Technikart : Tout d’abord, le groupe Scratch Massive est né comment ?
Maud : Le groupe, c’est Sébastien Chenut et moi, Maud Geffray. On s’est connus en 1993. Seb était DJ quand je l’ai connu. Il avait déjà le matériel, platines et vynils. J’ai pris son matos au début pour m’entraîner alors que je faisais des études. C’était juste pour le plaisir, ce n’était pas dans une optique professionnelle. Après on a acheté d’autres machines de production musicale pour faire de la musique électronique. De là on a sorti un premier maxi vers 1999. Après je me suis mise aussi à mixer de manière plus sérieuse en clubs. On a alors monté le groupe vers cette période en 1999.
Technikart : Tu as suivi une formation musicale avant de te lancer dans la musique électronique ?
Maud : J’ai une formation classique, j’ai fait du piano pendant 7 ans. Une formation laborieuse, chiante et classique.
Technikart : Votre nouvel album, Time, est sorti en février. Comment a germé ce projet?
Maud : L’album est né en studio car on y passe beaucoup de temps. Après le premier album, qui est sorti en 2003 (ndlr : Enemy & Lovers), on a réalisé des maxis, des vynils destinés au dancefloor, des remix d’autres gens. Ensuite on s’est attelé à l’album et puis naturellement, on a eu envie de faire quelque chose qui partait vraiment de l’électronique, mais avec des voix.
Technikart : Cet album a une certaine tonalité rock ?
Maud : Juste une tonalité. Il n’y a pas d’instruments rock à part un petit peu de guitare. Tout est électronique en fait.
Technikart : L’album est plutôt noir et mélancolique, cela reflète un état d’esprit ?
Maud : (Rires) On n’est pas des mélancoliques. C’est que j’écoute davantage de musique « émotionnelle », assez intense. Je n’aime pas trop la Compagnie Créole ou des groupes comme ça. J’aime cette musique par l’intensité qu’elle procure mais ce n’est pas pour cela qu’on est noirs dans la vie.
Technikart : Il y a aussi un coté très sensuel à de nombreux morceaux ?
Maud : Ca, c’est moi. (Rires)
Technikart : Comment peut-on qualifier votre album ? On entend tantôt que c’est « électro classique », tantôt techno minimale, new wave.
Maud : Oui, en fait, c’est une sorte de mélanges de pleins de choses que l’on écoute et ensuite passées à notre sauce. C’est assez difficile à décrire. On écoute aussi bien du rock que de la techno minimale ou de l’electronica. On écoute vraiment toutes sortes de musiques et après il y a ce qu’il en ressort une fois passé à notre moulinette. De toute façon, ça part de quelque chose d’électronique, avec des instruments électroniques. Il n’y a pas de batterie, pas d’instruments autres que des synthés virtuels, des sons de logiciels. Enfin, c’est vraiment de l’électronique avec juste des voix et des guitares sur quelques titres. Ca définit le fond, c’est électro avec pleins d’influences variées.
Technikart : Quel titre de l’album vous tient le plus à cœur ?
Maud : Moi c’est Like you Said et Seb c’est Silence.
Technikart : Depuis la sortie de l’album, vous êtes constamment occupés. En plus il y a une tournée.
Maud : En fait on tourne tous les week-ends. On revient tout juste de Belgique, on part bientôt en Pologne. C’est assez harassant. On a plein de boulot la semaine parce qu’on prépare le live, et différents projets de concerts, dont un à la Géode fin avril. Il faut mixer les images et le son, on a plein de trucs à préparer et à mettre en place.
Technikart : Vous êtes passés, le temps de votre premier album, chez Warner, comment s’est passée la collaboration avec une major ?
Maud : Les journalistes ont écrit que ça s’était mal passé. C’est un peu un truc de journaliste. Tu leur racontes des événements et ensuite c’est déformé. Ca ne s’est pas du tout mal passé. C’est juste qu’on estime que l’on n’avait pas grand-chose à faire dans une grosse structure comme ça. C’est marrant comment les gens écrivent ça, cela devient tout de suite très exagéré avec le Bien, le Mal, la major … Mais ce n’était pas si dramatique, c’est juste qu’ils ont beau avoir les finances, un fric assez important, ce n’est pas forcément la manière dont nous on aurait fait les choses financièrement. Donc au bout d’un moment on s’est dit qu’il était certainement plus logique pour nous de travailler avec des personnes dans des structures plus indépendantes où on peut garder toute notre liberté et avec des gens avec qui, au sein des maisons de disque ou des distributeurs, on pouvait parler de choses communes. Parce que ce ne sont pas des gens qui aiment Madonna, des gros trucs de R’n’b et en même temps des petits trucs électroniques. Ca nous correspondait mieux d’aller dans un label indépendant comme Kompakt et Nocturne. Mais le pire c’est que ça ne s’est pas particulièrement mal passé en Major. On s’est simplement retrouvé dans une économie qui n’était pas appropriée à ce qu’on faisait et ce qu’on souhaitait. On avait l’impression de parler chinois : quand on demandait de l’argent pour sortir un maxi avec des bons remixeurs, il fallait vraiment s’expliquer car pour eux ce n’était pas des priorités. C’était plus intéressant pour eux de faire des featuring avec quelqu’un de très connu. On était beaucoup plus underground que ce à quoi ils s’attendaient.
Technikart : Donc Time est un peu l’album de votre liberté artistique retrouvée ?
Maud : C’est compliqué. Parce que sur le premier album on a été très libres aussi. On a bénéficié de toute notre liberté au niveau de la création. C’est après, dans la manière de vendre les choses, que la major commence à acheter des pages de pub et tout ça. Ce n’est pas forcément ce dont on avait envie. Là, on a été libre de la même manière à la création et pour la suite, on ne se sent pas embarqué dans une grosse mécanique. Tout est à la hauteur de ce qu’on a envie de faire.
Technikart : Vous venez également d’achever la B.O d’un futur long métrage, Broken English, vous élargissez vos domaines d’activités ?
Maud : C’est une envie que l’on avait depuis pas mal de temps. On a fait déjà pas mal de choses sur vidéo, sur de l’image. On a aussi fait des B.O de films muets surréalistes des années 30. On en tourne régulièrement comme il y a peu en Pologne. On va également tourner sur un festival de cinéma là-bas. On balance le son en direct dans des salles, sur du cinéma muet, c’est comme des concerts de cinéma. Le long métrage était donc logiquement une envie qui suivait et qui a pu se réaliser par le biais d’une rencontre qui a abouti à cette création.
Entretien Sébastien Tronche
http://www.myspace.com/scratchmassivegroup










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