Samedi 25 novembre 2006

Bon, j’en ai pas trouvé, hein. À vrai dire je ne me suis même pas cassé les pieds à chercher. Quand je pense que Marcelle pouvait m’en avoir facile dans son coin. J’avais pas pensé une seule seconde qu’il lui arrivait de tirer sur un joint. Je crois qu’elle préfèrerait que Max ne le sache pas, ce qui est raté à ce stade, vu que je viens de l’écrire dans mon journal.

Hier nous l’avons retrouvée dans un centre commercial, non sans mal je dois dire, vu l’immensité du truc. Max est un sacré tordu à nous emmener dans un endroit pareil en Guadeloupe. J’avais l’impression de me retrouver à Aubière à côté de Clermont, là où il y a tous les Castorama, les la Halle et consorts. Avec Marcelle, on est reparti très vite, prétextant des plans de paysage à faire en travelling voiture. Ce qui n’est pas complètement faux, même si je sais qu’il y a peu de chance pour que je m’en serve au montage. Marcelle a du mal avec les centre commerciaux ; elle s’était perdue en arrivant et avait garé sa voiture près des hangars, dans un endroit reculé et totalement interdit. Nous avons dû faire appel à un vigile pour la retrouver. Cette aversion pour les grands ensembles marchands, Max ne la partage pas. Lui au contraire ADORE ces endroits-là. Je lui ai dit qu’il aurait dû faire carrière là-dedans, construire des Z.A.C., avoir des actions chez Dectahlon ou diriger un Carrefour.

La chatte à l’air

C’est à la cafétéria du Géant Casino qu’il a voulu nous faire déjeuner. Coup de pot, l’endroit était bondé, ce qui fait que Marcelle et moi avons pu nous défiler tandis que Max, Estelle, Cyril, O. et son compagnon se rabattaient sur une sandwicherie. C’était franchement la honte, avec O. qui portait son éternelle robe blanche à pois qui lui arrive au ras des fesses avec juste un string en dessous. Je marchais loin derrière la troupe, m’attendant à tout instant à voir des gars du coin l’agresser verbalement. Même topo le matin sur la plage, avec une tenue différente (un genre de filet de pêche) sans string du tout, en gros la chatte à l’air. Par chance, pas d’enfant sur la plage. Moi qui comptais rester peinard à écrire, j’avais dû les accompagner pour poser avec toute l’équipe sur la photo de tournage, sur fond de mer des Caraïbes. Max m’avait dit : « Trois jours de boulot pour finir « le démon » et après farniente. » Tu parles. Primo, il avait oublié les insultes, menaces et autres prises de bec ; et secundo, qu’il me rajouterait tous les jours des trucs à faire. Mais Max, je lui serai éternellement reconnaissant d’avoir produit « le démon ». Bon, pas de m’avoir imposé O., c’est clair. Je dis ça et j’ai quand même accepté de tourner un petit strip avec elle sur la plage ce matin. En robe mouillée dans les vagues. Cette fille n’a rien de sensuel, alors ce sera vite torché.

Du dégueulis de poulet Boukané sur O

Max est parti acheter des noix de coco que l’on va remplir de lait. O. se le déversera sur le corps lors du strip. Nous devrions décoller d’ici une demie-heure je pense. Après cette petite matinée de boulot, je crois que nous aurons quartier libre (ce ne sera pas du luxe, je suis déjà crevé alors qu’il n’est pas encore neuf heures). De toute façon un cyclone est annoncé, ce qui nous a sauvé de la sortie en mer prévue avec les deux gros nazes qui nous collent au train depuis notre arrivée. On était censé faire une virée en bâteau, et éventuellement se poser sur une petite île déserte pour tourner des images. J’avais évidemment décliné, je suis sujet au mal de mer. Du dégueulis de poulet Boukané sur O., c’est tout ce que V.Com y aurait gagné. Cela dit, il y a des amateurs pour ce genre de video. Il y a des amateurs pour tout : hier soir au diner (on a mangé au restaurant de la résidence, un endroit sans intérêt où l’on mange mal pour cher), O. et son compagnon nous ont parlé de leur projet de Kama-Soutra. Ils ont sélectionné par l’entremise de Hot Video un jeune gars qui doit enchainer 250 positions érotiques et hard avec O. C’est purement professionnel bien sûr. Sauf que le candidat est un jeune mec qui n’est même pas payé pour cela et qui va se retrouver dégouté du sexe à vie. Ovidie, qui a filmé les essais (catastrophiques selon tout le monde), a failli devenir dingue. Max finance cette connerie la fleur au fusil ; il n’a vraiment pas peur. Avec une pure guerrière comme Katsumi, j’aurais pu aisément croire au concept, mais O. n’a rien d’une prêtresse de l’Amour, bien au contraire. J’ai appris que les Inrocks s’intéressaient au projet, qu’ils étaient venus faire des photos lors de la séance d’essais. Ce qui ne m’étonne pas et m’a bien fait ricaner intérieurement. Du reste, j’ai passé le diner à ricaner. Estelle, en revanche, je l’ai rarement vu avec la mine aussi déconfite. Nous avions commencé le diner par une discussion autour de mon vieux fantasme de faire de la vraie télé-réalité de cul, comme je la mets en scène dans mon bouquin : une villa, une piscine, la mer, des bombes sexuelles, des caméras partout, et du tournage en direct sur internet. En Guadeloupe ce serait idéal. Mais techniquement cela semble très compliqué. Au mieux il faudrait un car-régie mobile - comme je l’ai décrit dans « Rec. ».

Lamentable « Journal du Hard »

Après diner, Max, Cyril et moi avons bu un verre sur le patio du bungalow des filles. Estelle et Emilie étaient parties se coucher. Nous avons évoqué les deux problèmes majeurs du porno : primo, les gens qui le font ; deuxio, les gens qui le consomment. On pourrait rajouter les gens qui en parlent, la presse spécialisée jusqu’au lamentable « Journal du Hard » de Canal+. Max, comme moi, imagine très bien attirer un nouveau public. C’est effectivement à cette ambition qu’il faut s’accrocher : rendre le porno MODERNE, ou tout le moins réaliser et produire des films qui séduiraient des gens cultivés grâce à une approche artistique et inédite de la représentation érotique – car pour moi porno et érotisme sont les deux facettes d’une seule et même création de l’esprit. Nous en étions là quand O. et son compagnon ont surgi de l’obscurité. Ils faisaient leur ronde, nous a-t-il dit en ricanant. Du coup, nous sommes allés nous coucher.

Rien de sexy là-dedans.

Ça y est. Là, c’est vraiment terminé. J’ai mis en boite le petit strip d’O. sur la plage. Sans masturbation, car tout est trop compliqué avec elle (et en plus il y avait des gens dans les parages : on est samedi et les personnes normales vont bronzer sur la plage, ils ne sont pas en train de tourner des images à la con pour la téléphonie mobile). O. n’a pas voulu s’allonger dans le sable parce que c’est soit-disant sale. Elle rechignait à aller dans l’eau à cause de ses cheveux qu’elle ne voulait pas mouiller. Impossible de lui faire comprendre l’érotisme qu’il y a à voir une fille trempée et ensablée, les genoux dans les vagues. La sauvagerie des éléments, l’éclat du soleil, les cheveux giflés par le vent, tout cela la dépasse. Son compagnon, parait-il, fulminait parce qu’O. avait fait tomber le haut de sa robe en gardant son soutien-gorge. Je n’avais pas suivi la procédure normale. O. a improvisé une petite danse complètement ridicule dans le contexte ; elle s’est mise à tourner sur elle-même comme une gamine qui imite les danseuses à la télé. Rien de sexy là-dedans. Elle m’a demandé si ça allait et je lui ai répondu, ce qui l’a laissée sans voix et témoigne encore de mon manque de psychologie : « De toute façon, le décor est magnifique. » Et en effet, c’était magnifique. Immense plage, ciel bleu, soleil éclatant. On a terminé par un truc sympa : on avait rempli de lait une noix de coco évidée, et O. se l’est déversé sur le corps. Le lait, une valeur sûre. O. a une conception totalement ringarde, voire absurde, de ce qui est sexy. Elle ne va quand même pas m’apprendre à faire de l’érotique. Franchement, quand j’ai reposé ma caméra pour aller me jeter dans les vagues, j’ai éprouvé un réel sentiment de délivrance. Car en effet, toute cette semaine en Guadeloupe, elle et son mec nous auront pris en otage.