Avant d’être la matrice narrative de ce grand film de David Fincher, l’histoire du Zodiac était déjà un fait-divers ayant une place de choix dans l’imaginaire collectif des californiens. Apparu à la fin des années soixante, ce serial killer, qui mélangeait crimes sanglants et relations épistolaires codées avec les policiers et les rédactions de presse, sema la panique sur la baie de San-Franciso en médiatisant ses forfaits qui semblaient n'être guidés par aucune logique. Malgré une longue et laborieuse enquête qui reste encore aujourd'hui d'actualité, le Zodiac ne sera jamais formellement identifié.
Une bonne histoire donc, qui, en plus de toucher à l’inconscient collectif, peut, du fait de son caractère insoluble, être régulièrement ressortie du placard. C’est ici le cas avec la bien nommée « Case reopened », une émission d’enquêtes policières qui est à peu de choses près l’équivalent amerloc de « Faites entrer l’accusé ». Mais ici, pour nous narrer l’histoire de ce tueur taquin, ce n’est pas Chricri Hondelatte qui s’y colle mais l’écrivain chauve, spécialiste des romans noirs, Lawrence Block. Extrait des interventions de Lawrence, jamais à court d’un bon mot : « La chanson disait : si tu viens à San Francisco met une fleur dans tes cheveux, on aurait pu rajouter et n’oublie pas ton gilet pare-balles. »
Outre ces sublimes commentaires, ce documentaire réalisé par Kevin McCarthy en 1999 et programmé pour l’occasion par Jimmy, récolte les témoignages des différents protagonistes vivants, tel que le célèbre Robert Graysmith, dessinateur au "San Francisco Chronicle" à l’époque des faits et auteur de deux ouvrages sur le sujet ou encore des flics à la retraite, vaguement chargés de l'affaire lorsque le tueur était encore en activité. Quelques inconnus autoproclamés "Spécialiste du Zodiac", enfants lors des préludes de cette histoire, viennent également nous asséner avec gravité des détails, qu'évidemment personne avant eux n'avait eut la jugeote de relever. Bien sûr, tous sont à peu près persuadés de posséder la vérité ultime. Parmi ce flot d'allégations, la palme de la théorie la plus fumeuse revient à Gareth Penn, mathématicien de son état qui, un jour de glande, repère l’utilisation du terme « radian » (une unité de mesure d'angle, NDRL) dans un courrier du Zodiac et décide de passer ses jours de congés à comprendre la logique de ce tueur savant. Son idée fixe ? Le Zodiac était en réalité un universitaire qui calculait le lieu de ses meurtres dans le but de former une figure géométrique parfaite à l'image de son propre symbole (un cercle barré de deux droites perpendiculaires).
Mais là où le Zodiac de Fincher distille un climat d’une longueur obsessionnelle et mélancolique, Le Zodiac de Kevin McCarty brise, lui, tout l’aspect métaphorique de ce croque-mitaine moderne. Les scènes de reconstitution des meurtres atteignent des sommets de cheaperie et ces empilements de versions contradictoires sont, malgré leur caractère parfois assez pittoresque, tout aussi décevants les uns que les autres. Reste que ces paroles où l’on ressent une certaine peur mêlée de fascination, en dépit du fait que le Zodiac n’a, depuis une trentaine d'années, à priori, zigouillé personne, illustre à quel point cette affaire est parvenue à se désincarner pour devenir une mythologie urbaine qui continue, sans que l’on comprenne vraiment comment, à hanter toute une nouvelle génération…
The Zodiac Killer, un documentaire de Kevin McCarty. Jimmy. 27 mai et 5 juin. 22h15










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