Jeudi 13 avril 2006 - 09H38
Voilà, c’est fini, tout le monde est parti. Phil et moi sommes restés seuls dans la maison cette nuit. Nous avons ramené Sara et Sireli (the last girls) à l’aéroport. Bonne galoche entre Phil et Sara que j’ai filmé. C’est curieux, je n’éprouve aucunement le spleen d’après tournage, comme lorsque je m’étais effondré dans ma chambre de l’Ibis Hotel après les Canaries. Juste le soulagement que ce soit terminé et de pouvoir rentrer chez moi. La curiosité aussi de voir les rushes - surtout que j’ai très souvent shooté quasi à l’aveuglette à cause du putain de soleil -, et une certaine fébrilité à la perspective d’entamer le montage. J’ai très très peur pour l’érotique, je ne sais vraiment pas ce que je vais bien pouvoir construire. Ce sera tellement inégal, avec parfois des risques insensés au niveau du cadre et de la lumière, mais bon, j’userai de ralentis, de filtres. L’érotique, y’a pas à chier, il faut des meufs super canon, de beaux décors, du stylisme chiadé, sinon ça ne tient pas la route. L’idéal, comme le disait Eric, c’est de partir à Prague ou à Budapest et de passer deux jours à faire du casting.
Tu sélectionnes les filles, et après tu tournes. Mais au moins tu les vois, tu sais ce qu’elles dégagent, tu peux construire quelque chose. Le casting à distance c’est la merde. Et moi, sans belles filles, je suis bon à rien. Le hard c’est différent : quand une fille est pas terrible, tu mises sur la violence de la scène, le côté outré. Le hard, je ne pense pas l’avoir trop mal réussi dans l’ensemble. La scène de viol d’hier, j’en suis content. J’ai fait ça dehors, et le temps changeait tout le temps, du coup y’aura mes réglages de diaph en direct, ce qui rajoutera au côté reportage. Le viol n’est pas annoncé comme je comptais le faire, mais c’est à la fin que le truc se dévoile : la petite Sara se pointe et dit : « Ola cabrones ! Come esta ? » et elle branle Phil qui jouit sur le visage de Sireli. En fait, elle s’était pointée pendant qu’on tournait, et je l’avais vu arriver, alors je l’ai integré vite fait bien fait, ça l’a amusé. Sara, ce qui la fait kiffer, c’est de regarder la caméra. Bref, on comprend à la fin de la scène que tout le monde est copain, qu’il s’agissait d’un petit jeu sexuel. Cette fin de séquence sera marrante et pourrait bien clore un des deux gonzo ; on aperçoit même Terri qui débarque pour faire une photo.
Sa batte de baseball dans le cul
Eric était parti - il s’est même démerdé pour louper son vol, il a dû prendre celui d’après -, alors c’est Terri qui a fait les photos de la journée. J’ai fait un girl/girl avec les deux filles, Sara était en SM, ça a bien marché. Bon sang, elle a une putain de petite gueule cette fille. Et elle est sympa. Avec Phil le courant est très bien passé, elle lui tournait autour, comme Angie en début de semaine. Phil plait aux nanas, mais il ne consomme pas sur les tournages - ça relèverait pour lui de la faute professionnelle. Son problème est ailleurs : Phil se doit de baiser toutes les filles qui passent à sa portée, chez lui c’est maladif, et malheureusement le porno ne résoud rien, parce que tu ne les niques pas vraiment.
Le porno c’est de la fausse nique, comme me l’auront confirmé aussi la plupart des nanas. Salma a du prendre son pied deux fois depuis qu’elle fait ce métier. La motivation des mecs, c’est de se taper des canons, des filles qu’ils auraient peu de chance de baiser dans leur vie privée. Mais hardeur est un vrai métier. Les nanas se motivent autrement : le rapport à la caméra (comme Salma ou Sara), l’argent comme les Hongroises en général, la performance sexuelle comme Anastasia. Les filles ne sont pas là pour jouir ; il leur faut être relaxée totalement pour avoir un orgasme ; et sur un tournage cette détente est impossible : trop de contraintes, de stress, de gens autour. Enfin, pas trop sur mes tournages, certes, mais bon, les conditions ne sont tout de même pas réunies. Sans doute que si on droguait systématiquement les nanas, elles se détendraient suffisamment pour grimper aux rideaux - comme Audrey Hollander et sa batte de baseball dans le cul. C’est probablement ce que font les pires salauds de ce métier - avec des idiotes consentantes. Et on en vient aux dilatations anales, aux fist-fuck, aux doubles vaginales et à toute cette merde. Cela dit, peut-être que ça représente un fantasme féminin que de se faire déchirer. Les Américaines font ça très bien ; Phil veut absolument que je l’y emmène si par miracle j’avais l’opportunité d’aller y bosser - ce qui fait partie de mes objectifs.
Des tâcherons sans ambition
Le porno n’est pas assumé en France, et ça me gave. Le pire c’est que ce statu quo satisfait tout le monde : ça permet aux réalisateurs de rester des tâcherons sans ambition et aux producteurs des gagne-petits en continuant à fabriquer des produits ineptes, datés, sans aucune recherche. Quant aux hardeuses, elles peuvent continuer à prendre de la coke, à râler quand on leur demande un peu de comédie, et à se faire payer à la scène et non pas à la journée comme n’importe quelle comédienne. Mais apparemment, dans l’esprit des gens, ceux qui sont dans ce métier comme ceux qui n’en font pas partie, porno et ambition artistique n’ont rien à faire ensemble.
Phil pense que je me gourre sur le fameux public féminin - celui auquel j’aimerais m’adresser, que j’aimerais séduire. C’est selon lui un fantasme. Il pense que les filles ne s’intéressent pas à la représentation de la sexualité ; les filles sont ailleurs, elles rêvent de princes charmants. En revanche, ça n’empêche absolument pas de tirer le porno vers le haut, de raconter des histoires qui tiennent la route, avec des comédiens justes, et de dessiner une représentation de la sexualité contemporaine. C’est là-dedans qu’il veut travailler, comme moi. On s’entend très bien ; Phil se lance dans la réalisation et c’est tant mieux. On lui a souvent proposé de réaliser du gonzo, mais il a toujours refusé. Son cheval de bataille, c’est d’arriver à changer l’image du porno en France, en faisant de vrais films. Il est convaincu que quelque chose est en train de se passer, que tous les médiocres disparaitront. Je suis loin d’être de son avis ; je pense au contraire que nous défendons un bastion bien isolé et qu’ils sont nombreux les gens à souhaiter que l’on dégage - en ce qui me concerne en tout cas. Mais le porno ne sauve pas Phil ; je pense qu’il se lassera peu à peu d’être comédien.
En tout cas être hardeur n’a pas arrangé son problème. Dès lors qu’il possède une fille, qu’il a obtenu ce qu’il voulait - la draguer, la séduire, la niquer -, il ne s’intéresse plus à elle. Ce doit être horrible. Déjà lors de « Propriété privée » il m’avait parlé de ça. Il dit qu’à trente-cinq ans s’il n’a pas changé il fera une analyse. Je ne lui ai pas dit ce que je pensais des psys ; j’espère qu’il s’en sortira sans. Quant à ce que moi je suis venu chercher ici, je n’en sais rien. De l’émotion, mais j’en ai eu mucho moins que sur « Eloge ». L’histoire reste pour moi essentielle, incontournable ; c’est par elle que je m’investis dans des personnages, que je fais naitre de l’émotion, que je me jette dans la mise en scène. Ici j’ai enregistré des ébats. Alors parfois, grâce au visage d’une fille, à la lumière, à certains cadrages, à l’énergie dégagée par les filles et les mecs, j’arrive à ressentir quelque chose, mais dans l’ensemble non. Que retiendrai-je ? Le visage de Sara ? La masturbation d’Elly ? Les prouesses d’Anastasia ? Pas grand chose finalement. Ce qui me laisse aujourd’hui dans un état de sérennité étonnant. Je n’ai pas été le moins du monde perturbé par ce que j’ai filmé ici. Le gonzo est pour moi bien plus inoffensif qu’un vrai film - encore un paradoxe. Ce qui revient à dire que le sexe dans le porno n’est pas réel - or c’est la vérité de l’acte sexuel que je traque depuis le commencement, et cette vérité je ne peux finalement l’atteindre qu’en en donnant une interprétation via une histoire et des relations entre des personnages, via la mise en scène.
Cet état de fait, j’ai parfois réussi à l’intégrer dans le filmage. Grâce notamment à tous ces putains de regard caméra que les filles m’ont balancé ouvertement pendant les scènes - Salma, Sara. Grâce au côté reportage quand je laissais tourner la caméra pendant les changements de positions ou l’enfilage des capotes, ou quand les mecs se branlent pour redurcir. Donc inutile de fantasmer sur l’orgasme féminin - à moins de charger les actrices en substances euphorisantes. Ou alors dans le cas d’une masturbation : une fille, une chambre d’hôtel, moi. Là ça peut se produire, comme ça s’est passé avec Elly. Mais lors d’une scène, c’est très rare, et je pense impossible à obtenir volontairement ; c’est toujours le fruit de circonstances favorables et imprévisibles : une fille disponible, un garçon qui lui plait, le courant qui passe, une caméra discrète. Dès qu’il y a technique, ça se barre en couilles. La fille ne fait pas monter son plaisir. Voilà pourquoi elles basculent leur attention sur la caméra - Sara -, ou sur leur propre prestation - Anastasia - ; du pur narcissime féminin.
Il est moche, stupide et pauvre
Phil va loin dans la critique des femmes - et il n’a pas tort - ; selon lui il n’y a rien de pire qu’une belle fille qui se plaint. Elle mériterait des baffes. Pour lui, être belle est un cadeau du ciel, et les jolies filles devraient témoigner une reconnaissance de chaque instant et en contrepartie accepter d’être un objet de désir pour les mecs, de se faire draguer. Celles qui se lamentent de se faire brancher méritent le mépris. Alors les jolies filles qui se lancent dans la porno, on devrait les bénir : elles nous offrent leur beauté. Et toute cette violence physique à l’encontre des nanas dans le gonzo outrancier, notamment américain, ça sert à compenser la frustration des mecs ; par procuration, les hardeurs font aux filles ce que le frustré de base aimerait lui faire : la dérouiller parce qu’il ne pourra jamais la baiser ; elle se refusera à lui parce qu’il est moche, stupide et pauvre. Les hommes se servent du porno pour se venger des femmes. La question étant : était-ce sa fonction première, de permettre aux hommes de prendre leur revanche, ou bien le porno a t-il été détourné ? A moins d’être beau comme un Dieu et milliardaire, on ne peut pas mettre qui on veut dans son lit. Le porno est un champ de bataille, un espace où se livre le plus âpre des combats entre les deux sexes. Le porno parle de domination, de contrôle, de guerre. Ce combat, j’en fais partie à ma manière, un peu comme le Joker de « Full Metal Jacket » : je reconnais la connerie et la bassesse inhérentes à tout ça, mais je ne peux rien y faire - au pire je trahirais mon propre camp. Sara, je m’amusais à l’appeler mucha bella, ce qui agaçait Andrea - une atteinte à sa langue.
Mais bon, c’est ce qu’elle m’inspirait : mucha bella. Bientôt le propriétaire de la maison viendra faire le tour des lieux - impeccables - et me rendre la caution. Le mec est plutôt sympa, la soixantaine, professeur d’Art allemand installé sur l’île. La maison est pleine de bouquins d’Art. Ensuite nous rejoindrons Terri et Andrea chez eux - ils nous hébergent jusqu’à demain. Je pense qu’avec Phil nous irons nous balader. Il serait bon que je prenne quelques images d’Ibiza, histoire de justifier le déplacement - même si on a fait des scènes à la plage. Je connais les producteurs : ils veulent voir où est allé leur argent, ça ne va pas plus loin que ça. Avant, je ferai les comptes avec Terri. Je ne sais pas du tout où j’en suis. J’ai dépassé un peu je crois. Mais bon, j’ai abandonné l’espoir de gagner correctement ma vie dans le cul - ou alors il faudrait enchainer les gros films. Vivement l’hiver prochain que je rebosse pour Max - faire le film sur le rock qui me tient tant à coeur mais qu’il faut que j’écrive - ; et avant ça peut-être « le démon » avec Colmax, mais pour ça faudra qu’ils lâchent un peu de blé - et pas question que je produise moi et que je me fasse payer des clopinettes. « Le démon » a l’aval d’Henri, si Colmax ne se lance pas, je le proposerai à Max, et roule ma poule. Mais avant ça, finir ces quatre films. Putain, comment je vais faire pour la musique ? Il va m’en falloir des tartines, et j’en ai marre de réutiliser toujours les même trucs. Je ne les ai pas compté, mais sur ce tournage on a du consommer une quarantaine de capotes. Voilà un truc que je ne m’explique pas : pourquoi les films porno ne sont-ils pas sponsorisés par des marques de préservatifs ? Ce métier c’est vraiment n’importe quoi. Même les marques de lingerie, elles devraient participer. Et à terme on ferait niquer des mannequins, des stars de cinéma et on sortirait les films en salles. Saviez-vous qu’en France le taux d’imposition du porno se monte à 66% ? Même Julien Le Pers ne doit pas être au courant. Et après ça étonnez-vous qu’on enfonce des battes de baseball dans le cul des filles.
Jack Tyler










Vos commentaires
1. zcommezappa à posté mercredi 14 février 2007
2. gilemon à posté lundi 26 février 2007
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