Il est 23 heures et j’arrive enfin aux canapés de l’espace bénévoles de La route du rock. L'apéritif bat son plein : Calimucho et Cuba libre donnent à cette soirée bretonne des airs chaudement latinos. Cette année encore, je m’occupe bénévolement des repas pour les personnels du festival. Contre quelques heures de boulot, je peux assister au concerts gratos, avoir accès au coin VIP et croiser –certaines années- des stars internationales telles que Katerine ou Franz Ferdinand. Eh ouais, c’est la classe.

A peine arrivée, je retrouve quelques amis rencontrés les années précédentes avant d’échouer je ne sais trop comment au milieu d’un groupe de pseudo punks pré-pubères aux tatouages Bob Marley. C’est aussi ça, la vie de bénévole. Mercredi, après une réunion d’information, je reçois mon planning. Cool, je commence par un jour de congés qui me permet de plonger immédiatement dans une éprouvante session de concerts. Nous commençons par arpenter la plage du Sillon (où l’on trouve une scène et des transats pour écouter la musique), malheureusement désertée par les artistes : à cause du mauvais temps, le spectacle est relégué au Palais du grand large, un énorme casino multifonctions où les mouettes n’ont pas le droit d’enter. Avec ses chansons tristes nappées de piano et de violon, la suédoise Anna Ternheim titille les glandes lacrymales de toute la salle. D’ailleurs, j’ai presque failli pleurer.
Après cela, il devient urgent pour moi de retourner au fort (épicentre des festivités situé à 10 kilomètres de Saint-Malo) où nous sommes accueillis par une pluie battante. Qui a dit qu’il flottait tout le temps en Bretagne ? Les festivaliers emmitouflés dans leurs parkas font penser à une assemblée de femmes en burka luttant contre les éléments. On se croirait au pays des mollahs un jour de tempête. Si l’idée d’ouvrir un commerce de botte m’avait été donnée, je serais sans doute devenue la reine du pétrole. La soirée se poursuit. Je passe d’abris en abris et, après cet incessant slalom entre les gouttes, il faudra attendre l'apparition du groupe «The go team» pour que les plus récalcitrants décollent enfin de leurs sièges et actionnent leurs articulations détrempées. Ca y est, la soirée prend de la hauteur. S'ensuit Justice avec un set alambiqué qui, si rien ne cloche vraiment, laisse malgré tout dans son sillage un sentiment de déception assez indescriptible. Manquait une petite étincelle, comme lors des Trans’.

Le jeudi matin est assez évasif. Au menu : préparation de salade. J'expérimente les différentes manières de couper un oignon en versant de chaudes larmes. La vie de bénévole n’est pas de tout repos. Après le repas, nous retournons à Saint-Malo (rappelez-vous, nous étions au Fort) où le look bigarré de la population festivalière détonne avec celui des touristes. Habillés de boue, les guerriers soniques gravitent avec légèreté dans l’agglomération en dévorant leurs frites. Sur le site, nous bénéficions de l’accès au bar V.I.P. C'est donc autour des parasols et d’un écran géant que nous commençons cette nouvelle soirée en sirotant un mojito. Je commence à bien kiffer le concept de bénévolat.
Pendant la transition précédant l’arrivée sur scène des Smashing Pumpkins (payés 130.000 euros pour leur concert, soit 40% du budget artistes du festival à eux seuls pour une performance assez moyenne), un ami m’indique un passage dérobé conduisant en haut d’un rempart. Nous nous y asseyons en compagnie de quelques chèvres et d’un caméraman pour regarder le concert depuis en haut. De ce point de vue, la densité de la foule est très impressionnante (on dirait des poils de moquettes agités par la vent. Des poils qui, en plus, s’allument à cause des flashs d’appareils photos, des briquets et des portables). La suite ne sera qu’enchaînement de pas de danse électriques. Le vendredi se lève et c’est, pour moi, l’ultime balade à la plage où les festivaliers transatent à l’écoute des DJ’s –«Lucky Pierre». Avant de partir, on tente même un plongeon.

Mais je dois interrompre ma brasse car le devoir m’appelle. Il faut rentrer au fort mettre la table. Je ne peux pas voir tous les concerts mais ce que j’entends depuis les cuisines est très stimulant. En coupant du pain, je me promets d’écouter tous ces morceaux ultérieurement. Marqué par l’incroyable performance des Sonic Youth, ce festival pluvieux mais génial devrait revenir à fréquence accélérée. Pour conclure en beauté, on nous donne des CDs, des tee-shirts, on s’embrasse, on est contents. La dernière soirée est de qualité avec notamment un puissant show de LCD Soundsystem. On continue au bar VIP où l’on apprend que parler anglais est fortement conseillé pour «serrer des meufs». Et pour serrer les mecs, faut se mettre à l’allemand ? Avec tout ça, on n’a même pas vu la fin arriver.
Lucie Rouxel
Photos : Franck Chevalier










Vos commentaires
1. odb à posté vendredi 24 août 2007
2. sylvain à posté dimanche 26 août 2007
Vous aussi, déposez un commentaire, cliquez ici