Ses ennemis –au nombre incalculable- le surnomment « pig face», tronche de porc en français dans le texte. A 28 ans, Perez Hilton est une des personnalités les plus en vue de la planète Hollywood et, d’un strict point de vue physionomique, il est vrai qu’il fait penser à une sorte de mélange improbable entre Bret Easton Ellis et le père Dodu. Mais, même au pays du corporellement correct, sa dégaine de chérubin empâté et ses joues rose comme du jambon ne suffisent pas à expliquer la détestation dont il est l’objet. Si la plupart des stars américaines rêvent de lui balancer leur café Starbuck bouillant en pleine tronche, c’est que Perez Hilton publie quotidiennement sur son blog leur secrets les plus inavouables, avec une absence quasi totale de retenue. Addiction à l’alcool et à la coke, problèmes de poids, fréquentation de secte, démêlés conjugaux, gamelles professionnelles sont ses sujets de prédilection. Extrait de la prose hiltonienne : «L’actrice occasionnelle Tara Reid a atterri aujourd’hui à l’aéroport de Brisbane, en Australie, où elle doit réaliser une série de films publicitaires. A-t-elle été engagée comme nouvelle égérie par une marque de médicaments contre l’herpès ?» Sympa.
Un disciple malgré lui du philosophe Jacques Derrida.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, les textes acides du blogger sont accompagnés de photos sur lesquelles Perez rajoute des inscriptions blanches (du sperme au coin des lèvres, de la poudre au bord du nez, du pipi entre les jambes...), acte rituel qui semble avoir pour objectif de souiller une réalité iconique trop parfaite. Tout cela aurait pu en rester au stade du simple prurit éditorial (ou de la performance arty, au choix) si le blog de ce fils d’immigrés cubain n’attirait certains jours jusqu’à quatre millions de visiteurs uniques. A tel point que la chaîne VH1 a classé Perez Hilton parmi les 40 superstars d’Internet et que MTV l’a convié comme invité d’honneur dans son émission diffusée en direct le soir du nouvel an. Reconnaissante, l’industrie du spectacle remercie à sa juste valeur celui qui lui botte si énergiquement le derrière : «Je n’ai jamais cru au concept de célébrité. Je suis pour déconstruire cette notion. C’est une forme de mirage que nous avons créé collectivement et qui n’existe que si les gens y adhèrent. Ce que j’essaie de montrer sur mon site, c’est que les célébrités sont juste des gens comme nous», explique Perez Hilton, qui passerait presque pour un disciple malgré lui du philosophe Jacques Derrida. Alors que Warhol prédisait à chacun son quart d’heure de célébrité, Perez semble vouloir offrir à tous les drogués de la notoriété une ration d’anti-gloire.

Mi-gangster, mi-tata
Mais, en réalité, ses motivations ne sont pas si cristallines qu’il veut bien le dire. Acteur raté dont la plus grosse performance reste une courte apparition dans un épisode des Sopranos, Perez a vite compris que son salut ne viendrait pas du grand écran. En 2004, après s’être formé au journalisme dans des publications gays, celui que l’état civil connaît sous le nom de Mario Armando Lavandeira Jr emprunte le nom de sa star favorite (Paris Hilton) et lance un blog entièrement dédiés aux potins. Ce hold-up patronymique est le premier coup de génie de notre gay chroniqueur qui se construit un personnage flamboyant à coup de combinaisons moulantes rose fushia, de khôl autour des yeux et de surnoms poétiques (the gangsta gossip, the queen of all media). Avec un sens évident de la mise en scène et de l’outrance, Perez, mi-gangster, mi-tata, réussit à se placer à côté des stars sur les photos et à se rapprocher de son idole Paris Hilton. «Entre nous, c’est quelque chose d’organique», s’amuse le blogger sans pitié, dont les textes deviennent étonnamment guimauves dès qu’ils évoquent l’héritière. Grâce à cette carte de visite blonde platine, Perez Hilton s’introduit dans les soirées les plus privées et, au plus fort de la fête, il lui arrive parfois de bisouiller goulument ses futures victimes. Le lendemain, quand les célébrités se réveillent avec un gros mal au crâne et des traces de bave séchée sur la joue, il est déjà en train de tapoter sur son clavier. Depuis son QG de West Hollywood, Perez balance sur son blog les derniers bruits de chiotte qui sont parvenus à ses oreilles. «Je me trompe rarement. Les conneries que j’ai écrites en deux ans se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est quand même pas mal !» Effectivement. Si on lui doit notamment d’avoir rendu accessible au grand public la «sex-tape» de Collin Farrel ou bien d’avoir publié les premières photos de Brad Pitt et son bébé, Perez s’est surtout spécialisé ces derniers temps dans le outing de célébrités. Homo déclaré, il a mené récemment une campagne hystérique pour expliquer au monde incrédule que le héros de Prison Break adorait ramasser la savonnette. «Certaines personnes pensent de manière débile que le fait d’être gay peut nuire à leur carrière. Moi, je ne suis pas du tout d’accord avec ça», argumente notre chantre de la transparence absolue. Perez est-il une sorte de Mac Carthy de la braguette ou bien un kamikaze de la cause gay ? A ce propos, les avis divergent. «Ce genre de personne se réclame de la contre-culture, explique le reporter people Eric Dahan, mais c’est de la contre-culture de concierge. Ceux qui publient des révélations sur la sexualité ou la religion des gens assimilent leur travail à de l’information mais, personnellement, je ne vois pas la différence avec la presse d’extrême droite. Il y a dans cette volonté de tout dire quelque chose de profondément totalitaire. C’est pour ça que je milite maintenant pour la culture du secret.» Didier Lestrade, figure historique d’Act-up, voit les choses différemment : «Moi, je trouve ça très bien. Aujourd’hui, si les homosexuels se cachent, ce n'est pas pour préserver leur vie privée, mais par lâcheté et déni. Pratiquer l’outing est donc une forme de courage.»

Génial et fou à la fois
Si l’œuvre de Perez Hilton pose incontestablement des problèmes éthiques (et juridique), c’est en premier lieu la prouesse technologique qui laisse rêveur. Comment un type, équipé de deux jambes et d’une simple connexion haut débit, réussit-il à balayer toute la planète people avec l’efficacité du réseau Echelon et à griller les armées de paparazzis sur leur propre terrain ? «C’est simple, nous explique François Navarre, patron de l’agence de presse américaine X17, Perez Hilton est un génie de l’Internet doublé d’un voleur. Sans qu’on sache comment, il arrive à piquer dans nos serveurs les scoops et les photos avant qu’on ait pu les transmettre aux magazines people. Ca casse complètement notre business. Jusqu’à aujourd’hui, il nous a déjà subtilisé une centaine de clichés pour un coût évalué à 10 millions de dollars. En plus, il se fait de l’argent sur notre dos car son site lui rapporte environ 100.000 dollars en publicité chaque mois.» Après avoir tenté de trouver un accord à l’amiable, l’agence X17 a décidé de poursuivre Perez Hilton devant le tribunal fédéral de Californie, lui réclamant la somme rondelette de 7,6 millions de dollars. «Microsoft est venu chez nous pour tenter de comprendre son mode opératoire, sans succès. Perez est génial et fou à la fois, poursuit François Navarre. A une époque, on pensait même l’embaucher à l’agence. Malheureusement, on n’en est plus là. Nos avocats vont se charger de le faire disparaître de la toile. Peux être que son rêve est de devenir le martyr des blogs, de finir crucifié à son clavier.» En tout cas, Perez, qui ne semble pas déterminé à prendre un avocat, semble croire à la dimension céleste de sa mission. «Les gens me perçoivent comme quelqu’un de haineux, mais mon truc, c’est l’amour,» affirme celui qui croule sous les insultes et les menaces de mort. Le monde est décidemment trop injuste…
Nicolas Santolaria










Vos commentaires
1. Jules à posté mardi 17 avril 2007
2. phedre à posté dimanche 7 octobre 2007
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