Mercredi 12 avril 2006. 11H44.
Dernier jour de tournage. Le plus difficile est de rester motivé - ce que j’ai fait hier soir ressemblait à une apothéose. Rester motivé avec que du soft à faire, c’est difficile. Surtout que l’érotique est beaucoup plus difficile à réussir que le hard ; l’érotique ne souffre aucun défaut ; il est indispensable d’avoir des filles canon (ce qu’elles ne sont pas toutes sur ce tournage), un beau décor, du stylisme chiadé, un peu de lumière. Ça ne suffit pas de mettre une fille dans une salle de bain et de la faire se déshabiller en regardant la caméra, oh que non. Mais les producteurs ne comprennent pas ça. L’érotique et le porno sont deux choses différentes, j’en suis sûr. C’est pour ça que je ne suis pas très satisfait de ce que j’ai fait en érotique, à part avec quelques filles - Elly par exemple, ou Anastasia. Mais j’en ai fait tellement aussi, de l’érotique, que je suis un peu blasé.
J'opte pour le viol.
Ce que j’ai fait ici n’apportera rien de bien nouveau par rapport à ce que j’ai pu faire avant, si ce n’est que j’ai eu moins de moyens, des filles moins glamour, et nada en stylisme. Les meufs, elles ramènent trois robes pourries et basta. Même pas de lingerie, ni de dentelle, que dalle. Qu’est-ce que vous voulez faire avec ça ? En plus le soft est bien moins payé que le hard, alors ça complique tout. Imaginez-vous que Sireli, à qui je vais faire faire une anale, parce que j’ai besoin de ça pour me motiver - Sireli est trop naze à filmer, et je me dégoûte d’avoir ce genre de pensée, mais il faut que j’avance -, et bien elle aura gagné sur ce tournage plus d’argent qu’Anastasia qui est une super comédienne et m’a gratifié d’une scène d’anthologie. Alors que Sireli… Trop naze cette fille. Et puis elle parle pas un mot d’anglais, alors pour créer une situation, faut s’accrocher. Donc j’opte pour le viol. J’ai dit à Terri que je n’avais pas réussi à trouver une batte de baseball au village d’â côté (allusion à Otto Bauer et sa meuf qui se met tout et n’importe quoi dans le cul), mais Sireli aura droit à une bite dans le cul - celle de Phil. Ce qui fait qu’au bout du compte elle touchera plus d’argent qu’Anastasia. Vous imaginez ? Sireli est toute naze, c’est une débutante, elle bouge mal, elle est pas sexy, elle a rien pour elle, et sous prétexte qu’elle se fait enculer elle prend plus d’argent qu’une super bombasse comme Anastasia qui fait des scènes qui dépotent grave. Je ne comprends pas. C’est n’importe quoi. Donc Sireli va se faire violer par Phil. Je tournerai une petite explication avant la scène, comme ça les gens sauront que c’est pas pour du vrai - si besoin était de le préciser.
Le degré zéro de l'intelligence.
Tout à l’heure j’étais retourné en ville (au village en fait) avec Sara - comme hier matin -, nous avons fait quelques courses au supermarché, puis pris un verre ; Sara est gentille - même si nous n’échangeons pas un mot. Avant ça nous avions déposé Elly au taxi qui la reconduirait à l’aéroport. Je pense qu’elle a bien apprécié de travailler pour moi, mais je sais aussi que ces filles font tout pour se vendre, alors faire la causette avec le réalisateur, c’est le minimum. Mais bon, elle m’aura permis de filmer un vrai orgasme. Le problème de ce métier, c’est aussi la façon dont on rétribue les filles : elles sont payées à la scène, et non en fonction du travail qu’on leur demande, ou de leur côte. C’est comme si on payait Depardieu au même tarif qu’un débutant - cela dit, quelle idée d’aller engager Depardieu. C’est con. Les filles devraient être payées à la journée et non pas à la scène ; tout ce qu’elles auraient à faire serait précisé et tarifé et on arriverait à un forfait journalier, sans mettre d’échelle de valeur selon la prestation - sexuelle, comédie ou érotique. Et elles seraient enfin considérées comme des comédiennes - ce qu’elles sont. La scène de la nuit dernière en a été encore une fois la démonstration : les filles ont interprété de la baise, c’est bêtement ça. Ce sera une scène d’éclate pur ; le sexe comme principe de vie, de la défonce sexuelle, point barre. Et franchement, qu’y a t-il de mal à ça ? Maintenant ça ne suffit pas à faire un film. L’intensité des scènes est là, mais le lien manque. Le lien passe forcément par le récit, ou bien un concept fort. Mais le concept dans le gonzo ça va rarement plus loin que des meufs avec un plug dans le cul en ouverture de film, pour montrer qu’elles sont prêtes à se faire enculer, ou bien ces films en caméra subjective où le cadreur se tape les nanas. Super. Le degré zéro de l’intelligence, et il y a un public pour ça, nombreux et frétillant de la queue. A moins que ce soit le gonzo qui crée son propre public. L’être humain est capable d’aller très loin dans l’abjection, nous le savons tous. Et les premiers à s’offusquer du porno sont peut-être ceux-là même qui prennent du plaisir sur des dilatations anales et des tartes dans la gueule.
Jack Tyler










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