Vendredi 24 novembre 2006
En fait, tout n’allait pas si bien. À peine Max et Estelle étaient arrivés hier, sur le coup de 11H10, que la prise de bec reprenait. J’étais en train de relire ce que j’avais écrit, quand mes oreilles se sont mises à siffler. Nos bungalows sont côte à côte, et sur le patio de celui des filles, le compagnon d’O. a recommencé à prendre la tête à Max, débitant de nouveau toutes leurs conneries, la perruque verte, Jack Tyler qui est un incapable, un con ou je ne sais quoi, qui leur manque de respect, la façon dégueulasse dont 0. a été traitée lors du tournage en Belgique, le pétard que j’ai laissé Tiffany fumer avant la scène, etc. Je me suis pointé, l’air de rien, et là j’ai entendu le plus beau discours jamais prononcé sur mon travail, de la bouche de Max, qui s’est livré spontanément à une analyse en profondeur du « démon », du rôle de Val/Oksana, de la dimension allégorique du film, de la symbolique de la chemise de nuit blanche et de la perruque verte (le fait qu’elle changeait littéralement de peau pour endosser celle d’une actrice accidentée et franchir le cap, devenir actrice à son tour), tout cela digne des « cahiers du cinéma », une superbe démonstration d’intelligence, et Dieu du ciel, je n’en revenais pas. Je suis resté scotché. Je vous jure, j’avais presque envie de pleurer tellement c’était beau.
Werner Herzog et Barbet Schroder
Si mon film contient effectivement tout ce que Max y a vu, je ne peux qu’être fier. Et je salue ici la finesse d’analyse de mon producteur. Ce que je lui ai dit après, c’est que moi-même j’aurais été incapable de soutenir une telle analyse de façon verbale et improvisée. Je lui ai demandé qu’il me file ses notes. Max cache décidément bien son jeu. Il connaît beaucoup de choses et peut tenir la conversation de façon agréable et érudite sur bien des sujets. C’est quelqu’un de curieux et de très attachant, et il ne s’agit pas de faire de la lèche ou quoi que ce soit, vous savez bien que j’en suis incapable. D’ailleurs les remarques qu’il a faites après le visionnage l’autre soir furent d’une grande pertinence. Cela dit, son laïus n’aura servi à rien. Les deux nazes campent sur leur position et O. a tiré la tronche toute la journée. Mais on a terminé le film et je suis content. La scène de comédie avec René s’est bien passée, j’ai dirigé O. de façon à ce que Val apparaisse au début du film comme quelqu’un de renfermé et d’insondable. René a un peu galéré : habitué à faire des sketchs dans des clubs de vacances, il avait tendance à surjouer. Je l’ai vite calmé. Le temps nous a encore une fois joué des tours. Soleil, pluie, nuage, éclaircies, averses, etc. Mais dans l’après-midi, on a filé sur la plage que Marcelle et moi avions repéré pour l’épilogue, et ça s’est bien passé. J’ai commencé par les gros plans sur elle, puis le contrechamp sur la mer avec le soleil qui se couche. Val s’éloigne en silhouette et je zoome sur le soleil (référence directe à « More »). Werner Herzog et Barbet Schroder m’auront beaucoup accompagné sur ce film. Sans oublier Kubrick au château.
Dégoter de la beuh.
O. et son compagnon ne sont pas venus diner avec nous, donc Estelle, Max, Emilie, Cyril et moi avons fêté la fin définitive du tournage dans le même restaurant que la veille, poisson grillé, accras de morue, Ti Punch et bière. Ambiance fort détendue, très agréable. Nous avons parlé du moyen budget de mars, et j’ai évoqué mon histoire de soumission, qui a plu à Max. L’héroïne travaillera peut-être dans un self, harcelée par son patron, plutôt qu’ouvrière ou caissière. Estelle a suggéré couturière dans un atelier (comme Audrey Tautou dans l’excellent film de Stephen Frears) ce qui n’est pas une mauvaise idée non plus. Nous verrons. En attendant, ce matin, petite séance photo d’équipe sur une plage. Ce soir, je retournerai faire du coucher de soleil. Et avant ça, je passe l’après-midi avec Marcelle à faire des plans de paysage et, accessoirement, à dégoter de la beuh.










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