Technikart : Dans votre dernier film, José Garcia incarne Minor, un homme élevé parmi les cochons dans une île imaginaire de la mer Egée en des temps très anciens. Après l’ours («l’Ours»), le tigre («Deux Frères») pourquoi aujourd’hui le cochon ?

Jean-Jacques Annaud : Parce que c’est le premier animal à avoir été domestiqué dans le bassin méditerranéen et qu’il s’agit de l’animal le plus proche de l’homme au plan génétique. «Sa majesté Minor» évoque le destin d’un homme né dans la porcherie qui finit roi de son île. La parabole était toute tracée par rapport à cet animal d’une très grande intelligence mais qui, malheureusement est supposé être «cochon». «Cochon» au plan sexuel et «cochon» au plan de l’hygiène alors que la réalité est tout autre: Il s’agit en fait d’un animal propre mais à la peau très fragile. S’il se roule dans la boue c’est avant tout pour se débarrasser insectes. Comme les hippopotames ou les éléphants en somme.

Technikart : Le dressage du porc est épique comparé à celui de l’ours ou du tigre, non ?

J.J.A. : C’est un animal très futé qui n’en fait qu’à sa tête à la différence du chien qui est un animal de meute et donc à la recherche perpétuelle d’un chef. Le tigre est aussi très indépendant mais avec un gros avantage pour le cinéaste: il confie l’ensemble de ses décisions à ce qu’il voit. Le tigre a des yeux gigantesques et dans ces yeux vous voyez tout. C’est parfait. Le cochon, en revanche, confie son rapport au monde via son groin comme l’ours. Il voit mal et s’exprime peu par les yeux. Son discours est cependant assez volubile. Saviez vous que les cochons ont beaucoup de vocabulaire ? Bien plus que le chien par exemple. C’est assez stupéfiant et une aide pour le cinéaste. C’est assez galère de capter des expressions justes mais quand vous parvenez à l’intriguer c’est très intéressant: il lève la tête, bouge les oreilles, se déploie, sa queue vribrionne. Tout un spectacle !

Technikart : Avez-vous lu «Truismes» de Darrieussecq ou revu «Babe» de George Miller avant le tournage ?

J.J.A. : «Truismes» non. Quant à «Babe», je dois avouer que je n’aime pas trop ce film. J’ai une conception très naturaliste des animaux et cette vision très hygiéniste du cochon mignon ne m’a pas trop plue. Je le regrette car George est un très bon ami.

Technikart : En parlant d’amis, José Garcia vous êtes devenu copain comme cochon ?

J.J.A. : Ce garçon a une telle dimension de générosité qu’il aurait été difficile qu’il en soit autrement. C’est incroyable comme ce mec est sympathique. Il essaye toujours d’aider ses partenaires ou les techniciens. Certains acteurs font ça pour être aimé parce qu’ils ont un ego surdimensionné, alors que lui pas du tout. C’est sa nature. En plus c’est une machine à blagues et plaisanteries assez ahurissantes.

Technikart : Jean-Claude Dreyfuss qui est un fan de porcs n’a pas fait sa tête de cochon de ne pas figurer au casting ? .

J.J.A. : Ah ! Jean-Claude ça fait très longtemps que je le connais. Je l’ai rencontré à l’époque où il était travesti. à «La grande Eugène» avec son compagnon qui s’appelait «Belle de mai». Je l’ai retrouvé sur «Deux frères» avec joie, mais là désolé mais je n’avais pas vraiment de rôles pour lui. J’espère qu’il ne m’en veut pas.

Technikart : Comme dans «la guerre du feu» ou «l’amant», le film comporte pas mal de scènes de sexe explicites. N’avez-vous pas peur d’être étiqueté «cinéaste expert en scènes cochonnes» ?

J.J.A. : Non parce qu’il n’y a rien de plus beau que l’amour. S’il y a bien un acte qui n’est pas cochon c’est l’extériorisation d’un sentiment qui est merveilleux. Avec «Minor» j’ai voulu parler avec une joie païenne du modèle préchréthien où le sexe était au centre de la vie. Je vis à la campagne une certaine partie de mon temps et je dois dire que la sexualité des animaux c’est extraordinaire. Un exemple: j’ai une canne qui plaît énormément aux canards sauvages et d’élevage... et la pauvre est épuisée de cela. De la même manière j’ai un âne qui est copain à la façon antique avec un poney. Ce qui n’empêche pas l’âne de sortir aussi avec une ponette qu’il engrosse de temps en temps. Il y a là une santé barbare, très joviale. C’est dans cette joie-là que j’ai voulu transmettre avec ce film.

Technikart : Euh… bon et La suite c’est quoi. Qui vivra verrat ?

J.J.A. : Je n’aime pas trop parler de mes projets donc comme vous dites : Qui vivra verra.

Technikart : Ça vous a plus cette interview «obsession cochon» ?

J.J.A. : Oui. Mais on aurait dû la faire à 4 pattes.

«Sa majesté Minor», sortie le 10 octobre

Entretien : Sylvain Monier