«Black Christmas» Bob Clark DVD / (Sommerville House, Zone 1).

En trente-cinq ans de carrière, le Canadien Bob Clark a tâté de tous les genres, de la farce teenage à gros seins au film de chien qui fait du karaté. Tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi, pour une œuvre globalement consternante qui lui vaudra deux nominations aux Razzie Awards en tant que plus mauvais réalisateur (en 1985 pour «Rhinestone», avec Stallone et Dolly Parton, en 2004 pour «SuperBabies: Baby Geniuses 2»).

Il y a pourtant chez Clark une imagerie gothique et des flashes d’humour «camp» irrésistibles. Au moins deux dates dans sa filmo empêchent de refermer le dossier et de le ranger dans la catégorie tâcheron: «Black Christmas», en 1974, premier slasher répertorié et pièce maîtresse de sa trilogie horreur 70’s, qui reste aujourd’hui la seule raison pour laquelle il garde un certain crédit cinéphilique; et «Porky’s», en 1983, le prototype du film ado plein de foutre, séminal à plus d’un titre. Même Scorsese ne peut se vanter d’avoir donné, comme Clark, naissance à des pans entiers de l’histoire du cinéma.

POUR 40 000 $. «Je me suis formé sur le tas à tous les métiers du cinéma: production manager, assistant réal, j’ai tout fait, reconnaît Bob. Mais j’ai vite compris que pour devenir réalisateur, j’avais le choix entre faire un film d’horreur ou un porno. Et je ne voulais pas faire un porno.» On ne posera pas ici la question de savoir si «Porky’s» peut (ou doit) être considéré comme un porno. En revanche, «Children Shouldn’t Play With Dead Things» («Un hommage à “ la Nuit des morts-vivants” tourné pour 40 000 $»), «Deathdream» (en DVD chez Néo-Publishing sous le titre «le Mort-vivant») et, bien sûr, «Black Christmas», sont d’authentiques films d’horreur, innervés par le réalisme poétique de la mise en scène et le mordant social du propos («Deathdream», sur un soldat mort au combat qui rentre au bercail en plein trauma viêt-namien).

MULTIPOMPÉE.

«Black Christmas» fait peur, très peur, avec l’histoire d’une «frat house» remplie de jolies filles harcelées au téléphone par un tueur caché au premier étage. Minimalisme du cadre, «leitmodring» glaçant, portrait d’une jeunesse hédoniste, vision subjective du tueur au grand angle… John Carpenter, fan autoproclamé, saura s’en souvenir quatre ans plus tard pour «Halloween». Fred Walton aussi, qui pompera entièrement l’intrigue téléphonée du tueur «in da house» pour «Terreur sur la ligne». Actuellement réactivé en Zone 1 par la réédition en DVD de «Christmas», le culte de Clark trouve un deuxième écho dans la production hollywoodienne actuelle. Le remake de «Christmas» (nul) vient de sortir aux Etats-Unis, celui de «Deathdream» est en production, et Clark lui-même prendra en main celui de «Children». Bob Clark. A ne pas confondre avec Bob Clarke qui, lui, n’a vraiment réalisé que des navets.