Pas plus à Cannes qu’ailleurs, on ne peut tout aimer. Heureusement, un film chassant l’autre à toute vitesse, on n’a pas non plus le temps de s’attarder. Si l’on déteste « My Blueberry Nights » ou le dernier Michael Moore (c’est nous, ça), l’énervement est balayé par la passion « Control », un chef-d’œuvre des Coen, un grandissime Fincher ou une inattendue « Zoo »philie. On se fâche à la sortie de la salle, un peu aussi le lendemain en lisant certains papiers de complaisance ici et là, et puis on passe à autre chose.

En revanche, pour ceux qui détesteraient Asia Argento ou quelques autres multi-cumulards qui confondent le Palais des festivals avec leur maison de campagne (Amalric ?), les choses seraient beaucoup plus compliquées. Heureusement, on a tous une ou deux Asia Argento qu’on aime bien. Pour certains, c’est la fille de son père, pour d’autres, la fashionista de Miss Sixty et sa rock attitude velléitaire. Ou alors la réalisatrice sexy-arty-gonzo de « Scarlet Diva » et du « Livre de Jérémie », l’actrice de films de genre (« Land of the Dead »), de films drogués (« New Rose Hotel »), de films français (« les Morsures de l’aube »), de films de son père (« le Syndrome de Stendhal ») et même de bons films (« Marie-Antoinette », tout de même).

La caractéristique de l’Asia Cannes 2007 est d’avoir pris soin de mettre toutes ses casquettes dans sa valise avant de prendre l’avion. Ensuite, elle n’a plus qu’à penser à sortir celle qui se marie le mieux avec le thème du jour. La réalisatrice boit quelques coupes de champagne business avec des producteurs possibles de ses prochains projets. La fifille à son papa a eu la fierté de voir « Suspiria » restauré et applaudi chez Cannes Classics et de défendre les couleurs de « Mother of Tears », nouveau Dario dont 20 minutes étaient montrées au marché. Pour ce qui concerne le Festival de Cannes dans sa définition la plus tapis rouge, il y avait l’Asia star de « Boarding Gate », visage internationnal du dark à la cool (le 18 mai à 0h30), l’Asia provocul de « Go Go Tales », comédie de Ferrara dans le monde des night-clubs et des lap danseuses (le 23, à 0h30, on en veut vraiment à sa santé) et puis surtout l’Asia (à) nu sadisée par Breillat dans « Une vieille maîtresse » (aujourd’hui, à 19h30). On y découvre des seins spectaculaires et un registre de comédienne faramineux, inespéré, qui lui permet d’évoquer Klimt ou Delacroix sur le plan graphique tout en incarnant le projet de fêlure romanesque et romantique du film. De toutes les Asia d’hier et d’aujourd’hui, c’est sans doute la plus belle, la plus forte, la plus convaincante. Par chance pour elle, c’est aussi la seule qui est en compèt’.
L.H