Comme tout festival de cinéma qui se respecte, soucieux de son image et de son identité, Cannes aime à dégager des lignes de force. Cela passe bien sûr par l’instauration de rendez-vous immuables, des cases éditoriales à remplir et à « événementialiser » d’année en année. Le documentaire à vocation politique n’a pas attendu « Bowling for Columbine » (en 2002) pour réclamer sa place au soleil. Mais depuis le flingage anti-flingues de Michael Moore, il s’est tranquillement installé en sélection officielle, en et hors compèt’ (« Fog of War » d’Errol Morris), jusqu’à parfois truster les plus hautes marches du palmarès (« Farenheit 911 »).

Alors, what’s up doc ? Que vaut la fournée 2007 ? On note une nette glamourisation de l’école américaine du genre, qui visiblement ne conçoit plus sa grande mission « alter » sans l’assurance d’une caution people. Après la soirée diapo d’Al Gore dans « Une vérité qui dérange » en 2006, Leonardo Di Caprio récupère le flambeau de l’alarmisme écolo avec « La 11ème Heure », prenant des pauses éthérées sur fond d’apocalypse urbaine. Michael Moore, lui, dit sa messe sur les défaillances du système d’assurance maladie américain en se grattant les cheveux sous la casquette. Même George Clooney s’engage au Darfour dans un doc du Marché du Film vendu sur son seul nom. Conséquence de ça, les films, eux, sont d’ignobles bouses.

On dit « bouses » parce qu’on est à Cannes, au royaume des propositions et des engagements cinéphiles, donc pas très disposés à se fader du Julien Courbet ou un reportage de la chaîne Planète. Jusqu’où l’angle people sert-il le financement et la promotion des films ? Et jusqu’où dessert-il le discours et la forme ? Dans « Sicko », Big Mike ironise en voix off sur un clip de propagande noir et blanc montrant Ronald Reagan, alors acteur, présageant des horreurs causées par le modèle de la médecine socialiste. C’est pourtant moins énorme que de le voir lui, Fat Mike, heureux comme un lutin chanteur dans ce « paradis social » qu’est la France.

Pas « Sicko », mytho, lourdeau, démago, trémolo, cabot, carrément obscène quand il consacre Guantanamo comme havre d’hygiène et de soins pour prouver son argument (« les terroristes sont mieux traités que nous ») ou qu’il signe un chèque « anonyme » (rendu public par le film) de 12 000 $ à la femme cancéreuse de son pire ennemi. Mais qui est cet imbécile que la foule acclame ?