Dans « Grindhouse », l’hommage des frères pétards Quentin Tarantino et Robert Rodriguez aux films de drive-in (ces endroits où on emballait des filles dans des voitures), il y a des flingues, des clins d’œil pop et des riffs de guitare.
Mais dans « Boulevard de la mort », le segment de Q.T sélectionné à Cannes dans sa version (trop) longue, il y a surtout des filles et des voitures. C’est l’histoire de Kurt Russel qui embroche des pépées en short au volant de sa Dodge noire. « Véhicule » à fantasmes (cinéphiles, masculins) et lieu de prédilection pour son badinage scripté, la voiture a toujours tenu chez Q.T un rôle moteur.
A part ça, la beach music et les costumes-cravates noirs, rien ne l’obsède plus que les doigts de pieds de femmes en éventail. A ceux qui persistent à n’y voir qu’un imaginaire mâle, rappeler que la moitié de sa filmo (« Jackie Brown », « Kill Bill 1 & 2 ») célèbre l’héroïsme et l’individualisme au féminin. Deux groupes de filles très « filles » (alanguies, amoureuses, rancunières) descendent donc ce « Boulevard de la mort », et au milieu coule Tamiia Poitier, fille très très talentueuse de Sydney.
Un tiers de « Boulevard de la mort » tient dans des dialogues interminables entre meufs au volant. Un autre est une longue chevauchée motorisée vers « Point Limite Zéro ». Le reste (le meilleur) ne dure qu’un millième de seconde : un carambolage cronenbergien distribuant du pneu brûlé, du visage écrasé et de la jambe arrachée. Magie du cinéma : Tarantino rejoue l’action sous différents angles en « rallumant » les phares de la Dodge comme on fait entrer la lumière dans un projecteur de cinoche. Fétichiste, même dans la destruction.