Mardi 21 novembre 2006
C’est parti. Enfin, à peu près. Disons qu’on se met en route. Aujourd’hui, ça a été repérages. De bons repérages, c’est indispensable, je l’ai toujours dit. En fait je me suis bien démerdé. J’ai passé la journée avec Marcelle, la sœur de Max, qui vit ici. C’est notre contact en Guadeloupe. Une personne très agréable, qui à l’origine n’a rien à voir avec le cul, mais qui s’est retrouvée expédiée en Guadeloupe par son frère. Elle fait de la surveillance à distance sur le site de V.Com, vérifiant que les filles font correctement leurs séances de visio, qu’elles sont à l’heure devant leur webcam et ne matent pas la télé en loucedé. Ce qui a révélé pas mal d’abus et de je m’en foutisme. Max a le cœur sur la main, et certaines filles n’hésitent pas à le gruger, d’où la création de ce système de surveillance. C’est l’apprentissage d’une organisation sociale où chaque membre a des droits mais aussi des devoirs. Max a la fibre éthique et sociale hyper-développée pour un patron. Autant que l’ambition. Max est un animal politique, c’est ça qui le fait avancer. Il fait bosser ses proches, sa famille, ils choyent ses filles, mais certaines ne lui sont guère reconnaissantes apparemment et tirent sur la corde. Marcelle m’a beaucoup parlé de lui et de leur famille quand nous étions en train de déjeuner tous les deux en bord de mer d’un délicieux poisson grillé. Les gars, la Guadeloupe c’est top.
La petite, elle va se faire manger
Quelle connerie, vraiment, que ma femme n’ait pas pu m’accompagner. C’est ce que je me disais en me baignant sur le coup de seize heures dans une mer à 30°. Vraiment trop cool ce petit séjour. La merde, c’est le décalage horaire. Je n’ai pas dormi plus de quatre heures la nuit dernière ; les yeux ouverts à cinq heures du matin alors que j’étais resté éveillé vingt heures d’affilée. Après cette baignade, Marcelle et moi sommes allés repérer la plage du coucher de soleil, où l’on doit tourner la scène du feu, quand Val brûle la photo dans son enveloppe. Le générique de fin défilera sur l’image du soleil qui se couche. Et il se couche diablement vite ici. On tournera probablement sur deux soirs, voire trois, c’est l’avantage d’être ici une semaine pour mettre en boite trois misérables séquences.
Ce matin, on a fait quelques plans dans un marché. Couleur locale, fruits exotiques, vieilles femmes créoles qui haranguent le badauds. O. a déclenché l’ire de la population locale en se dandinant avec sa robe ultra-courte (je vous rappelle qu’elle est à fond exhib et porte rarement de culotte, même dans les lieux publics). En filmant, j’entendais les vieilles créoles dire : « la petite, elle va se faire manger ». Moi je la shootais au télé en serré, donc on voyait à peine cette foutue robe. Quelle tenue ridicule. Avec un make-up outrancier exigée par la miss et son jules, make-up que j’ai masqué derrière des lunettes de soleil. J’ai discuté avec des nanas qui vendaient des épices, et obtenu ce que je voulais. Chouette lumière. Ces petit plans volés seront montés après la scène de cul qu’on est censé tourner demain matin à la cascade. Le partenaire d’O., ce sera a priori René, un local. Problème : René, hier, n’avait toujours pas fait son test HIV. Du coup, un frisson de panique est tombé sur l’équipe. Enfin, moi excepté, qui reste un perpétuel optimiste. Après tout, il lui reste cinq jours pour faire ce putain de test. Mais cette scène de cul, c’est quand même la raison principale de notre présence ici. René a fait son test aujourd’hui, et en principe il aura le résultat demain à neuf heures. Le comble serait qu’il ait le sida ! J’en ris d’avance - désolé. O. ne supporte pas les pros, qui, selon son compagnon, baiseraient mal. De toute façon, peu de gens trouvent grâce à leur yeux. Marcelle les trouvent insupportables. Ils nous ont ramené deux amis du coin, un certain Maxo et son compère je ne sais plus comment, deux vieux reulous qui trainent autour du milieu porno. Je crois qu’il est un genre d’artiste, il moule des bustes d’actrices qu’il expose dans les salons érotiques. Ils nous ont collé au cul dès l’atterissage hier soir, et sont censés revenir tout à l’heure avec trois litres de planteur. Ce matin, après les plans volés au marché, j’en ai acheté une bouteille. J’ai entendu O. dire dans mon dos qu’on n’était pas là pour faire du tourisme mais pour travailler. Du coup je me la suis joué cool toute la journée. Marcelle était ravie que je l’embarque comme guide (elle avait de vagues idées sur les coins à aller voir pour la cascade et la plage) ; elle risquait de péter un câble. O. et son compagnon se montrent très désobligeants avec les gens du coin, les jugeant irrespecteux, ingrats, alors que les guadeloupéens sont des gens absolument adorables, ce que me confirme Marcelle qui vit là comme dans un paradis depuis onze mois et pour rien au monde ne reviendrait s’installer en metropole, même si Max la virait.
Les jeunes se détruisent au rhum
On s’est baladé dans Pointe-à-pitre, on s’est pris une saucée des familles en regagnant la voiture – averse ultra-violente autant que brève. Et après on est allé voir la cascade où on tourne demain. C’est l’ouverture du film. O. surgit de la jungle et ensuite va baiser avec René l’homme au test dans la cascade. Faut qu’ils prévoient des sandales parce que je me suis niqué les pieds sur des cailloux pointus en marchant dans la flotte.
Tandis que Marcelle et moi on passait une journée super sympa, les autres (Max, Estelle, Emilie et Cyril) se fadaient O. et son jules : séance photo sur la plage, déjeuner au macdo. La dorade de ce midi, j’en ai jamais vu des comme ça : énorme. Servie par une femme très gentille. Et ce soir après le coucher de soleil, un jeune mec au look rasta nous a fait goûter deux fruits que je ne connaissais pas. Je n’ai pas osé lui demander s’il avait de la beuh. Ici la drogue de prédilection ce serait plutôt le rhum, même si j’ai croisé des mecs qui tiraient sur un gros cône en allant au marché ce matin. Je ne les ai pas branché vu que j’étais avec O. et qu’ils sont très anti-drogue, anti-alcool, anti-amusement en fait. Le rhum, ça peut faire très mal, le nombre de bagnoles renversées dans les fossés en témoignerait. Et aussi le genre d’individus vu ce matin lorsqu’on buvait un jus de fruit après que je sois retourné faire un son seul au marché avec Marcelle : un jeune mec dégingandé en plein délire qui baragouinait en créole dans la rue, l’air halluciné. Les jeunes se détruisent au rhum, m’a expliqué Marcelle. Jeunesse brisée sous les tropiques. Les rues à Pointe-à-pitre sentaient le sexe ce matin. C’est la présence de toutes ces jolies métisses qui m’évoquait ça, pas O. dans sa robe ultra-courte. Elle, elle faisait tâche. Tiens, voilà les deux reulous qui arrivent avec leur seau de planteur. Il est question de leur faire comprendre qu’on a décidé de se coucher tôt ce soir. En fait, peut-être qu’on matera « le démon » dont j’ai apporté le montage en DVD. Histoire de s’oter toute pression pour le reste de la semaine.










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