Vendredi 13 octobre 2006
J-3. Je suis à Paris. J’écris depuis Daumesnil, assis dans un café ; j’attends Henri. Et j’ai la pêche, avec un bon mal de crâne des familles aussi, je dois le reconnaître. Hier soir je suis allé boire un verre au resto de Phil, rue Dauphine. Enfin, plus précisément quatre whiskies (Glenmorangie). Et avant ça je m’étais bu deux demis à la terrasse d’un café en faisant le point par téléphone avec Estelle sur le plan de travail et la liste d’accessoires. On aura de bonnes journées, mais rien de démentiel, à part le vendredi, jour 5. Mais bon, ça tient la route. Bref, au total, j’ai pas mal bu.
Je suis parti du resto vers 23H00, après avoir discuté avec des copains de Phil qui tiennent un établissement je suppose branché rue Quincampoix. Nous avons parlé des rapports homme/femme, qui selon eux ont largement évolué ces dernières années. Sur le Net, ou même dans les clubs, les femmes n’hésitent plus à faire le premier pas et à brancher les hommes. L’explication serait la forte concentration actuelle de célibataires – et leur probable désarroi. Chercher le sexe, chercher l’âme sœur, je ne sais pas trop, je me sens très éloigné de ce phénomène si contemporain. Je suis tellement heureux dans ma vie privée, tant sur le plan amoureux que sexuel. Phil m’a dit beaucoup de bien de Suzie Diamond et nous avons de nouveau fait l’éloge des actrices de l’Est, si belles, adorables et gentilles. Je lui ai fait part de mes craintes concernant Tiffany, et aussi de ma déception quant à son peu d’investissement vis-à-vis de mon travail. Ensuite la conversation a viré politique et je me suis rendu compte à quel point est en train de s’installer une sorte de racisme soft, larvé. Sarkozy a réussi à diviser la communauté, dressant les gens les uns contre les autres ; les sans-papiers et les immigrés devenant le principal fléau que connaitrait notre pays. Que des gros beaufs aient ce type de jugement, il n’y a pas de quoi s’étonner ; mais venant de deux parisiens à la coule, eux-même issus de l’immigration une ou deux générations plus tôt (italienne et portugaise), qui tiennent un bar et fréquentent les boites à partouze, c’est autrement plus inquiétant. J’ai expliqué qu’ils se trompaient de cible : que le problème ne venait pas du bas de l’échelle, mais d’en haut. Que c’était tous ces enculés de grands patrons qui représentaient le vrai danger pour la République - danger largement occulté par la mode de l’insécurité lancée par Sarkozy. Dressez les citoyens les uns contre les autres, ils ignoreront leurs véritables ennemis (tous ces enculés de la Haute Finance et consorts). Bravo, habile stratège que ce petit Hitler.
Exécution sur la place publique des grand patrons
Mon banquier est un mec génial. Je pense qu’une telle phrase a rarement été écrite. Sauf dans une agence de pub en vue d’une campagne débile pour telle ou telle banque. Mais je persiste et je signe. Mon banquier est vraiment un type génial. Et là je ne saute pas du coq à l’âne : je m’explique. L’autre jour nous étions allés le voir ma femme et moi parce qu’il voulait nous faire signer un peu de paperasse. Dans la foulée, on a passé une heure à parler politique. « Je suis pour la Révolution ! » a-t’il lâché d’un coup. Là j’ai enchaîné avec les deux premières mesures que personnellement je prendrais dans le cas où j’aurais le pouvoir : Destruction de toutes les écoles de commerce (le marketing et la propagande publicitaire étant les principales armes du grand capital). Mise au ban des publicitaires, agences de com et toute leur clique foireuse. Exécution sur la place publique des grand patrons et de leurs affidés (fusillade ou pendaison, ça reste à déterminer). A ma grande surprise mon banquier a complètement abondé dans mon sens, fustigeant toutes ces raclures des assemblées générales, revenant sur le patron de Vinci qui est parti à la retraite avec plusieurs millions d’euros de bonus. « Le pouvoir d’achat des Français a chuté de 35% ces cinq dernières années », m’a t’il expliqué, chiffres à l’appui. Ajoutant que l’on ne comptabilisait pas le pétrole dans la consommation des ménages – encore une aberration. Nous nous sommes cependant opposés sur les moyens : mon banquier est un Républicain inconditionnel, alors que moi je ne crois plus guère en la démocratie (je me considère comme un utopiste). La Révolution culturelle maoïste reste pour moi un exemple de remise à plat d’un système – même si aujourd’hui, en Chine comme en Russie, la Révolution marxiste n’a conduit qu’à l’établissement d’un système dogmatique immonde au profit d’une poignées d’apparatchiks véreux. Putain, et le Peuple, alors ? Dans nos sociétés soit-disant modernes, ils s’abêtit devant la télévision. A un moment donné, la démocratie a été confisquée. Grâce à la complicité des médias et à la télévision en particulier. Mais je ne crois pas que l’on puisse parvenir à la Révolution par la démocratie. C’est impossible. Seule la force aura raison du système. La violence pour répondre à la violence. Si quelqu’un connaît l’adresse de tous ces enfoirés de grands patrons, je suis prêt à monter le gibet. Ceci rejoint ma théorie selon laquelle l’Etat est de droite. Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé (ils ne l’ont pas gardé dans l’interview que j’ai faite pour le site de Technikart). Et bien je pense que fondamentalement l’Etat est du côté des plus forts. L’Etat est par définition oppressif. Il n’y a qu’à regarder la différence de traitement entre Papon qu’on libère et les membres d’Action Directe qu’on laisse crever en prison, détruits à petit feu par la dégénérescence physique et mentale. Mais tout cela est bien loin du « démon », excusez-moi.
Réalisateurs borgnes
Donc je suis à Paris. Le film roule tout seul dans ma tête. J’ai acheté de la corde pour attacher les filles (le vendeur du BHV n’a pas sourcillé quand je lui ai indiqué l’utilisation que je réservais à mon achat), des perruques pour Liza (blanche), Tiffany (rose) et Suzie (verte). Cette dernière m’a posé problème : j’y suis retourné aujourd’hui pour la prendre, hier je n’étais pas sûr de mon coup, mais finalement c’est très bien comme ça (à vrai dire cette perruque verte m’a obsédé toute la soirée) ; les filles seront colorées. Et puis la perruque de Suzie, mise sur Oksana à la fin, indiquera qu’elles interprètent le même personnage : qu’elle a pris sa place. Je compte charger pas mal le make-up, ça va presque être expérimental : fond de teint blanc à la « Barry Lyndon », mais les lèvres et les yeux super-glamour. Emilie et Alexandra (mon renfort maquillage) vont s’éclater. Alex m’a accompagné dans mon shopping, connaissant les bons endroits où trouver les trucs. On a acheté des impacts de balles en silicone pour la fin, un cache-œil, du pento pour gominer les cheveux de Michaël et j’ai loué une belle cape pour le démon. Je ne suis pas certain pour le cache-œil : je voulais le filer à Liza, mais en fin de compte c’est peut-être Pierre qui en héritera (ou HPG). Victor Duchemin dans la lignée des réalisateurs borgnes : Nick Ray et consorts (en plus de son hémiplégie). Victor Duchemin étant cloué dans un fauteuil roulant, la façon dont les scènes hard seront mises en scène relèveront de son imagination, de ce qu’il a dans le crâne, et non de la réalité de son tournage - ce sera une représentation fantasmatique. En gros, il fantasme le cinéma plus qu’il n’en fait (un peu comme moi, sans doute : pas terrible comme constat, non ?).
HPG, je l’ai vu en arrivant mercredi soir. On s’est retrouvé place de la République et on est allé se poser au bar de l’Hollyday Inn ; ça m’a fait drôle parce que l’Hollyday Inn à République joue un rôle important dans le roman que je suis en train d’écrire (enfin, ça fait un an que je n’ai plus bossé dessus). HPG est un mec intéressant ; on va bien s’entendre à mon avis. Il m’a donné l’impression d’être sérieux ; au moins il saura son texte – mais il n’en a pas beaucoup, son personnage est taciturne. Il aura quatre scènes hard. Il travaille sur son prochain long métrage en ce moment ; mais n’arrête pas le cul à cause d’une libido compulsive. Il a besoin d’être hardeur pour assouvir ses pulsions. Au moins ça a le mérite d’être clair.
Rien de tel que l'action
Le lendemain, soit hier, j’ai vu mon ami Pierre (qui jouera Victor Duchemin), après m’être occupé des accessoires, perruques et cie. J’avais peu dormi, très excité après ma rencontre avec HPG et la pression du film qui monte dans ma tête. Je rallumais toutes les cinq minutes pour griffonner des notes dans mon scénar (vous commencez à me connaitre). J’ai une vision de plus en plus précise de la façon dont je vais mettre en scène les séquences de cul, avec l’équipe de tournage. Ça va marcher du tonnerre. Avec Pierre ça s’est bien passé. On a lu le texte, enfin, ses séquences principales ; je l’ai bombardé d’informations, ça n’a pas eu l’air de le saouler ; il a pris des notes et m’a dit que ça allait l’aider. Ça va être un pied terrible de le voir jouer. Mon inquiétude principale reste Oksana. Mais bon, nous verrons bien. J’ai trop la pêche maintenant pour me bloquer sur ce genre de détails (sic). De toute façon, le monde est avec moi : vous connaissez la théorie des signes ? Et bien figurez-vous qu’en ce moment je réécoute en boucle Neil Young (suite à la lecture du bouquin de Nick Kent, recueil d’articles rédigés entre 1970 et 2000). Bref, hier, on mangeait un morceau dans un bar rue Jean-Pierre Timbaud avec Pierre, et soudain, qu’est-ce que balance la radio ? « Heart of gold ». Ce genre de truc me scotche, on n’y prend jamais garde, aux signes, mais ils indiquent juste que vous êtes en harmonie avec le monde. Le monde vous parle dans ces moments-là, à vous de capter ses signaux. Tout ça pour dire que j’ai complètement dépassé mes doutes et ma lassitude d’il y a quelques jours. Rien de tel que l’action, et là je suis dans l’action, alors advienne que pourra. « Le démon » sera un vrai film ou ne sera pas.
Jack Tyler










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