Face à la puissance de feu de l’autre Amérique (pas celle des blockbusters, celle des Coen, Gray, Fincher ou Tarantino) se déploie un cinéma d’auteur de plus en plus flou, jetlagué, où la nationalité se dilue dans des concepts mystiques et humanistes. Ça commence avec la nationalité des films. Dans cet univers mondialisé, avec la multiplication des coprod’ alambiquées et des cinéastes voyageurs, donner une provenance aux films s’avère un vrai casse-tête. Schnabel doit-il concourir pour la France ou les US ? « Persepolis » est-il français ou libanais ? La notion d’appartenance n’a plus d’importance. Les genres, les lieux et les langues du cinéma sont en train de fusionner dans une énorme partouze auteurisante.
Un exemple récent ? Le Fatih Akin. Avec ce mélo spirituel et délocalisé (entre la Turquie et l’Allemagne), Akin continue de tendre des ponts entre les cultures. Et ce n’est pas un hasard si le scénariste de « Babel », Guillermo Arriaga, a joué le rôle de conseiller occulte sur ce film. Car « De l’autre côté » ressemble d’une certaine manière au cinéma d’Inarritu. Dans son vertige sentimental et mondial, les gens se croisent et ne se voient pas ; les destins s’emmêlent à travers des continents différents.
Il est amusant de constater que « Babel », assez mal reçu l’année dernière, aura finalement représenté l’acte de naissance de ce world cinéma. Pas pour ses structures éclatées, mais pour cette tendance universaliste, cette manière particulière de raconter des petites épopées qui se jouent des frontières. Un Autrichien importe et exporte avec l’Ukraine. Un Hongrois peut adapter Simenon en Corse avec une actrice anglaise doublée (« Man from London »). Une Libanaise raconte le choc des civilisations en dessin animé (« Persepolis »). Et pendant que les Ménnonites du Reygadas regardent un concert de Brel à la télé, un auteur grec raconte en un plan séquence un fait divers colombien (« PVC1 »).
Cinéaste marseillais qui ausculte le rapport des juifs au religieux, Nadjari résume bien la tendance : « Le local ne m’intéresse pas. Je cherche l’universel. La problématique de mes films n’est pas uniquement israélienne. Elle est humaine ». La notion d’origine meurt à petit feu et on tend de plus en plus vers des concepts plus larges, mystiques et humanistes. Seuls, dans ce grand bain mondial, les cinéastes de l’Est semblent rester accrochés à leur culture et à leur pays. Ils opèrent un droit d’inventaire (esthétique pour « le Bannissement », politique pour « 4 mois, 3 semaines et 2 jours ») qui pourrait être le prélude à leur propre ouverture sur le monde.
G.G
Le Festival de Cannes
A la croisée des mondes
Alors que «Babel» de Inarritu avait été rabaissé au palmarès 2006, cette édition marque le triomphe dans les grandes largeurs de son concept de world cinéma.
Articles précédents
Le Festival de Cannes
L’œil de l’artiste
Le second film français de la Compétition est aussi le premier film français de Julian Schnabel, son troisième film en tout et son meilleur film tout court.... Lire la suite
Le Festival de Cannes
What’s up doc ?
La vogue cannoise du documentaire politique donne cette année deux pavés d’investigation américains et starisés, absolument honteux sur le plan du cinéma et de la pensée : « Sicko » du gros Moore et « La 11ème heure » du Di Caprio.... Lire la suite
Le Festival de Cannes
Blood Complex
SÉLECTION OFFICIELLE _Et les Coen redevinrent les Coen. «No Country for Old Men» rejoue la carte noire des classiques «Blood Simple» et «Fargo» en visitant le désert littéraire de Cormac McCarthy.... Lire la suite
Le Festival de Cannes
Demy portion
Avec « les Chansons d’amour », Honoré signe un film « en chanté » qui fout le cafard.... Lire la suite
Le Festival de Cannes
Transmission 5/5.
QUINZAINE DES RÉALISATEURS _Anton Corbijn, le styliste visuel de Depeche Mode, se penche dans « Control » sur les jeunes et courtes années de Ian Curtis. Une beauté brute.... Lire la suite





Vos commentaires
1. chasseur d'amalgame à posté lundi 28 mai 2007
2. harry white à posté samedi 2 juin 2007
Vous aussi, déposez un commentaire, cliquez ici