Vendredi 24 août

Disons-le tout de go. Cette année, la programmation de Rock en Seine ne nous excitait pas vraiment. Malgré un jour de concerts supplémentaire, ceci afin de célébrer les cinq années d'existence du festival, certaines fautes de goût telles que Just Jack, Craig Armstrong, Erik Truffaz, Faithless ou Emilie Simon sautaient tellement aux yeux qu’on se demandait à quoi carburaient les programmateurs. Il ne manquait plus que Ben Harper et là ça aurait été royal…Enfin, on débarque quand même au Parc de Saint-Cloud la fleur au fusil dans une ambiance hippy chic et assez bourgeoise. Rock en Seine est un de ces évènements où les dérapages n'ont lieu –au mieux– que sur scène. Ici, les gens se tiennent bien, picolent avec modération et se droguent avec parcimonie.

On arrive juste à temps pour rater l'excelent Dizzee Rascal, apercevoir de loin quelques titres des papys du grunge Dinosaur Jr, toujours aussi chevelus, toujours aussi inécoutables. On s'attarde un peu sur le set de Mogwai. Comme d'habitude les Ecossais nous défoncent les tympans avec leur tunnel bruitiste casse-couilles ou brillant (au choix). Les effets sont maîtrisés mais l’ensemble ressemble un peu trop à un exercice de style un peu vain. On en profite pour aller admirer quelques tarés en plein concours de saut dans la boue puis on court voir rapidement M.I.A.

Malgré un son franchement pourri, la demoiselle s'en sort bien avec un set plutôt pêchu. Alors que raisonnent les premières notes du tube d'Émilie Simon «Fleurs de saison», on prend nos jambes à notre cou pour aller voir The Shins. Pas désagréable mais vraiment pas transcendant non plus. Les jolies pop songs du groupe de James Russell Mercer ne semblent pas prendre en live de dimension particulière. C'est sympa, bien fait, très poli, mais c'est à peu près tout. Ce qui est, à la vue de ce qu'on a pu entendre par la suite, déjà énorme. On part arpenter les allées du parc de Saint-Cloud. On rate sans regret les Belges de 2 Many DJ's et on retrouve nos amis les gendarmes pour un nouveau parcours pédagogique autour des ravages de l'alcool. Bien plus frais que l'année dernière, nous en sortons cette fois avec les honneurs et un joli sac plein de merchandising à l'effigie de Sam, notre copain imaginaire qui ne boit pas.

En parlant de boissons, c'est l'heure d'aller faire un rapide passage au bar à vins, seule alternative crédible à l'immonde bière servie partout, et nous voilà en piste pour le concert de The Hives. Lesté de ses cheveux en trop et de quelques kilos en moins à force de parcourir la scène de long en large, le chanteur Pelle Almqvist est passé du statut de sosie de Malcom MacDowell à celui d'Alex Kapranos. Ce fut en tous cas un show assez jouissif, nerveux et mordant mais parfaitement identique à celui de Benicassim réalisé deux mois plus tôt.

On termine la soirée devant le concert très attendu de The Arcade Fire. La scénographie crypto-religieuse de la scène est en totale osmose avec l'esprit messianique du combo. Évidement, les montréalais n'ont pas déçu avec un concert fascinant, maîtrisé tant au niveau technique qu'émotionnel, mais sans grande surprise. Tandis que la foule reprend en cœur la rengaine de «Wake up», on file rapidos, juste le temps d'entendre quelques notes du set de Unkle dont on ne pourra pas vous dire grands-choses de plus hormis que ça avait l'air du niveau de leur dernière album, ni plus ni moins.

Samedi 25 août

On repart de plus belle après quelques heures de repos et de nouveau une heure de métro. On vient de rater les très bons "I Love UFO", les "Fratellis" aussi mais c'est moins grave, “The Puppetmaztaz” également et rien que pour ça on est plutôt content d'être arrivé à la bourre. Amy Winehouse ayant annulé ses concerts du mois d'août pour souffler un peu après deux jours de cure de désintox, ce sont les tous jeunes « Cold War Kids », découverts cette année avec leur chanson « Hang me up to dry », qui prennent fièrement la relève de l'auteur de « Rehab ».

Malgré un album assez inégal, les californiens nous livrent une prestation de bonne facture. Et si la voix haut perché de Nathan Willett fatigue sur la longueur, leur maîtrise de la scène est assez épatante pour un groupe de presque amateurs. Vient l'heure du concert de Jarvis Cocker. On prie intérieurement pour qu'il nous joue quelques titres de Pulp. Mais non. Jarvis fait du Jarvis. En fait, on croirait Beigbeder un micro à la main, alignant les pitreries comme pour masquer la faiblesse de ses nouvelles compos dont on peine à cerner les mélodies. Jarvis qui essayera vainement par la suite de jouer les anonymes dans la foule du festival provoquant évidement autour de lui de mini-attroupements dont il tentera péniblement de se défaire.

On loupe Calvin Harris qui a apparemment été assez épatant et on part jeter un œil sur la prestation des Brésiliennes de CSS. Les filles mouillent le maillot et dégagent une énergie communicative mais leur électro-rock-clash nous laisse un peu de marbre.

Débarquent enfin sur la Grande Scène les frères ennemis de Jesus and Mary Chain, reformé récemment histoire de capitaliser un peu leur statut de groupe mythique. Le son est lourd, tranchant, aérien, la présence de Jim et William Reid quasiment fantomatique. Il n'est de toutes manières pas question de dire du mal de cette prestation que Benoît Sabatier, notre éminent chef de rubrique musique, a qualifié avec des trémolos dans la voix de « de meilleur de tout le festival ». Alors si Benoît le dit….

Poussé par la curiosité on va quand même voir Les Ritas. Outre le fait qu'ils nous courent un peu sur le haricot depuis quelques années, on est content d'apprendre qu'ils ont viré Sarko-compatible. Dans le Parisien du dimanche, nos deux presque quinquas fatigués nous ont ainsi livré leur vision très affûté de la société française. “On espère que cette société va se débloquer après des rêves socialo-communiste qui l'ont gangrené.” Ok Catherine, très cool comme revirement pour une ex-marginale. On laisse notre nouvelle ministre de la culture Christine Albanel guincher le temps d’une photo sur les dernières compos franchement faiblardes des Rita, on s'échappe manger un morceau.

Mais la bouffe de festival, c'est à peu près aussi sexy qu'une choucroute dans un restauroute du centre de la France et on commence à franchement déprimer en trempant vaguement des frites pas cuites dans du ketchup gluant lorsque débarquent les énervés de Tool.

Et là, à moins d’être parfaitement sourd, on se réveille. Certains trouveront fascinant et d’autres parfaitement imbitable ce show lourd et hypnotique, ces murs de sons où trônent la voix entêtante de Maynard accompagnée d’effets visuels et de mini-films d’animation schizo-gore. Nous, on a adoré. Fin du concert, on ne s’attarde pas longtemps sur les gentilles chansons d’Alpha. Du trip-hop mou du genou, on s'en est largement assez tapé durant les années 90. Au lit !

Dimanche 26 août.

Même si la fatigue commence à sérieusement se faire sentir nous voilà de nouveau sur le terrain tels des mercenaires. Le soleil tape encore plus fort et la soupe world indigeste de Mark Ronson nous casse les oreilles. On s'échappe prendre l'apéro avant de filer voir Kelis. On s'attendait à un show sexy, un moment de folie sulfureux de biatch qui s'assume. On aura droit à un concert entre Zap Mama, Spinal Tap et Tahiti Bob (pour la coiffure). Seul sont tube «Tricks me » retiendra notre attention quelques instants avant de filer voir Albert Hammond Junior. Et là, enfin on respire. Le guitariste des Strokes à beau se produire sur la plus petite scène, les mélodies de son très bon album « Yours to keep » volent, elles, très haut et s’enchaînent sans relâche. En moins d'un heure, Albert et son groupe ont réussi à sauver notre dimanche mais voilà qu'à quelques mètres de nous vient de débuter le set du gentil Just Jack, un des vrais faux phénomènes de l'année. C'est mou, parfaitement inoffensif, assez désespérant en fait. Jack n'a pas l'air méchant, sa culture musicale est parait-il assez vaste mais alors pour quelle raison nous inflige-t-il sa musique de pubard à destination des pubards, aussi excitante qu'un yaourt bifidus ? Et où est le charisme du bonhomme là dedans ?

On court loin vers la grande scène vérifier si cette histoire de Faithless n'est pas un fake. Et non. C'est parti pour une grosse heure et demi de bouillie sonore difficilement descriptible. On n'avait pas vu si grotesque depuis le show « dance french cancan » de Gus Gus au festival de Benicassim. Ce qui n'est pas peu dire. Et pendant ce temps, Craig Amstrong, alias le Richard Clayderman anglais, torture un public qui ne lui avait rien fait à coups de piano solo atroce.

Enfin Björk arrive, entourée de musiciens vêtus de combinaisons proches de celles des Télétubbies. Mark Bell est aux machines. Après quelques fabuleux titres tirés de Homogenic, l'icône islandaise semble un peu tourner en rond. C'est parfois assez émouvant, quelques fois crispant, mais surtout horriblement ronronnant. Les beats de Mark Bell ont beaux être proches de la perfection, seules les quelques sons tirés du dernier LFO réussiront momentanément à nous réveiller. On retiendra néanmoins la rengaine de son titre final : “Declare independance, don't let them do that to you !!!” en se demandant si Bjork essaye à sa manière d’occuper le créneau de rebelle démago laissé en friche depuis la disparition de Rage Against the machine. Fatigué, on rentre en suivant le troupeau qui s’engouffre fantomatiquement dans les bouches de métro. Cette année, Rock en Seine aura été un festival à l'image de la saison : gris malgré quelques éclaircies.

Images : Franck Chevalier