Cinq mille ans après Toutankhamon (un type épatant qui collectionnait les slips géants dans son sarcophage), le caleçon Calvin Klein est-il l’objet d’un énorme malentendu ? Adulé par les gays, dénigré par les snobs et porté en secret par tous les autres, ce sous-vêtement providentiel qui, rappelons-le, transforma le zizi du monde occidental en colonne de Buren, semble aujourd’hui victime d’une étrange omerta culturelle.

Célèbre pour son élastique large et sa griffe noir et blanc exhibée sur l’abdomen (un fabuleux trompe-l’œil pour les problèmes de bouées), le caleçon Calvin Klein est devenu en quelques années le bouc-émissaire des faux-simples et des naturistes bidons. Dictature du trash oblige, on cache sous la ceinture ce qu’on portait autrefois par-dessus le pantalon —et même autour du cou dans certains saunas militants. Désormais, impossible de vivre au chaud dans un CK prévu à cet effet sans attirer les sarcasmes des paranoïaques de la superficialité.

Faut-il y voir un complot des partisans du string pour hommes dont on nous annonce le retour (bon courage) depuis quelques mois ? Pas sûr. En fait, le caleçon Calvin Klein paye aujourd’hui les frais d’un étrange phénomène de branlette inversée: ce qui est beau et simple est forcément le fait des crâneuses. Au moment où celui qui prit des moches pour ses pubs (Calvin fera même poser des gros) lance le premier parfum en forme de téléphone portable (Crave), levons ici un voile modeste sur une vérité méconnue: le problème des hommes ne vient pas de Calvin Klein mais du fait qu’avant lui, ils portaient surtout des machins roses avec des petits lapins dessus.

Article paru dans le #66, octobre 2002.