LCD Soundsystem
«Sound of Silver» / (DFA/Labels).
Electro. Puisqu’il était très à la mode il y a quatre ans, on pouvait craindre que le soufflé James Murphy ne se dégonfle piteusement — comme pour l’arnaque Miss Dynamite. Parviendrait-il à survivre à la hype ? Avec «Sound of Silver», on a la réponse: oui. Ce deuxième album est largement aussi puissant que le premier. Et Murphy s’impose comme le meilleur artiste apparu dans les années 2000, avec Conor Oberst (Bright Eyes) et quelques autres. En 2001, année du retour du rock marquée par l'impeccable premùier album des Strokes, James Murphy entre dans sa trentaine en produisant «House of Jealous Lovers», le seul titre valable des Rapture. The Juan McLean, Le Tigre, Radio 4, Metro Area, Fishespooner ou Automato passent ensuite par le studio de Murphy. Son idée ? Ne pas se contenter d’une relecture du rock. Le pousser vers autre chose, comme Silver Apples en 1968, Jean-Yves Labat au début des 70's, Fad Gadget en 1979, Taxi Girl en 1984, KLF en 1990, etc. SUCCÈS COMMERCIAL. «C’est en copiant qu’on invente», affirmait Paul Valery. D'accord, mais quoi et comment copier ? Murphy a trouvé la formule magique.
Se pencher sur le passé.
Du rock, oui, mais imbibée d’ecstas, gavé d’électro. James lance son propre projet, LCD Soundsystem, en 2002, avec la bombe «Losing my Edge» — où il continue le boulot qu’a ébauché The Fall avec «The Infotainment Scan». L’album suit en 2005. Il y a le tube «Daft Punk Is Playing in my House», où James cite ses influences dans le titre. D’autres artistes guident spirituellement ses manettes, en premier chef Brian Eno (Great Release» sonne comme un cousin 2005 de «Burning Airlines»). Acclamé par les médias, honoré de deux nominations aux Grammy Awards, LCD Soundsystem connaît en plus le succès commercial (album et singles classés dans les charts). Murphy pionce-t-il depuis deux ans sur ses lauriers ? Non. Il a remixé Hot Chip, Tiga, Justin Timberlake. A enregistré un morceau de trois quarts d’heure pour Nike (histoire de dépasser le «Yoo Doo Right» de Can). Et a sérieusement bossé sur le second LCD Soundsystem. Même tactique: se pencher sur le passé (PIL, Tom Tom Club, Factory Records…) et y appliquer un traitement novateur.
Nouvelle tendance.
Concrètement, «Sound of Silver», c’est le «Stranded» de Roxy Music, traité house à la Daft Punk, pour un résultat 100% LCD Soundsystem. C’est le «Station to Station» de Bowie (funk blanche surcokée), joué comme un «Fear of Music» 2007. Du krautfunk. D’ailleurs, quelle était l’idée des krautrockeurs originels, comme Can, Neu! et Faust ? Imprégnés des cours de Stockhausen, ils ont prolongé le «White Light/White Heat» du Velvet vers quelque chose de plus tribal ou électronique. C’est la grande et passionnante tendance de l’année: poursuivre les expériences krautrock en les trempant dans le chaudron électro. Il y a eu l’album de Joakim, il y aura celui de Turzi et, aujourd'hui, «Sound of Silver», une déflagration physique et cérébrale. Absurde et grande. Pour finir avec Paul Valery: «L’homme est absurde par ce qu’il cherche, grand par ce qu’il trouve.» Benoît Sabatier










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