Depuis le succès de Desperate Housewives, le téléspectateur occidental s’est pris de passion pour des anti-héros englués dans la morne quotidienneté de l’enfer pavillonnaire. En cette rentrée de septembre –bon, j’écris ce texte en juillet, mais ce n’est pas grave-, notre nouveau galérien préféré se nomme Bill Henrickson et habite une banlieue de Salt Lake city. Big love, le nouveau petit bijou de chez HBO, tourne tout entier autour de ce gars à la mâchoire carrée (l’excellent Bill Paxton) et de son existence à la façade standardisée. Mais pour que la série harponne le téléspectateur, il faut qu’un élément vienne soudain creuser un fossé entre l’image renvoyée par cet idéal patriarche et la norme communautaire, un genre de secret caché sous le tapis. Bill vendrait-il de la beuh ? Est-il un agent dormant d’Al Qaeda préparant en douce un attentat meurtrier ? Un ponte de la mafia ? Rien de tout cela.
Comme 40.000 citoyens américains, Bill est polygame. En plus de Barb, sa première femme, il doit aussi s’occuper de Nicki (Chloë Sevigny), de Margene et des sept enfants qu’il a eu avec ses trois épouses. On imagine bien les problèmes et les jalousies que peut générer un tel foyer au cube. Pour soutenir l’énorme charge érotique qui pèse sur ses épaules, Bill est même obligé de s’envoyer du Viagra en douce et voit son idéal de vie aux résonances religieuses se diluer soudain dans la chimie. De quoi parle concrètement la série Big Love ? Justement, ce qui est bien, c’est qu’on ne sait pas trop. Avec une rare finesse d‘écriture, Mark V. Olsen et Will Scheffer font toujours passer le propos derrière les impératifs de la narration et l’épaisseur des personnages. Certes, Big Love évoque le poids de la norme, le caractère inhibiteur de la propriété sur le désir, le problème de la spiritualité dans un monde de consommation, le sentiment d’égarement que chacun a pu éprouver dans sa vie, mais tout ceci est fait sans aucune lourdeur démonstrative, comme si les auteurs avaient presque réussi à faire oublier les ficelles de leurs marionnettes. Les problèmes rencontrés par Bill Henrickson sont ceux qui animent, à des degrés variables, nombre d’habitants du monde occidental. Car Bill est à la fois un modèle d’intégration (son affaire en fait un entrepreneur en vue de la région) et une sorte de marginal absolu (la polygamie est interdite dans l’Etat de l’Utah où il réside et il a décidé de vivre loin de la communauté de mormons dont il est issu), quelqu’un qui semble vivre un divorce permanent avec le monde qui l’entoure afin de pouvoir expérimenter ses propres choix. Bill est-il sur la bonne route ? Difficile à dire. "Apprendre à reconnaître la voix du seigneur, c’est ce qu’il y a de plus dur dans la vie, reconnaît notre brebis polygame. Il faut faire très attention, parfois ce n’est pas Dieu qui parle mais tes propres émotions, tes démons." Vivement critiqué par certains mormons qui y ont vu une caricature de leur mode de vie communautaire, Big Love réussit à dépasser le cadre de l’anecdotique pour tutoyer la sphère du sensible. Bref, une réussite.
Nicolas Santolaria
Big Love, le jeudi sur Canal Plus à 22h30










Vos commentaires
1. Fabcell à posté vendredi 14 septembre 2007
Vous aussi, déposez un commentaire, cliquez ici