pas : un débat moral de bas étage se joue aujourd’hui entre Sarkozy et Royal. Et rien ne dit que petit Hitler ne prendra pas le même genre de mesure liberticide au cas où il serait élu. Bon Dieu, dans quel pays vivons-nous ! Je suis écoeuré à l’idée que je paie des impôts – et vous devriez l’être autant que moi.
Bon, maintenant, je vais vous dire un peu où j’en suis. Je me trouve à la veille de partir enregistrer la musique. Demain je vais travailler à Clermont sur une partie de la BO et vendredi je filerai sur Paris puis en Bretagne retrouver mes camarades d’Abstrackt Keal Agram pour une session live. Ils joueront sur les images, comme nous avions procédé pour mes gonzo l’an dernier, et nous enregistrerons cette musique de façon brute pour un résultat que j’espère hautement inspiré. L’idée c’est qu’en trois jours leur partie de la BO soit créée, enregistrée, mixée et mastérisée. Plus la voix de Tiffany à coller dessus, qui doit nous rejoindre lundi. Je lui mettrai la perruque rose sur la tête et elle tâchera de faire des chœurs émouvants.
Pervers et mauvais
Mes rapports avec O. ne se sont pas arrangés. Elle m’a harcelé de coups de fil à la veille de Noël pour me reprocher la bande-annonce (j’ai dû me résoudre à couper mon téléphone portable pendant trois jours pour avoir la paix). Bande-annonce qui était visible sur son site et qu’elle a fait retirer pour des raisons qui échappent à toute tentative de rationalisation. Au téléphone, quand je l’ai finalement rappelée le 27, je lui ai fait comprendre que j’avais droit à un peu de tranquillité pour Noël - et elle ? Comment se faisait-il qu’elle n’était pas en famille ? Avec son papa et sa maman ? Et bien non : O., le 25, était en visio ! Le ton est un peu monté et je lui ai dit qu’elle était, dans l’ordre, paranoïaque, odieuse, méchante et casse-pieds. Bref, ses quatre vérités, auxquelles elle n’a guère réagi, trop obnubilée par tout le mal qu’elle pense de moi et par son image que j’aurais détruite à dessein parce que je suis pervers et mauvais. Voyez le genre. Enfin bon. Aujourd’hui je suis serein – en tout cas en ce qui concerne « le démon » – très fier et heureux du résultat. Le montage son fut achevé il y a trois semaines. J’ai enregistré moi-même le démon en train de grogner, et concocté avec l’aide d’un ingénieur du son quelques effets sonores. C’est la première fois que je peaufine autant, et ça me plait. C’est seulement dommage qu’au bout du compte je ne puisse pas faire de véritable mixage. J’ai fini de monter la version érotique, qui, une fois la musique calée, sera réussie, je veux dire qu’elle tiendra la route en tant que telle, car beaucoup de scènes du « démon » étaient plus érotiques que pornographiques : la séquence 20 avec Liza, HPG et Michaël, pas grandiose dans la version hard, est très intéressante dans le soft - ce qui est un comble pour une DP ! Mais grâce aux costumes, aux postures surréalistes, au jeu outré, la scène est vraiment marrante. Et la beauté de Liza, sa photogénie et son expressivité rendent la séquence très érotique.
Cecilia marquera les esprits
J’ai également monté tous les bonus dont un making-of d’une heure, des petites impros amusantes des filles autour du phallus de Jean-Michel, la baise hors-tournage entre Phil et Cecilia que j’ai intitulé : « Cecilia se lâche ». Cecilia est par ailleurs très présente dans le making-of, à la différence d’O. qui apparait peu – ce qui n’a rien d’étonnant vu qu’elle s’isolait délibérément du reste de l’équipe pour n’apparaître qu’au moment de tourner, goûtant peu l’humour et l’ambiance décontractée qui fut celle du tournage. Cecilia Vega est une jeune femme vive, sympathique, intelligente, généreuse. Vous ne la verrez jamais faire la tête, toujours se montrer attentive et attentionnée. Elle tient très bien son rôle de soubrette dans « le démon » - ainsi que celui de femme du réalisateur. Les deux scènes hard qu’elle m’a offertes sont puissantes ; Cecilia marquera les esprits, à mon avis. Je compte livrer à Max tous les masters à la fin du mois de janvier. C’est Tarmi qui a fait la jaquette ; d’après ce que j’avais en tête en y intégrant une photo d’O. prise par lui à Mons et non pas celle qu’elle avait choisie en Guadeloupe, ce qui m’a valu de me mettre à genoux devant mon Mac pour supplier Max par e-mail de me donner gain de cause. Ce qu’il fît ; et je lui en sais gré. Je pense qu’ils sont bien contents du film, chez V.Com ; ils vont sortir un double DVD.
Posture don quichottesque
Le samedi 3 février aura lieu la remise des prix au salon de Bruxelles (souvenez-vous, l’an dernier j’y avais glané l’award du meilleur film pour « Propriété privée ») ; cette année encore il y a des chances pour que je reçoive un prix (j’ai ouï dire qu’un des organisateurs, celui qui m’avait parlé l’an dernier alors que j’étais ivre, était très impressionné par mon travail). Evidemment, je préfèrerais être récompensé pour « Eloge de la chair » ou « ma nuit chez Eve », plutôt que pour mes gonzo. Mais recevoir le prix du meilleur réalisateur me ferait bien plaisir aussi. Je ne vous cache pas qu’un peu de gratification, même si ça ne vaut pas tripette (il y a des arrangements en coulisse, on essaye de faire plaisir à tout le monde, la statuette est moche à pleurer et la soirée dans son ensemble plutôt ennuyeuse), me mettrait du baume au cœur. Et puis ce sera l’occasion de boire quelques verres avec Henri (le rendez-vous est déjà pris). Ensuite, dès le 6 février, j’attaquerai le tournage de « Wendy », un film sur la soumission, avec Mahé, Cecilia, Ana Martin, Lady Margaux et Tiffany. Je suis très impatient de le tourner ; j’aime beaucoup le scénario et, même si c’est un petit budget, j’aurai quand même cinq jours de tournage. Max me donne carte blanche pour un film qui aura peu de chances de passer sur Canal+ étant donné le sujet et la nature des scènes hard (beaucoup de gode-ceinture et de filles attachées). « Wendy » fera certainement l’objet d’un prochain journal – peut-être le dernier. C’est un scénario radical ; trash ; violent ; dérangeant ; le genre de film que je n’aurai jamais pu faire dans le traditionnel et qui s’apparenterait selon ma femme au cinéma actuel asiatique. Par conséquent « le démon » ne sera pas mon chant du cygne, contrairement à ce que j’écrivais plus haut. Il y a peu de temps je disais à Cecilia que « Deep » serait peut-être le dernier. J’en ai marre d’endosser cette posture don quichottesque ; j’aimerais que mon travail soit définitivement reconnu, et mes films pas réduits à de la matière à branlette ou du produit DVD de consommation courante. Cecilia et son mari n’arrêtent pas de me reprendre et de m’encourager : « Non, Jack, n’arrête surtout pas ! » Mais je ne peux m’empêcher de me dire : « À quoi bon ? ».










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