Lundi 20 novembre 2006
Je suis dans le train pour Paris. Je pars en Guadeloupe. Tarmi est censé venir me récupérer gare de Lyon ; il me conduira à Orly et sur la route m’interviewera en video pour le DVD d’un magazine spécial année du hard. Il doit aussi me filer un tirage photo nécessaire au tournage : c’est la photo d’équipe que Val reçoit en Guadeloupe et qui déclenche ses souvenirs. Ses souvenirs, c’est le film que j’ai tourné à Mons, et dont j’ai terminé le montage-image. Dérusher m’aura pris huit jours, monter les images autant. Le film à l’heure actuelle fait 1H56mn, à peu près autant que la version DVD d’« Eloge de la chair ». Je vais peu rabioter. La version Canal+ ne sera pas compliquée à sortir, une fois virés le fist-fucking et le gode de la séquence 14 (ça vous fera une bonne raison d’acheter le DVD, parce que franchement, c’est à ne pas louper). Donc j’ai fait fissa, ce qui relève du miracle ou de l’état de grâce. Ou plutôt, comme je le disais à Holo, c’est parce que vu le peu de prises que je fais, il n’y a pas trente-six mille façons de monter les scènes. Et en même temps, je n’ai pas le sentiment d’avoir bâclé. Il se trouve aussi que les scènes de cul, je les tourne live, donc au montage je n’ai qu’à virer les déchets pour retrouver la structure et l’intensité de la scène. A côté de ça, j’ai quand même pris le temps de doubler les scènes en érotique. Enfin, pour la plupart. Je ne l’ai pas fait pour la 28, et c’est dommage. La 28 est la plus belle séquence de cul du film, celle qui m’émeut le plus, avec Tiffany, Suzie et Ramon. C’est une merveille, d’une grande pureté érotique, avec un vrai échange entre les deux soeurs – les petits cris que pousse Suzie sont super troublants, et Tiffany a réagi comme il fallait : du vrai travail de comédienne. Et en même temps la 28 est très hard ; Tiffany m’ayant offert une sodomie féroce. C’est la scène la plus longue du film : 26mn.
Je dois être un peu tordu
Dans l’ensemble je suis très très content du film. Sauf pour O., qui m’aura donné le minimum. Et son personnage s’en ressentira. J’ai revu mes ambitions à la baisse. Je ne sais pas ce que donnera la version érotique. C’est finalement très difficile d’atteindre l’excellence dans les deux genres (X et non-X) pour un même film. Le porno reste du porno. En même temps, je n’arrive pas à considérer « le démon » comme un film pornographique. C’est étrange. Je le vois comme un film de cinéma, point. Mais je dois être un peu tordu. En tout cas la version X sera du tonnerre, et à elle seule mériterait qu’on en parle. Ce qui ne sera jamais le cas, malheureusement, le X souffrant d’un ostracisme injuste et hypocrite, comme vous n’êtes pas sans le savoir. « Le démon » sera réussi sur tous les plans : esthétique, pornographique, politique. Pierre qui joue Victor est impressionnant. Son personnage marche très bien. J’ai montré le film à mon musicen qui s’est marré à tous les effets. Apparement, le film marche. Ma méthode de mise en scène fut la bonne : l’équipe du film dans le film s’intègre très bien au montage. Le son, par contre, est très limite parfois. Julius manquait d’expérience et j’ai une qualité très variable selon les prises. Au retour de Guadeloupe je m’attelerai au montage son. Il en manque plein, et Max m’a donné carte blanche, donc je vais sans doute bosser dans un studio de son sur Clermont avec lequel je suis entré en contact. Pour la musique, j’ai tranché : il y aura une partie inspirée de la B.O. du film « Requiem for a dream » (cordes, piano et rythmique électro), et une partie Pink Floydienne. J’ai calé en effet plein de Pink Floyd période 70 et ça marche super bien (des trucs comme « Echoes », « Atom Heart », « Saucerful of secrets », etc.). Mes copains d’Abstrackt sont partants ; je leur ai envoyé le DVD du montage avec les morceaux calés dessus et des indications précises (je deviens très obsessionnel avec la musique) ; ils vont me composer des thèmes et on se retrouvera quatre jours en studio courant janvier, sans doute dans la MJC à Morlaix comme pour les gonzo, afin d’enregister en live leurs compositions avec batterie, guitares, basse, clavier. Et, je l’espère, Tiffany aux chœurs. Parce qu’il faut un max de chœurs.
Je m'en bats les couilles
Je ne sais vraiment pas pourquoi je pars en Guadeloupe. Max m’a expliqué qu’il allait faire de la thérapie là-bas : autrement dit soigner O. Il m’a dit qu’avec miss K., il sortait tout juste de l’épreuve, qu’après « Eloge », ils furent en froid six mois durant. En partie à cause de moi. O. a dit à Max que l’expérience du « démon » lui avait fait regretter d’avoir quitté Dorcel. À ce stade, je m’en bats les couilles. Je pars en Guadeloupe alors que le film est terminé à mes yeux, et réussi. On part une semaine pour mettre en boite trois misérables séquences (dont une scène de cul dans la jungle avec un partenaire trouvé sur place, O. ayant refusé de travailler avec un hardeur). Une semaine en Guadeloupe ça revient moins cher que trois jours, à cause des promo vacances et le fait que ce soit hors-saison. Le reste du temps, je vais me faire chier. Bon, je me remettrai à écrire. Il a été question que je parte avec ma femme, mais ma mère s’est débrouillée pour ne pas pouvoir garder les enfants. Dommage, ça nous aurait fait des petites vacances aux frais de la princesse. J’avais suggéré qu’on emmène quelques filles pour faire du gonzo là-bas, mais Max veut qu’O. se sente le mieux possible ; et avec d’autres filles dans les parages, c’eut été impossible.
J'ai peur de me faire chier
Maintenant je suis dans l’avion. Nous survolons l’Atlantique. Il y a un an c’était pour revenir de Tenerife. À l’époque j’avais gagné à la loterie, souvenez-vous : je m’étais retrouvé assis à côté de Katy Caro. Là j’ai O. à côté de moi. Notre QG sera un petit bled à une trentaine de kilomètres de la ville. Je dois tourner la séquence d’ouverture dans la jungle, ce fameux plan avec O. qui surgit de la végétation, comme la princesse dans « Fitzcarraldo », un plan qui m’aura marqué à vie. Ensuite scène de cul sous une cascade. Ça, ça va me plaire. Je me vois bien avec ma pana sous la chute d’eau, et Cyril qui s’efforce de percher. On part sans ingé son, mais j’ai loué un peu de matériel, histoire de ne pas avoir un son trop pourri. La scène, O. la fera avec un mec trouvé sur place, elle en a trois en vue, au cas où des pannes surviendraient. Ils me font la gueule, elle et son compagnon. Il m’a à peine regardé quand je les ai retrouvé tout à l’heure à Orly. Ils avaient déjà enregistré, je les ai rejoint dans un café de l’aéroport. Maintenant ça fait six heures que je mate des navets sur la télé individuelle. Enfin, je me suis bien marré à un film d’Ivan Reitman où Uma Thurman joue une supe-héroine complètement givrée qui en fait voir de toutes les couleurs à son mec. Marrant. Après la scène de cul à la cascade, on se fera la séquence de comédie à l’hôtel, quand Val reçoit la photo de l’équipe. Puis la séquence finale, l’épilogue sur la plage, quand elle brûle la photo avec le coucher de soleil. Enfin, c’est une enveloppe vide qu’elle mettra dans le feu, vu qu’elle est superstitieuse et ne veut pas brûler une photo sur laquelle elle apparaît. Ils sont rapides, là-bas, les couchers de soleil, alors on le fera peut-être en plusieurs fois. De toute façon, on a guère que ça à foutre, à moins que Max me demande de faire d’autres scènes de cul avec O. pour les bonus. Enfin, on ne peut pas non plus en faire dix mille. Une scène de cul, ça reste une scène de cul. Du coup j’espère bien choper un peu d’herbe pour égayer mes soirées, parce qu’autrement j’ai peur de me faire chier. Cette partie antillaise m’avait été demandée par Henri et Max, pour pimenter le film, le sortir du château, apporter la touche exotique, mais j’ai prévenu Max que le film était déjà fait, et que la Guadeloupe c’était une portion congrue. Ça n’apportera rien, seulement l’opportunité pour O. de montrer ses fesses, de faire une ou plusieurs scènes, de se balader dans un marché en plein air. C’est une idée à moi pour le générique début, je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de Val perdue dans une foule black et métisse. Et Max a bien aimé l’idée. Ça apportera un décalage intéressant au début du film. Ne pas savoir où l’on se trouve. Et ça évoque l’idée aussi qu’elle se cache, qu’elle est partie se terrer à l’autre bout du monde.
Le reste de mon temps libre, une fois tout ça mis en boite, j’espère le consacrer à écrire. Le petit film sur la soumission que j’ai en tête pour mars, ou bien « Deep », un gros projet avec Tiffany dans le rôle principal. À l’origine, je voulais elle et Andrea, c’est à la suite du tournage de « Propriété privée » qu’a germé « Deep ». Ça part aussi de témoignages que j’avais lu sur les pratiques SM dans un livre de Jean Streff. Oui, ce projet-là aussi évoque la soumission. Ce thème me travaille depuis un moment. Le problème sera de faire une version diffusable sur Canal+.










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