Solide comme un sexe de cheval en érection, taillé dans la sueur des hommes qui transpirent debout, le pantalon officiel des garçons vachers fait un étonnant retour là où plus personne ne s’imaginait (re)porter des jeans. Inventé en 1947 par un ancien fabricant de vêtements de ferme (Blue Bell), le jean Wrangler aura pourtant connu bien des déboires avant de devenir ce secousse-burettes indispensable qui rend désormais les hormones mâles si agréables —même à l’heure du déjeuner.

Lessivé dans les années 80 par Levi’s et la mode du «stone» (une idée du couturier François Girbaud, avec des cailloux dans une machine à laver), le jean Wrangler squatte au milieu des années 80 les étals des marchés et des vendeurs à la sauvette, avant de finir dans les mains pas forcément heureuses de Bernard Tapie qui en fait le nouveau concurrent de Pantashop dans tous les supermarchés. La France exécute chaque matin sa levrette en 501 quand Wrangler est synonyme de baba-cool asexué avec un falzar en velours côtelé doté d’un pli au milieu.

Résurrection ? Vingt ans plus tard, le jean au tissu croisé (moins de rétrécissement au lavage) fait figure de pyjama tout-terrain là où les autres fabricants ressemblent à des publicitaires en caleçon. Réhabilitation du «crassouille» (un jean Wrangler ne vaut que si l’on habite dedans) et du western burlesque (avec des images de Eli Walach, l’infâme Tuco dans «le Bon, la Brute et le Truand»), le jean Wrangler est aujourd’hui comme nous: usé, fatigué, vieilli, déchiré, élimé, ordinaire. Mais tellement plus vrai à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Paru dans le #69, février 2003.