Vendredi 14 avril 2006. 16H25.
Nous survolons les Pyrénées. Le vol est direct, il y a seulement dix passagers dans l’appareil. Les deux hôtesses de l’air - une blonde, une brune - sont ravissantes mais très mal fagotées dans leurs uniformes d’Iberia ; elles se ressemblent, on dirait deux soeurs. On a quitté l’appartement à 13H00 ; Andrea dormait toujours, il s’est extirpé du lit pour nous dire au revoir depuis le balcon, alors qu’on mettait les bagages dans le coffre de la voiture. Hier soir on est resté un long moment sur son balcon à fumer des joints en discutant. C’est là qu’Andrea m’a expliqué pourquoi il voulait arrêter ce métier. Terri est une fille dure, elle encaisse, mais là, avec le bébé, c’est too much, il n’en peut plus. Peur des saloperies aussi, de l’hépatite. C’est là qu’il m’a dit qu’être hardeur c’est comme être soldat. La fameuse métaphore guerrière que j’avais utilisé sur les filles. Andrea va à la guerre. Et à chaque fois qu’il part au combat il s’efforce d’en rapporter le plus possible de médailles. Mais c’est pas compatible avec l’amour, la vie de couple. Phil faisait de la X-BOX dans la chambre. Andrea est allé embrasser Terri. Après on est sorti bouffer et ils sont restés. A la rigueur j’aurais pu me faire un plan call-girl, mais bon, c’est pas très sérieux. Avec Phil on était chauds pour ça, mais finalement on est juste allé manger un morceau au restau d’à côté ; Terri et Andrea sont restés à pantoufler - on lui a ramené une pizza. Ils habitent un appartement qui donne sur la mer, avec une piscine dans la résidence ; c’est tranquille. Quand Terri aura son bébé, ils iront vivre à Valence. Terri m’a filé l’adresse e-mail de Taylor Rain ; figurez-vous qu’elle a arrêté de jouer, qu’elle s’est mariée et se consacre à produire et réaliser. Et elle cherche des réalisateurs. C’est une petite annonce que Taylor avait mis sur un site, et que Terri a vu. Je peux la contacter de sa part ; elles ne se sont jamais rencontré, mais Terri est very famous outre-atlantique. Taylor c’est mon phare dans la brume. Phil connaît à Prague un club où tu niques des nanas avec des caméras de videosurveillance partout et les images sont diffusées sur le net. Quant tu entres, tu signes une décharge autorisant la diffusion de ton image sur le net. Les hôtesses sont sous contrat, du coup tu ne les paies pas ; tu paies ton entrée dans la boite, tu mates les filles qui se présentent ; tu choisis ta dulcinée et tu vas niquer dans une piaule. J’imagine que quand tu vas sur le site - payant forcément - tu peux zapper d’une chambre à l’autre. Terri m’expliquait qu’une fois il est arrivé à une fille de faire escort, elle ne devait faire que du lesbien avec une autre nana. 5000€ chacune. La seconde fille devait se taper le mec pendant qu’elle se masturbait. Il les a emmenées faire du shopping l’après-midi, puis diner dans un grand restaurant où les menus des filles ne comportaient pas les prix, puis la soirée dans une suite d’hôtel. Le client avait trop bu ; il a planté le truc au beau milieu. Elles se sont donc faites offrir des fringues et inviter au restau pour 5000 € chacune. Le mec était un dignitaire Africain ; probablement que l’argent venait des caisses de son pays et qu’il aurait pu servir à nourrir un village, ou à construire une école. L’argent rend dingue, c’est clair.
La fille vomit.
Quand ils étaient aux Etats-Unis, Andrea et Terri s’en sont mis plein les fouilles. Mais à quel prix ? Tiffany y était au même moment et Andrea l’a vue en larmes après une journée à se faire enfiler par des black. 1000 € la scène, si tu mets de côté, c’est bien ; mais si tu claques tout, il ne te reste plus que les yeux pour pleurer. Même Andrea a fini par être dégoûté - et moi aussi quand ils nous a raconté le truc - un film de Melissa Lauren - une Française partie là-bas pour faire des trucs de barge - ; elle oblige une fille à s’enfoncer la bite d’Andrea au fond du gosier, la fille vomit, puis Andrea l’encule en lui mettant le vomi dans la gueule et dans le cul. Berk. Melissa Lauren est givrée ; Audrey Hollander peut aller se rhabiller avec sa batte de baseball. En attendant c’est vraiment pas mon truc tout ça. Le porno ressemble parfois à un bizness dégradant qui capte un public avide d’abjections - et non de sensations. Qui sont ces gens qui font ce bizness ? Selon Terri, des gens différents du reste de la population. C’est sa conviction : qu’il faut être différent des autres pour faire ce métier. Elle a probablement raison. Sur un coup de tête, je me suis fait tatouer. On déjeunait, comme ça, tranquilles, hier midi. Tout est fermé à Ibiza parce que c’est férié - Pâques je crois. Et j’ai lâché comme ça, à Andrea : dis donc, tu crois que je pourrais me faire faire un tatouage aujourd’hui ? On n’avait rien à foutre, si ce n’est glander et faire quelques plans en voiture. Andrea a tout de suite appelé son pote (un oncle de Terri) qui tient une boutique de tatouage, et hop c’était réglé. J’ai laissé le mec faire un free-style sur mon épaule avec le mot CHAOS incrusté dedans. Parce qu’un tournage porno c’est du chaos. Et c’est à moi de mettre de l’ordre dans ce chaos. Avec ma caméra. Avec ma tête. Avec mes tripes. Mais filmer une scène de cul n’est intéressant que si elle raconte quelque chose, si elle s’inscrit dans une histoire, exprime des sentiments, témoigne d’une relation entre des personnages. Le gonzo n’apporte rien de cet ordre. Le gonzo est un sous-genre, je ne sais même pas s’il s’agit de cinéma - plutôt de snuff movie. Le snuff movie existe, je viens d’en faire. Sauf que j’ai triché en simulant de vagues situations, ce qui n’a aucun sens et ne me servira qu’à faire un peu de plus de minutage et créer des transitions entre les scènes hard. J’aurais très bien pu démarrer chaque scène par une interview des protagonistes, un peu de pénetrations au gode histoire de préparer la fille, et voilà. Mais j’en suis incapable. Je ne me vois tout simplement pas faire ça, désolé. C’est dommage parce qu’à la base, c’est moi qui voulait en faire, du gonzo. Je pensais que le sexe brut était la clef ; mais en fait non. C’est l’investissement émotionnel de la scène. Voilà ce qui crée la magie.
Jack Tyler










Vos commentaires
1. Jojo Le Hard à posté jeudi 5 avril 2007
2. dadou à posté mercredi 18 avril 2007
3. the invisible touch à posté jeudi 26 avril 2007
4. jack à posté samedi 14 juillet 2007
5. JUNIOR à posté jeudi 29 novembre 2007
6. REAGAN à posté vendredi 30 novembre 2007
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