Jusqu’à «The Barber», les Coen bros étaient des auteurs notoirement inégaux, mais n’avaient jamais fait un vrai mauvais film. Depuis «The Barber», ils en ont fait deux de suite, dont «Lady Killers», comédie à pleurer indigne du film original de Mackendrick, indigne de Cannes, indigne d’eux. On leur en voulait un peu, mais c’est oublié. «No Country for Old Men» peut se voir comme un retour aux sources texanes de « Blood Simple », une version déneigée de «Fargo», ou un hommage déchirant à des « hommes qui ne sont plus là». La constante des Coen noirs : au Texas comme dans le Minnesota ou dans les 50’s décolorées, on bouge et on parle lentement. Pas pressés. Le temps qui passe a tout son temps.

No Country…» est un poème texan, drôle comme du Coen mais habité par la mystique lasse de Cormac McCarthy. A l’instar de Tommy Lee Jones, l’écrivain des cow-boys astraux de «Méridien de sang» et de «De si jolis chevaux» connaît la frontière mexicaine comme sa poche, cet endroit où, il y a bien longtemps, l’âme américaine a trouvé refuge.

Ici, une piste de sang peut en croiser une autre. Si vous bifurquez pour la suivre, vous tomberez peut-être sur une dizaine de cadavres entretués, une cargaison de dope et 2 millions de dollars. Alors méfiez-vous, c’est sans doute que votre destin est en marche. Il pourrait prendre la forme d’un boogey man coiffé au bol avec une raie sur le côté. Selon toute probabilité, rien ni personne ne pourra l’arrêter, pas même des vieux shérifs qui passent leurs nuits de retraite à rêver de leurs pères. De toute façon, ce n’est pas un pays pour eux.

L.H